Croyez vous que cette correspondance durera encore pour cent ans ? C'est un chiffre vertigineux. Cela implique tellement de choses. Se marier. Avoir des enfants. Avoir des petits-enfants ? Je vais avoir dix-huit ans cette année, tout semble encore très bien.
Je vois quelqu'un pourtant. C'est un garçon très gentil, mais nous ne pouvons nous voir qu'à la dérobée. J'imagine que vous n'allez pas me trahir, et comme ma mère se permet de faire des confidences à la votre, je peux bien vous en parler. Avec la complicité de mes soeurs, nous organisons de petites entrevues romantiques. Il existe dans le village des endroits où se retrouvent les jeunes qui veulent un peu d'intimité. Le plus amusant, c'est que ce sont les mêmes depuis des générations. Mais une fois mariés puis parents, tous ces anciens jeunes les oublient comme par magie. Et leurs enfants après eux, profitent de ces endroits secrets devenus inconnus des parents. Je suis une exception. Mes parents se sont séduits très pudiquement, devant tout le monde, et plus précisément devant une librairie.
Mise devant le fait accompli, je n'ai pu qu'essayer de l'en dissuader. A t-on idée d'offrir un sarcophage à sa grand-mère centenaire sans qu'elle y imagine un message subliminal glauque ? Il n'a rien voulu entendre, il a même tenté de me convaincre grâce à un argumentaire qui fonctionnerait si on la seule personne qu'on essayait de convaincre était Constantin Le Bris en personne. Il m'a parlé d'un de ses maîtres à penser, qui a forgé sa vocation, l'illustre Auguste Mariette, a été inhumé dans une espèce de sarcophage. Il m'a même fait visiter le monument dédié à ce monsieur lorsque nous sommes passés au Caire. Le lieu ne manque pas de panache, mais je doute que cela soit approprié pour une femme comme Madame Eugénie. Dans une tentative un peu maladroite, il a même ajouté "Allons bon, je ne compte quand même pas la faire momifier". En effet, je doute que l'idée ait plu à sa grand-mère. En plus du cadeau sarcophage s'entend.
En rentrant en France, j'ai donc eu ce mélange de curiosité et d'appréhension quand à savoir la réaction de Madame Eugénie. Pour des raisons évidentes, le sarcophage a été bloqué à la douane de Marseille quelques temps, mais comme nous étions attendus au mariage d'Alexandre, nous avons du nous résoudre à le laisser là-bas et attendre que l'administration fasse son œuvre. Très personnellement, j'ai espéré que le sarcophage soit malencontreusement perdu comme le sont des centaines de lettres par les postes françaises. Malheureusement, il n'est pas aisé de perdre un colis de plus d'une tonne.
Vous voudrez sans doute savoir ce qu'en a pensé Madame Eugénie. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle a semblé apprécier. Elle connait depuis sa naissance le caractère particulier de Constantin et son tact légendaire, alors elle a du trouver malgré tout une forme de contentement. De toute façon, connaissant la dame, elle aurait pu détester et abhorrer le cadeau qu'elle aurait quand même insisté pour être enterrée à l'intérieur. Juste parce que c'est un cadeau de son cher petit-fils.
Transcription :
Eugénie « Et bien, merci mon petit... »
Constantin « Cela vous plaît ? Ah, je savais qu’Albertine se trompait, je vous connais bien mieux qu’elle ! Voulez vous voir l’intérieur ? J’imagine que oui, mais malheureusement la dalle en calcaire est bien trop lourde pour moi. J’ai néanmoins fait polir les encoignures et pour que cela reste sobre mais élégant, j’ai demandé à un sculpteur de Karnak de graver à l’intérieur du couvercle des étoiles comme dans les hauteurs des chambres funéraires des pyramides et dans le fond, une représentation de la déesse Mout. Bon, notre homme n’avait pas le style d’un ancien égyptien, mais il a fait un travail correct. Je lui ai également dicté quelques formules rituelles traditionnelles et j’ai traduit en hiéroglyphes votre nom comme je l’ai pu et vos titres de façon approximatives pour qu’il les grave également à l’intérieur. »
Eugénie « Mes titres ? Je ne suis ni noble ni reine. »
Constantin « Non, mais vous êtes ma grand-mère et le coeur de notre famille. Et bien plus encore. »
Constantin « Mère dévouée, mère aimée, honorable matriarche et protectrice de la lignée. Je voulais également y inscrire le nom de tous vos descendants, mais je n’aurai pas su comment traduire tous ces noms français et de toute façon, nous étions attendu à Alexandrie. »
Eugénie « C’est un cadeau singulier, tout comme toi mon petit Constantin. Je suis fière d’être ta grand-mère. »
Il n'y a pas à dire, l'on est bien chez soi. Bien qu'il m'ait fallu un peu de temps pour l'admettre, la cuisine de Madame Armadet m'avait manquée en Egypte. Il semble qu'en plus, elle se soit bien perfectionnée durant notre absence.
