(Texte chiant à ne pas lire)
J’ai eu un élan de mieux, de compréhension, de confiance, de projection. Il s’est brisé. Sur l’ilot de mes envies avortées. Je suis reparti 4 ou 5 mois en arrière. J’attends qu’un événement extérieur m’aide à trouver de l’énergie, de l’espoir, mais je ne vois pas bien quel événement pourrait subvenir puisque j’ai si peur de tout. Je dois répondre à mes potes depuis des semaines, mais chaque interaction sociale m’angoisse. Certaines me font du bien, me remettent dans un cours qui s’apparente à celui de la vie. D’autres me plongent dans un désarroi complet et presque inattendu. J’ai honte quand je parle de moi. Un rideau s’est abattu et me protège de tout amour qui essaie de rentrer. Pourtant je sens les choses plus nettement que jamais et le moindre signe de défiance m’anéantit. J’ai besoin que quelqu’un me prenne par la main et me dise que ça va aller et comment faire. J’ai besoin d’une famille en fait. Où peut-on acheter ça ?
Ma mère a trouvé un de mes journaux intimes que j’ai eu la stupidité d’oublier chez elle. Quand je m’en suis rendu compte cela m’a mis dans une colère noire car je sais déjà qu’elle a tout lu. Je me suis dit que ça mériterait bien que je me coupe une main.
Ma mère est vraiment stupide. Comme un poulet ou un lapin, elle est incapable de remettre en question son comportement, d’avoir un retour réflexif sur ce qu’elle fait pour éventuellement changer d’attitude ou de manière de voir les choses. On ne peut pas lui en vouloir, c’est sociologique. Elle vient d’un milieu trop pauvre et trop peu éduqué pour avoir appris ça, mais parfois j’ai l’impression qu’elle fait partie d’une espèce d’humanité moins évoluée. Elle peut uniquement processser des idées simples qui lui permettent de renforcer ses tropismes naturels. On dirait Fréderic Lordon. Tout ça pour dire que j’ai déjà essayé de lui expliquer que son rôle de mère ne lui donnait pas le droit de fouiller dans mes affaires, d’ouvrir mes lettres, d’aller regarder dans mon ordinateur ou dans mes cahiers. Mais le fait qu’il y ait quelque chose de son fils qui puisse ne pas lui appartenir lui semble loufoque au possible. Dans sa gentillesse naïve elle me répond : « oh mais je suis ta mère j’ai bien le droit de savoir ça ». Comme elle sait que rien de ce qu’elle peut trouver n’entamera son amour, que fondamentalement elle n’en fera rien de mal contre moi, elle pense qu’il n’y a aucun dommage pour moi à ce qu’elle lise tout ce qu’elle trouve. Sans comprendre que je vis ça comme un viol moi qui ne laisse d’ordinaire personne entrer en moi ou mes pensées. Je lui ai demandé de me renvoyer le carnet et cette conne m’envoie une carte avec des chats avec une phrase à la con dedans, une blague, qui fait mention à un truc écrit du carnet « a mon narrateur » ou un truc du genre. Elle est si bête qu’elle me prouve en toute innocence qu’elle l’a lu (je lui ai demandé par texto explicitement de ne pas le faire 2 jours avant - ce qui s’est soldé par un « oh mon fils tu n’as pas l’air en forme tu es énervé ».) Bref, je ne compte pas réellement en tant que personne pour elle, je ne suis que l’objet de son amour maternel infini qui est la seule chose qui donne un sens à sa vie et faute de quoi elle se laisserait sûrement mourir. Réification de l’autre comme objet de plaisir. La définition de la perversion en fin de compte, camouflé par un simulacre d’amour complètement pathologique. Et du coup je crois qu’elle n’a jamais rien su d’important sur moi. Elle n’a que des faits, elle ne connaît aucun de mes goûts ou de mes idées. Elle n’a donc absolument rien de moi en quelque sorte. Toujours est-il que j’ai très envie de ne plus jamais lui adresser la parole. Mais bon je n’en ferai rien. Même malgré cet unique défaut envahissant, elle reste quand même l’une des personnes les plus pures que je connaisse.
