J’ai vu mes propres cercles de fréquentations se restreindre considérablement depuis la mort de Papa et la vente de l’usine. C’est simple, je ne suis plus invitée nulle part. Je conserve heureusement quelques bonnes amies du comité bien que je n’en sois plus membre. Mais c’est à peu près tout… L’île est morte hors saison. J’ai l’impression de fréquenter toujours les mêmes personnes, de tenir toujours les mêmes dîners et d’effectuer toujours les mêmes visites. Et toutes les amitiés de l’été se défont pendant l’année, jusqu’à la saison suivante… Je me demande si je n’ai pas fait une erreur en envoyant Roseline à Toronto. Si je l’avais scolarisée plus près, j’aurais pu nouer des relations parmi les autres mères d’élèves. C’est une chose à laquelle il faudra que vous pensiez quand vous choisirez un établissement pour votre Charles : si vous l’envoyez trop loin de vous, il vous sera plus difficile de vous assurer de la qualité de ses relations, et donc de celle de son réseau.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
I’ve seen my own circle of acquaintances shrink considerably since Papa’s death and the sale of the factory. To put it quite simply, I am no longer invited anywhere. Fortunately, I have kept a few good friends from the committee, though I am no longer a member. But that’s about it… The island is dead in the off-season. I feel like I am always seeing the same people, hosting the same dinners, making the same visits. And all the friendships formed over the summer fall apart during the year, only to start again the next season… I sometimes wonder if I made a mistake sending Roseline to Toronto. If I had enrolled her somewhere closer, I might have built relationships with other mothers at the school. It’s something you should consider when choosing a school for your Charles: if you send him too far away, it will be harder to ensure the quality of his friendships - and, by extension, of his social circle.
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Tu fais fausse route, Agathon.
Agathon LeBris : Pardon ?
Stéphanie Rumédier : Mes mères sont peut-être des vampires, mais moi…
Stéphanie Rumédier : … je suis autre chose.
Agathon LeBris : Qu’est-ce que…
Stéphanie Rumédier : … Tu vois…
Stéphanie Rumédier : … je savais que je te dégoûterai…
Agathon LeBris : Non…
Stéphanie Rumédier : Adieu, Agathon.
Agathon LeBris : Non, attends !!
Stéphanie Rumédier : STÉPHANIE !!
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: You’re wrong, Agathon.
Agathon LeBris: Excuse me?
Stéphanie Rumédier: My mothers may be vampires, but I…
Stéphanie Rumédier: … am something else.
Agathon LeBris: What do you-
Stéphanie Rumédier: … You see…
Stéphanie Rumédier: … I knew I’d disgust you…
Agathon LeBris: No…
Stéphanie Rumédier: Goodbye, Agathon.
Agathon LeBris: No, wait!!
Agathon LeBris: STÉPHANIE!!
Il faut dire qu'Antoine a été bien maladroit de nous annoncer de but en blanc qu'il s'agissait moins d'un retour que d'une visite de courtoisie. Il m'a exposé ses raisons, et elles sont parfaitement censées et compréhensibles, mais parfaitement inacceptables pour ses enfants. Si j'ai ressenti un pincement au coeur, j'avoue que je n'ai pas non plus réussir à m'ouvrir totalement à lui, de même que j'ai senti qu'il me cachait des choses. Cela n'a jamais été comme cela entre nous, et je ferais tout pour que nous retrouvions notre complicité d'autrefois. Mais avec mon frère résident à Paris, je sais que cela sera compliqué et prendra du temps.