Je regrette de vous avoir affolée en faisant allusion à notre éventuelle installation en Egypte. Sachez que rien n'est encore décidé et que bien entendu cela me peinerait de vivre loin de mes enfants. Ils sont encore trop jeunes, donc la question ne sera pas tranchée. Même Constantin n'aborde plus tant que cela le sujet.
Notre retour d'Egypte fut rocambolesque. L'insistance de mon mari à rester à l'écoute de toutes les dernières découvertes a manqué de nous faire oublier le bateau remontant vers le Caire. Si le reste du trajet fut bien tranquille, nous avons débarqué en France en pleine pagaille. Outre ces agitateurs des Camelot du roi qui ont mis le pays en ébullition, c'est une fièvre nuptiale qui s'est emparée de notre famille. Comme prévu, les préparatifs du mariage d'Alexandre et Sylvette battaient leur plein sous la direction de Madame Eugénie, aux anges que son arrière-petit-fils ait enfin consenti à l'écouter et à se marier (comme je le soupçonnais). Et voilà que deux jours avant notre arrivée, la soeur d'Alexandre, Emma, annonce qu'elle va épouser Emilien de Chastel, à la stupéfaction, mais aussi la désapprobation générale.
Mis à part le fait qu'ils soient apparentés par Madame Eugénie, vous vous demanderez peut-être ce qui a suscité tant de levées de bouclier. Il faut savoir que le jeune Emilien, cadet d'Ange, n'a que seize ans, alors que sa promise a fêté ses vingt-et-un ans en début d'année. Depuis le décès de son père, ce garçon est obsédé par l'idée de rebâtir le prestige des de Chastel. Il faut dire que la vente du domaine a sérieusement affecté l'enfant qu'il était, presque autant que d'apprendre qu'il était orphelin de père. Et selon sa logique, son frère aîné ne va sans doute pas donner de descendance à sa lignée (ce sur quoi je partage son avis) alors il "prend son destin à bras le corps et accomplit ce qui doit être accompli" (je le cite). Je me suis longtemps demandée ce qui avait motivé le choix d'Emma. C'est une fort jolie jeune femme, mais elle ne dispose ni d'une naissance prestigieuse ni d'un patrimoine conséquent. C'est Adelphe, parfaitement mortifié, qui a confirmé mes soupçons. Au cours d'une ballade à cheval suivi d'un pique-nique, les deux jeunes gens se seraient, semble t-il, "beurrés comme des biscottes" (ce sont les mots de Cléo, et bien que je l'ai disputée pour avoir tenu ce genre de propos, on ne peut nier qu'elle a un certain sens de la formule) et "laissé la nature suivre son cours" (encore Cléo). Suite à quoi Emma a confié à son père qui exigeait des explications quand à ce mariage précipité qu'elle pensait porter l'enfant d'Emilien. Et au vu que les mois passés ont transformé son corps en celui d'une future mère, je confirme que leur rendez vous champêtre n'a rien eu d'innocent. Tout un scandale en bref.
Comme voulu par ma mère et mon père, il est temps pour moi de reprendre la correspondance traditionnelle entre nos deux familles. C'est difficile d'imaginer que c'est une tradition plus ancienne que Grand-Mère tant tout, depuis mon enfance, semble tourner autour d'elle.
Je m'appelle Arsinoé Le Bris, mais appelez moi Noé. Personne ne m'appelle par mon nom complet, à part mon père bien sur, ma grand-mère quand elle se veut solennelle, ou mes soeurs quand elles veulent le taquiner. Très honnêtement, je trouve mon prénom complet vraiment pompeux, mais mon père est un original. Je m'estime heureuse de ne pas m'être appelée Isisnofret, ou quelque chose du genre.