Dans mon bouquin sur la dépression l’auteur explique que le fait de se sortir de sa maladie lorsque l’on n’a pas d’emploi est presque mission impossible. C’est le seul moment du livre où il s’exprime en avouant une forme d’angoisse ou d’imprécision. Son point de vue c’est qu’il faut absolument travailler d’abord sinon on ne guérira jamais (le travail apporte structure, estime et réalisation de soi) et que tous les jours on doit faire prioritairement quelque chose de concret qui nous permette de retravailler. Bon. Ça doit faire 7 mois que je n’ai pas fait quelque chose qui me permette un jour de retravailler. Si j’avais décroché un téléphone un jour. Et depuis je ne réponds plus à aucun appel. Je ne saurais pas quoi dire, quel mensonge inventer, quel poste chercher, quelle vie enfiler. Dimanche c’est la fête des pères. Je pense qu’il mourra avant qu’on n’ait parlé. Il faut accepter que certaines personnes ne peuvent pas comprendre. Il n’a aucune idée de ce qu’est le fait d’être un père, il n’en sait juste rien. Il n’y peut rien il n’a pas eu de père lui-même, et le père de son père a abandonné ses enfants qui ont franchi seuls la frontière française avec leur mère. Pour que ce que je lui dise lui parle un peu il faudrait qu’il arrive à affronter tout son égoïsme primaire et fondamental et ça serait trop dur à voir pour lui donc il ne s’y autorisera jamais. Je vais lâchement lui envoyer un message insignifiant pour sa fête, de peur que le fait de ne pas le faire n’ouvre la voie à des messages appels etc. Bref, je vais donner la gamelle au chien pour ne pas qu’il meurre de faim non plus parce que je n’ai pas envie d’avoir à m’occuper de l’incinération.
Tout ceci n’est pas franchement joyeux.
Je sens que mon cerveau ramollit. Je ne sais plus qui j’ai vu l’autre jour et je me suis dit, tiens il a eu une idée complexe et juste que je n’aurais pas pu avoir et je me suis dit en même temps que ça faisait longtemps que je n’avais pas éprouvé ce sentiment et que cet état intellectuel végétatif m’ennuyait.
De nouveau eu la sensation que tout était peut-être fini. Que je n’allais pas avoir la force de repartir pour quelque chose de neuf. De toute façon je me suis promis de ne pas m’autoriser à repartir pour quelque chose de médiocre.
Même ma psy fait désertion. Après avoir raté le dernier rdv - ce pour quoi je me flagelle encore soirs et matin - elle a annulé notre rdv d’hier moins de 20h avant l’heure dite. Je me demande si elle va oser me faire payer le rdv que j’ai raté du coup. Lui payer 80 balles pour une consultation que j’avais ratée alors qu’elle se permet de m’annuler en dernière minute oklm ne me semble pas très juste. Je me rappelle combien ça m’a fait de peine qu’elle annule ce rdv. C’est le seul point fixe, la seule espèce de structure que j’avais dans mon agenda et voilà plus d’un mois que pas de rendez-vous. Même payer qqn 100€ de l’heure pour parler devient galère, life is a true bitch.
Bon quoi dire d’autre. Il faut que je taffe et que j’arrête de réflechir. Tout ça c’est juste des trucs de plasticité cérébrale. Ndlr ou alors ce sont des trucs de plasticité cérébrale juste parce que c’est la seule chose que la science peut mesurer pour l’instant. Mais en fin de compte je sais bien que rien ne va bouger sans action mais je n’ai toujours aucune idée de comment faire pour initier le moindre mouvement tbh de toute façon tout ce que je fais va foirer alors autant me toucher tranquillement le poupou en continuant d’écumer tout le catalogue netflix canal et arte. J’ai encore des réserves. Je dois en être à 12 - 13h d’écrans par jour seulement. C’est à se demander ce que je fais le reste du temps.
Ah ouais et aristote c’est cool je sais pas pourquoi je ne m’étais pas intéressé à lui plus tôt. C’est le premier à avoir voulu poser des Champs, opérer des dichotomies efficientes pour penser le monde en système. Platon ouvre le monde et ferme le corps, Aristote classe sans états d’âme.
Aucune idée de pourquoi je publie ça mais bon au moins voilà un truc qui est fait.












