Fort de son succès depuis 2016, le Shake, danse hip hop festival – initié par Kader Attou directeur du CCN de La Rochelle / Cie Accrorap – revient pour une 4e édition haute en couleurs du 8 au 30 novembre 2019.
Shake investit à nouveau la ville de La Rochelle et ses lieux culturels (CCN, Carré Amelot, La Sirène, La Coursive, Chapelle Saint-Vincent – La Manufacture, L’Horizon, la Tour de la Lanterne
Comment faire pour que dans une même salle se croisent cinéphiles et amateurs de théâtre ? Réponse ce mois-ci à La Coursive.
Ravir les cinéphiles tout autant que les amateurs de théâtre, voilà l’objectif réjouissant du deuxième Avis de temps-fête ! de la saison proposé par La Coursive. Intitulé « Le théâtre fait son cinéma », ce temps fort se veut le témoin d’un mouvement de fond opéré par le spectacle vivant depuis quelques années : son rapprochement avec le cinéma.
Les avancées techniques y sont pour beaucoup comme en témoigne la maestria de Cyril Teste. La saison dernière, Nobody avait fait date. Sur la scène, caméramans et comédiens naviguaient dans un décor clinique, les premiers filmant les seconds, le tout projeté sur un grand écran au-dessus du plateau. Le spectateur navigue alors entre plan large et plan rapproché à son propre gré. Avec l’adaptation de Festen, règlement de compte familial à huis clos, Cyril Teste pousse encore plus loin cette mécanique : diabolique !
Artiste iconique, Thomas Ostermeier réalise l’adaptation de Retour à Reims, essai dans lequel Didier Eribon revient sur sa propre histoire. Le sociologue et philosophe y raconte l’engagement de son père au PC et la tentation d’une grande partie de sa famille de voter désormais en faveur du Rassemblement National. Pour mettre en lumière cette part autobiographique, Thomas Ostermeier a réalisé un film documentaire. « Nous sommes allés à Reims avec lui, chez sa mère, dans sa cuisine. Ensuite, mon idée a été d’imaginer une représentation théâtrale qui ouvre sur le travail d’une comédienne enregistrant le commentaire en voix off de ce film documentaire, sous la direction du réalisateur de ce film. » Admirablement interprété par Irène Jacob, Retour à Reims est un spectacle éminemment politique, nécessaire pour analyser, dans les temps troublés que nous traversons, l’échec de la gauche à incarner un espoir pour les classes populaires.
Deux pépites se glissent au milieu de ce programme de haut vol. Sous le titre Où les coeurs s’éprennent, Thomas Quillardet signe l’adaptation de deux films d’Éric Rohmer. Un moment rare pour entendre l’élégance, le sens du rythme, l’humour et la mélancolie de Rohmer, bien loin des caricatures auxquelles son art du dialogue et sa direction d’acteur ont pu l’exposer.
Dans Blockbuster, les musiciens, bruiteurs et comédiens du Collectif Mensuel terminent la bande-son et la postsynchronisation d’un film parodique réalisé à partir de 1 400 plans mis bout à bout, issus de 160 films différents. Cet OVNI théâtral est une fiction délirante, irrévérencieuse et un brin anarchiste comme seuls les Belges sont capables d’en créer.
Régional de l’étape, Opéra Pagaï clôture le programme avec Cinérama, occasion de sortir des salles obscures pour retrouver le grand air. Une place comme décor, des passants comme figurants : tout s’incorpore dans la formidable recette élaborée par les géniaux, créateurs bordelais. Une expérience à vivre et à ressentir. Une façon de lancer en beauté le générique de fin de ce temps-fête.
Avis de temps-fête ! Le théâtre fait son cinéma, du jeudi 7 au samedi 23 mars, La Coursive, La Rochelle (17025).
www.la-coursive.com
Vimala et Tsirihaka sont sur un plateau… Tsirihaka tombe d’en haut. Qui reste-t-il ? GRANDE –, duo explosif qui reprend la route après la chute. Du cirque qui serait du théâtre, de la performance qui serait un concert. De l’intime qui déraperait vers le happening universel. Du grand bordel, du grand frisson. Du grand – tout court.
Vimala et Tsirihaka. Leurs seuls prénoms vous propulsent dans une autre dimension, dont on ne sait pas bien définir la géographie ni les contours disciplinaires. Renseignement pris, leur duo artistique officie au sein de l’entité TOUT ÇA/QUE ÇA. Et leur site internet clignote, ondule à coups de couleurs 80s et de textes à trous, à vous coller mal au crâne. Le duo dépote. Et ça ne date pas d’hier. Car Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons se connaissent depuis l’école du CNAC, à Châlons-en-Champagne, promo 2008. Elle comédienne formée au cours Florent et au Conservatoire de Paris, figure d’un nouveau cinéma français auprès de Mandico ou Peretjatko ; lui circassien passé au théâtre. Au sein du collectif Ivan Mosjoukine, ils créent De nos jours (2012) qui pose déjà les jalons de leur fantaisie explosive. On sait aussi d’eux qu’ils ont vécu tous les deux il y a longtemps, avant de se séparer à la vie, mais pas à la scène.
En 2016, ils pondent GRANDE –, ce duo « sauvé d’un cirque et d’un music-hall pour aller pêcher dans un documentaire des autoportraits laissés à l’abandon lors d’une partie de chasse nocturne ». Le tiret a son importance : c’est pour compléter comme bon nous semble, nous intiment-ils. Alors, allons-y, grande Revue, grande Rigolade, grande Explosion, grande Peur aussi. Car le 4 octobre 2017, sur la scène du Centquatre à Paris, Tsirihaka tombe de huit mètres. Pas pour de rire. À force de jouer la chute et la rechute du haut d’un toboggan quasi vertical, pendant que Vimala fait un strip-tease de mariée en se débarrassant de vingt kilos d’objets farfelus, c’est l’accident. Pour de vrai. Miracle, une gazinière sur le plateau amortit le choc. Une semaine plus tard, ils conjurent le sort, à coup de vaudou malgache et de rhum déversé sur les objets, y trouvant la force de repartir, presque comme si de rien n’était.
GRANDE – en est à sa deuxième naissance. Les voilà donc aujourd’hui à nouveau sur les routes, et sur la scène de la Coursive de La Rochelle – seule date régionale de la nouvelle tournée –, à prendre à bras-le-corps ce numéro de duettistes jouissif, foutraque, débordant. Maintenant qu’ils sont remontés sur scène, rien ne vient plus les arrêter dans un compte à rebours de la vie conjugale digne d’un ouragan où hurlements, musique, panneaux d’avertissement et capharnaüm d’objets soutiennent l’élan des corps. S’il fallait un fil conducteur à ce ready-made circassien, ce serait la spontanéité et l’urgence. Une performance menée à 100 à l’heure, sans reprise de souffle, où dire et faire se confondent.
À noter que Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel viennent en queue de comète de Quel cirque !, nouveau rendez-vous des Avis de temps-fête, temps forts déclinés sur toute la saison. De fin novembre à mi-décembre, la scène de La Rochelle a ainsi programmé le très chorégraphique Johan Bourgeois, le déjanté Yann Ecauvre, la décoiffante revue d’acrobatie made in Québec de Vincent Dubé ou la facétieuse traversée du vide du funambule Pierre Dréaux. En mars, il sera question de 7e art dans « Le théâtre fait son cinéma » et, en avril, « Loup y es-tu » fera la part belle au jeune public.
GRANDE –,
Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons,
du mercredi 12 au jeudi 13 décembre, 19 h 30, La Coursive, La Rochelle (17000).
www.la-coursive.com