Si j'ai bien compris, le rôle de cette correspondance est de maintenir un lien et de s'échanger des nouvelles entre nos deux familles. Ou plutôt notre famille, car deux de nos ancêtres étaient jumeaux. Grand-Mère a connu celui de mon côté, c'est incroyable, même si c'était déjà un vieil homme à cette époque. Il est aussi difficile d'imaginer Eugénie Le Bris comme une jeune fille. Même quand elle nous parle de sa jeunesse, j'imagine une vieille dame avec une canne. Malheureusement, sa santé n'est pas très bonne. Elle a appris cette semaine que Tante Hélène (la dernière de ses filles) est tombée malade, et elle s'inquiète à s'en rendre à son tour malade. Nous sommes habitués à ses malaises, car chez une dame de cent-trois ans, c'est plutôt attendu. Mais cette fois, je suis inquiète. Elle raconte des choses étranges au matin. Elle dit que les esprits de la famille viennent la visiter durant la nuit. Oncle Adelphe dit qu'il ne faut pas s'alarmer, car elle "voit" des fantômes depuis toujours, mais je ne peux pas m'empêcher d'être inquiète tout de même.
Depuis ces quelques mois, Noé s'est approprié le bureau aménagé par Adelphe au dessus de la salle des cuves, dans ce qui était autrefois la maison originelle des Le Bris. Son oncle lui apprend à faire les rapports comptables et quand je passe leur rendre visite, je les entend parfois parler allemand. Ma fille s'est profondément investie dans ce travail, et il lui arrive parfois de venir me voir avant le coucher pour me raconter sa journée. J'ai pu avoir des doutes lors de ma dernière lettre quand à cette passion si soudaine. Tout cela s'est envolé, il est certain, juste à voir comme ses yeux sont brillants quand elle en parle, que ce sera là l'oeuvre de sa vie.
Je constate en tous cas que Jules semble tenter de se racheter, à sa manière pour sûr, mais j'ai l'impression que vous y trouvez une forme de sincérité cette fois. C'est en tous cas ce que semblent indiquer vos mots. Il est bien altruiste de prendre sous son aile la petite Gizelle, mais il est vrai que dans un couple, la communication et le compromis sont supposées être les valeurs reines. Et si vous tentiez de vous imposer ? Après tout, qu'il l'ait avoué ou non, il a bien du s'adapter à votre décision d'accueillir Layan et Leyla. Faites lui sentir qu'il a tout intérêt à avoir votre assentiment.
Cela me fait penser que Constantin m'a demandé il y a peu si nous pourrions nous installer en Egypte pour nos vieux jours, quand les enfants seront adultes. C'est très lointain, mais je suis très partagée sur cette question. D'un côté, il me suffit d'embrasser du regard ces paysages magnifiques et de sentir les palpitations que me provoquent les ruines antiques pour avoir envie de dire oui sans un regret. Et vivre sans Madame Eugénie au quotidien semble justifier l'effort. Mais pourrai-je laisser mes enfants, mêmes adultes, aussi loin de moi ? Je sais que j'ai encore bien le temps, Eugénie est en particulier bien trop jeune pour se passer de moi. Mais étant donné que j'ai en vous une oreille attentive et un regard bienveillant, qu'en pensez vous ?
Transcription :
Albertine « C’est la grande salle hypostyle de Karnak. J’avais tellement envie de la revoir. »
Constantin « C’est ici que nous nous sommes mariés. Je pensais bien que cela te ferait plaisir. »
Albertine « Raconte moi cette salle Constantin. Je dois la connaître mieux, puisqu’elle est si importante pour nous. »
Constantin « Hum… Et bien ses plans ont été dessinés sous la reine Hatshepsout. Elle a laissé sa marque un peu partout sur l’édifice, il faut le dire, pour asseoir sa légitimité. »
Albertine « Une femme pharaon, cela n’a pas du être facile. »
Constantin « Certainement pas non, son nom a subit un méthodique martelage après sa mort. Vois-tu son obélisque là-bas qui domine le site ? »
Constantin « En ce qui concerne l’édification en elle-même, il y a des spéculations. »
Albertine « Lesquelles ? »
Constantin « Beaucoup s’accordent sur une fin de XVIIIème dynastie. Horemheb certainement, quoique cela me semble peu plausible. »
Albertine « C’est ton avis qui m’intéresse. Dis-moi donc. Je ne t’ai pas épousé pour que tu te contente de me répéter ce que disent les autres. »
Constantin « Je pense que c’est plus tardif. La terminologie m’indique un début de XIXème dynastie. Pour ne pas trop se malmener l’esprit, autant prendre ce que les textes nous donnent, à savoir une profusion d’inscriptions au nom de Séthi Ier. On retrouve également la marque de ses successeurs, mais je suis certain que c’est à lui que nous devons ce monument. »