Par ailleurs, je vous prie de nous écrire à l'adresse indiquée sur l'enveloppe. Nous ne pouvons plus habiter la Butte au Chêne depuis de nombreux mois. Avec la Libération, les bombardements ont commencé. Ils ont commencé par toucher l'église, heureusement vide à cette heure tardive de la nuit, puis des maisons de l'autre côté de la rivière, où Petite Eugénie et d'autres habitants ont été surpris dans leur sommeil et tués sur le coup. Puis ce fut notre tour. Nous avons eu de la chance, car nous allons tous bien. Les enfants dormaient tous avec moi et Cléo dans la nouvelle aile, et fort heureusement car la bombe a arraché la nursery et la chambre d'enfants, pulvérisé la véranda et fait s'effondrer une grande partie des terrasses du jardin. Le cimetière n'a rien, heureusement. Quand il reviendra, Papa sera dévasté : la véranda était un cadeau de mon grand-père à ma grand-mère, peu de temps avant sa disparition. Papa y tenait énormément, comme à un souvenir de sa mère. Dans notre malheur, je sais que nous avons eu beaucoup de chance.
Mon beau-frère Emilien nous a accueilli immédiatement chez lui et a endossé avec beaucoup de bienveillance le rôle d'homme de la famille en attendant le retour d'Antoine. Il a beaucoup fait pour moi malgré tout, et je lui en suis reconnaissante.
J'ai pris la décision de quitter le village. Nous sécuriserons la maison et rénoverons ce qui n'a pas été touché, mais je ne peux plus vivre ici. Je vais trouver une petite maison ailleurs, et j'emmènerai tous les enfants avec moi. Adelphe et Antoine ne sont pas d'accord, mais pour une fois, je ne vais pas me ranger à leur avis. Ne me demandez pas mes raisons tout de suite, je ne me sens pas encore prête à en parler. Ceci étant dit, je vous communiquerai l'adresse dès que possible par télégramme. En attendant, vous pouvez m'écrire à l'adresse d'Emilien.
Transcription :
Marc-Antoine « Je suis désolé de vous avoir laissées comme ça… Si j’avais su… »
Arsinoé « Louise est exactement comme toi, à s’excuser en permanence. Tu avais ta guerre à mener, et si j’en juge par ce que j’ai entendu, tu t’en es très bien sorti. »
Marc-Antoine « J’ai du faire des choses dont je ne suis pas bien fier. »
Arsinoé « Tout comme moi. Mais il faut penser à la suite. »
Marc-Antoine « A t-on les fonds pour réparer la maison ? »
Arsinoé « Oui, mais je ne suis pas sure de vouloir rester ? »
Marc-Antoine « Pardon ? Mais c’est chez nous ! On ne peut pas quitter la terre de nos ancêtres. Grand-Mère s’en retournerait dans la tombe ! »
Arsinoé « Antoine, comme tu l’as fait remarquer, tu n’étais pas là ! Alors peu m’importe ce que Grand-Mère pense et que son fantôme revienne me hanter, mais je ne comptes pas rester. J’en ai assez de sentir tous les regards sur moi, de voir les gens hésiter à me parler pendant que d’autres font comme si je n’existais pas. Je sais ce qui s’est passé ailleurs. J’ai eu de la chance. Les filles n’ont plus d’amies, à part leurs cousines. Aucun enfant ne veut parler à Jean-Claude et Rémi à l’école. Après le bombardement, il n’y a eu qu’Emilien pour m’ouvrir sa porte. A croire qu’il a fallu attendre la mort de mon mari pour que mon beau-frère se rappelle que nous sommes de la même famille. »
Marc-Antoine « Oncle Adelphe… »
Arsinoé « Quand Adelphe a voulu nous accueillir, Alexandre a fait une crise. J’ai préféré abandonner. Je vais partir. Je vais trouver une maison loin d’ici et lancer une succursale de l’affaire. J’emmènerai les filles et Charles et nous commencerons une nouvelle vie ailleurs. »
Marc-Antoine « Bien. Et tu prendras Louise et les garçons avec toi. »
