Sortie automnale au Lam... pour un “rapport au monde plus intense, plus authentique”, presque “primitif”...
Exposition “De Picasso à Séraphine, Wilhem Uhde et les primitifs modernes”, Villeneuve d’Ascq

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Sortie automnale au Lam... pour un “rapport au monde plus intense, plus authentique”, presque “primitif”...
Exposition “De Picasso à Séraphine, Wilhem Uhde et les primitifs modernes”, Villeneuve d’Ascq
Regards croisés
Regards vides ou avides ??? fermés ou ouverts ? calmes ou inquiets ? déçus ou satisfaits ?
On croit qu’on a déjà vu ça mille fois, qu’on est au-delà de tout ce tralala, de cette consommation-là et pour finir, on n’y résiste pas...
Tous regards confondus...
Pas prête d'oublier... l'exposition du LAM sur Jockum Nordström, d'autant que j'ai eu droit à une visite guidée par Marc Donnadieu en présence de l'artiste, himself ! Je ne vais pas me risquer à vous parler moins bien de Jockum que Marc Donnadieu et me contenterai de vous citer quelques lignes des pages du catalogue de l'exposition : "Il m'a toujours semblé en regardant attentivement le travail de Jockum Nordström, que celui-ci pouvait se décrire comme la rencontre fortuite sur une table de découpage du personnage d'Alice et de celui de Gulliver, de l'esprit de l'Anglais Lewis Carroll et de celui de l'Irlandais Jonathan Swift. Quoique, par d'autres aspects, il se pourrait que Jockum soit une sorte de Maître Gepetto de l'art, penché sur un établi d'où sortent des pantins de toutes sortes... D'ailleurs, à le voir travailler dans son atelier, on a peine à distinguer si son activité relève de celle d'un artiste ou d'un menuisier, voire même d'un relieur qui plutôt que d'emboîter les livres pour mieux les protéger, les ouvrirait bien au contraire, page après page, à l'espace et au regard... Créer des mondes autant que produire des narrations semble ainsi l'essence même du travail de Jockum Nordström. ... Tel un explorateur en terre inconnue, dans les petits récits qu'entreprend Jockum Nordström, de dessins en collages, de collages en sculptures, le monde quoique parfaitement reconnaissable, y semble parfois comme à son commencement : univers paradisiaque parsemé d'animaux bariolés, où les bateaux partent sans crainte à la conquête de l'univers, où les maisons prolifèrent sans complexe, et où le jour succède à la nuit, les mois aux semaines, les millénaires au siècles, et les sociétés aux sociétés, car les choses sont ainsi faites... Face au corpus d'oeuvres qu'a constitué Jockum Nordström depuis près de vingt ans, persiste cette impression tenace que nous ne pouvons plus avoir là aussi de vision globale du monde, que le tout fait défaut, qu'il nous manquera toujours une grammaire absolue, une syntaxe universelle, une concordance parfaite. Et de nous renvoyer à l'expérience déstabilisante d'être toujours, comme Gulliver, ou Alice, ou Pinocchio, face à un univers tout à la fois familier et étranger, ordinaire et féérique, fascinant et inquiétant, stimulant et menaçant... Aussi au delà de la douceur des textures et des couleurs, aux pays des merveilles de Jockum Nordström, le désenchantement mélancolique, sinon le désespoir profond d'une société qui s'accroche absurdement aux personnages et aux rôles qu'elle a elle-même écrits pour eux pointe-t-il au bout de son crayon ou au tranchant de son ciseau. Il n'y a donc aucune innocence ni aucune naïveté dans son travail ; et s'il y a quelque chose de l'enfance à y trouver, c'est sans doute dans l'absolu et l'intensité avec lesquels les enfants regardent et vivent le monde, celui du réel qui les environne comme celui des adultes qui s'y débattent avec plus ou moins de fortunes et de débâcles, de succès et d'échecs, de plaisirs et de peines, d'envies et de résignations... Jockum Nordström fait des multiples dimensions des réalités humaines le sujet de chacune de ses oeuvres. La recherche du bonheur, l'harmonie avec ce qui nous entoure, le besoin d'être ensemble, la faculté de vivre de son travail ou la quiétude du quotidien s'y lie et s'y délie donc sans cesse avec le courage de vivre et d'aimer, le goût du risque et de l'aventure, le principe du désir et du plaisir, ou l'affirmation de soi et du droit à disposer de sa propre vie, même si c'est pour la mener à l'échec"... Sur les conseils de Marc Donnadieu, j'ai appréhendé les oeuvres de Jockum Nordström "par mon corps et ma sensibilité, ma passion autant que ma raison, ma part d'enfance autant que ma sagesse d'adulte" (à voir...). Une frustration demeure : j'aurais bien aimé que Jockum ouvre la grande table vitrine dans laquelle il avait entassé des tas de figurines découpées et peintes sorties des réserves jusqu'à maintenant secrètes de son atelier, pour que je compose à mon tour mon propre théâtre...
Photos personnelles de l'arrivée au musée et du catalogue de l'exposition