Albertine « Merci à lui dans ce cas. Cet endroit est tout simplement grandiose. »
Constantin « Puisque nous sommes non loin de l’endroit où nous nous sommes mariés… »
Albertine « Nous y sommes. »
Constantin « Non, c’était bien là-bas. Nous en sommes éloignés d’une bonne trentaine de pas. Bref, comme cet endroit est d’une certaine importance pour nous, je me disais que ce serait mieux de procéder à cette demande importante pour notre mariage ici. »
Albertine « C’est dit… d’une telle façon. J’en suis à la fois curieuse et un peu soucieuse. »
Constantin « J’ai une demande à formuler, mais tu ne seras pas d’accord. »
Albertine « Belle entrée en matière. Et tu espères encore me convaincre ? »
Constantin « Cesse donc de te moquer de moi ! Il s’agit de quelque chose qui me tient à coeur et tu m’angoisse. »
Albertine « Pardon, pardon. Je me tais. »
Constantin « Avec la guerre et ces histoires de guerre civile, j’ai été tenu loin d’Egypte pendant longtemps. De plus, nous avons des enfants dont il faut s’occuper de l’éducation. Et puis avec Grand-Mère qui n’est plus si jeune, je me dois de rester avec elle. Mais je pense de plus en plus à après. »
Albertine « Vas-y, je t’écoute. »
Constantin « Quand les enfants seront grands et n’auront plus besoin de nous, j’aimerais que nous nous installions en Egypte. Définitivement. A Port-Saïd ou Alexandrie peut-être. Nous y aurions un climat agréable au bord de la mer, nous pourrions facilement descendre vers le sud pour mon travail, ou prendre un bateau pour rentrer en France de temps à autres. Alors, qu’est-ce que tu en pense ? »
Albertine « Je ne sais pas, pas encore. Notre petite Eugénie n’a que cinq ans, c’est si tôt pour envisager de la quitter un jour. »
Constantin « Nous attendrons aussi longtemps que tu le souhaites. »
Albertine « Mais j’avoue que l’idée me plait. Nous aurions notre propre maison, notre propre rythme… J’aime l’idée. Je te promets d’y réfléchir sérieusement. »
Nous avons aussi passé pas mal de temps à profiter de la douceur du climat égyptien. Nous avons gagné le sud du pays, au-delà de la première cataracte (où nous avons alors beaucoup pensé à vous). Je vous ai joint des clichés que nous avons pris du côté d'Eléphantine, là où le Nil se resserre. Le paysage y est si grandiose qu'Albertine en a pris plusieurs clichés et s'est dit que cela ferait plaisir à votre épouse (la deuxième photo jointe lui est donc directement adressée).
La troisième photographie représente Adelphe sous un immense acacia que nous avons croisé lors d'une ballade vers le monastère de Saint Siméon. Saviez vous par ailleurs que l'acacia est une récurrence au sein des textes funéraires ? Il symbole la Renaissance et est associé à Osiris. D'après la littérature scientifique sur le sujet, les barques funéraires étaient réalisées dans ce bois bien particulier.
Le quatrième cliché est de ma main. J'ai surpris ma douce Albertine alors qu'elle rêvassait sur la terrasse du jardin botanique d'Assouan. N'est-elle pas "la plus belle entre toutes" ? Ramsès a bien eu la sienne, j'ai moi-même ma Néfertari.
Je vous écrirai au plus vite quand mes recherches porterons leurs fruits. Je suis aussi curieux de voir si Monsieur Carter va enfin trouver ce qu'il cherche avant que son mécène ne ferme les vannes.
Il y a cependant un juste milieu à trouver. Comme je vous le disais, Madame Eugénie, après s'être remise des noces d'Emilien et Emma, s'est dit qu'il était sans doute plus prudent de ne pas perdre de temps avant de trouver des prétendants à ses arrière-petites-filles. Si il semble que Sélène se dirige tranquillement vers le mariage d'ici quelques années, elle trouve Cléopâtre aussi impulsive qu'insaisissable. Elle concentre donc ses efforts à la convaincre de considérer quelques prétendants. Je ne sais pas ce qui a motivé ce zèle de marieuse, mais elle se concentre essentiellement sur elle à présent.
Je salue en tous cas votre tentative de prendre la main dans votre mariage, je trouve cela courageux. Jules n'a pas un caractère facile, mais qui sais, j'espère que vous finirez par avoir gain de cause. Je me demandais cependant, étant donné qu'il était souvent parti, c'était bien vous qui aviez la main sur les finances n'est-ce pas ? Si Lucien souhaite devenir ingénieur, pourquoi ne pas "prendre" ce dont il a besoin ? Ou contraindre Jules à réduire le train de vie de la maisonnée ? Chez nous, ce sont Adelphe et Noé qui gèrent toutes les dépenses, et d'une certaine façon Madame Eugénie puisque non est une réponse qu'elle n'est pas capable d'entendre. Bientôt Noé sera seule maîtresse de nos finances, et j'en suis impatiente.
