El Hacedor, tel est le titre d’un court récit liminaire qui donne son nom à un recueil de Borges. L’Auteur : la traduction est imprécise. Roger Caillois rappelle dans un avertissement les autres choix qu’il a dû délaisser, pourtant plus fidèles à l’étymologie : faiseur, fabricant, fabricateur, artisan, ouvrier. El Hacedor, tiré de hacer, faire, est synonyme du poiètès grec. Le Bricoleur eût mieux convenu, mieux rendu l’esprit de l’écriture selon Borges : l’auteur est un bricoleur plutôt qu’un ingénieur, selon l’opposition que trace Claude Lévi-Strauss dans la Pensée sauvage. Et Mallarmé disait d’ailleurs : « Mis sur le pied de l’ingénieur, je deviens, aussitôt, secondaire. » Bricoleur, l’auteur fait avec ce qu’il trouve, il monte en épingle, il ajuste ; c’est une petite main. Il entreprend, tel Robinson échoué sur son île, d’en prendre possession en reconstruisant sur les débris d’un naufrage ou d’une culture.
Antoine Compagnon, La seconde main : ou, Le travail de la citation, 1979.