Quand vous évoquiez les petites Leyla et Lola, je n'ai pu m'empêcher de me demander si par hasard vous aviez des photographies. J'aimerai pouvoir poser un visage sur le nom de vos enfants plutôt que d'imaginer deux Petite Eugénie avec des cheveux roux. Noé est également curieuse de savoir à quoi ressemble Lucien et elle s'intéresse de plus en plus à notre correspondance puisqu'elle devra la reprendre un jour.
Avec toute mon affection,
Albertine
P.S. Je relie ma lettre et je me rend compte que cela donne l'impression que Constantin lit par dessus mon épaule. Ce n'est pas le cas, notre correspondance reste strictement entre vous et moi. Je ne fais qu'évoquer certaines nouvelles que vous nous donnez. Ne vous inquiétez pas, tout ce que vous pourriez confier à ma discrétion le restera.
Transcription :
Cléopâtre « Je n’ai pas encore vingt ans, Grand-Mère. J’ai bien le temps d’y penser. »
Eugénie « Oui bien sur, mais il faut le garder à l’esprit. Tu es une jolie jeune fille, il faut mettre en valeur ce beau visage, et surtout ces jolis yeux. Votre Maman vous a donné à toi et à Noé les plus beaux yeux que j’ai jamais vu. »
Cléopâtre « C’est certain. C’est bien pour cela que je les maquille ainsi. Vous savez que les jeunes d’aujourd’hui le font presque toutes afin de bien attirer l’attention sur leurs yeux. »
Eugénie « Oh ma petite, ce n’est pas du tout joli. »
Cléopâtre « C’est ce qu’aiment les hommes aujourd’hui. Antoine me l’a dit, à Paris les hommes regardent davantage les jeunes femmes qui le font car elles sont plus séduisantes. »
Eugénie « Allons bon… Qui essaies-tu de séduire ? Nous ne sommes pas à Paris ici. »
Cléopâtre « Mais c’est vous qui… hum… il y a bien quelques jeunes hommes par ici que je pourrai avoir envie de séduire. Mais en tout bien tout honneur bien entendu. Ce ne sont pas les bons partis qui manquent par ici. »
Eugénie « Ah ! Donc tu t’y intéresse bien. Tu devrais arrêter de me faire tourner en bourrique comme cela et me laisser t’aider. »
Cléopâtre « Oui, vu de cette façon, cela m’intéresse oui. L’amour, le mariage, tout ça... »
Eugénie « Tout ça, comme tu dis, ce sera central dans ta vie. Même si tu deviens un jour une femme écrivain, il te faudra bien un mari pour t’aider à vivre. »
Cléopâtre « Bien entendu, bien entendu... »
Eugénie « Par ici, il y a quelques bons candidats qui gagnent bien leur vie. Tiens, par exemple le jeune Raoul Musclet. Il fait des études à Paris comme ton frère. Il va devenir agronome, c’est très bien ça ! »
Cléopâtre « Oui, et il y a Robert Abret également. »
Eugénie « Qui ? »
Cléopâtre « Vous ne le connaissez pas ? C’est un des ouvriers embauchés par Oncle Adelphe pour les vendanges. C’est un bel homme. »
Eugénie « Oui… sans doute... »
Cléopâtre « Je l’ai rencontré quand nous sommes allés faire les vendanges en famille avec Noé et Sélène. Il est très avenant et doux. Oh bien sur, il n’a pas un grand patrimoine, mais quand je serai une écrivaine reconnue, mon argent suffira bien pour deux. »
Eugénie « Doux Jésus... »
Cléopâtre « Mais c’est un homme fort, avec un corps robuste et en bonne santé. Je pense que c’est le genre d’homme qu’il me fait oui : doux, mais robuste et en bonne santé. »
Sélène « C’est bon ? »
Cléopâtre « J’ai mis la barre le plus haut possible. Crois moi, après ça, Arsinoé sera tranquille un bon moment. Je pense même qu’elle pourrait vous oublier quelques temps toi et Berto. »
Sélène « Parfait. »
Cléopâtre « Oui, enfin ce n’est pas comme si il y avait beaucoup de choses palpitantes à oublier... »