Arsinoé « Antoine… Pour eux, tu as été mort pendant cinq ans. Ils ont besoin de toi. »
Marc-Antoine « Je n’ai plus rien à leur offrir. A Paris, je n’aurais pas le temps de m’occuper d’eux. Je ne fais confiance qu’à toi en ce qui concerne mes enfants. Et puis, je rentrerai aussi souvent que possible. »
Arsinoé « C’est ce qu’on appelle un vœu pieux. Tu n’y crois pas toi même. Et puis, quand le tribunal viendra me chercher… »
Marc-Antoine « Il ne viendront pas. Fais moi confiance. A Londres, je me suis fait de nombreux amis et des connaissances très utiles. Je m’occupes de tout. Personne ne viendra plus t’importuner, ou alors je les détruirais. »
Arsinoé « Nous avons tous les deux beaucoup changé il faut croire. Tu voudras bien me raconter ta guerre ? »
Marc-Antoine « Seulement si tu me racontes la tienne. »
Vous expliquez dans votre dernière lettre que vous êtes en train d’installer la succursale de votre compagnie dans le sud. Comment procédez-vous ? Avez-vous racheté des terres agricoles en vue d’y créer un vignoble ? Ou peut-être avez-vous acquis un vignoble existant ? Puisque Anna s’intéresse aux plantes, démontre-t-elle un intérêt pour l’agronomie, et est-elle pressentie pour vous succéder à la tête de l’entreprise ?
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
You mentioned in your last letter that you are in the process of establishing a branch of your company in the South. How are you proceeding? Have you purchased farmland with the intention of creating a vineyard? Or perhaps you have acquired an existing one? Since Anna takes an interest in plants, does she show any inclination toward agronomy, and is she expected to follow in your footsteps at the head of the business?
🇫🇷 [Transcription]
Agathon LeBris : Comment le sanatorium peut-il rester ouvert avec une si faible fréquentation ?
Lucien LeBris : Peut-être que les chambres se paient très cher ?…
Agathon LeBris : Tu as déjà entendu parler du plasmafruit ?
Lucien LeBris : Je suppose que c’est un… fruit ?
Agathon LeBris : Tout juste. Un fruit dont le jus peut remplacer le plasma sanguin.
Lucien LeBris : Le quoi ?
Agathon LeBris : Le sang, Lucien. Et au cours de l’année dernière, le sanatorium en a fait livrer près de 3000 kg.
Lucien LeBris : Ça fait beaucoup, mais comment est-ce que tu le sais ?
Agathon LeBris : Pourquoi Mlle Rumédier ne vieillit-elle pas ?
Lucien LeBris : Qu’est-ce que tu veux dire, elle ne vieillit pas ? C’est vrai qu’elle est bien conservée, mais de là à dire que…
Agathon LeBris : Ça fait vingt-cinq ans que je la connais. Elle n’a pas pris une seule ride.
Lucien LeBris : Tu exagères un peu, là, non ?
Agathon LeBris : Non. Je suis on-ne-peut-plus sérieux.
Agathon LeBris : Lucien, j’ai besoin que tu me sortes toutes les vieilles lettres de la famille française.
Lucien LeBris : Mais Agathon, il est cinq heures du matin…
Agathon LeBris : Maintenant !
🇬🇧 [Transcript]
Agathon LeBris: How can the sanatorium remain open with so few patients?
Lucien LeBris: Perhaps the rooms are very expensive?
Agathon LeBris: Have you ever heard of plasmafruit?
Lucien LeBris: I suppose it is a… fruit?
Agathon LeBris: Precisely. A fruit whose juice can replace plasma.
Lucien LeBris: Replace what?
Agathon LeBris: Blood, Lucien. And over the past year, the sanatorium had nearly three thousand kilograms of it delivered.
Lucien LeBris: That sure is a lot, but how do you know that?
Agathon LeBris: Why does Mademoiselle Rumédier not age?
Lucien LeBris: What do you mean, she does not age? She is well-preserved, yes, but to say that-
Agathon LeBris: I have known her for twenty-five years. She has not gained a single wrinkle.
Lucien LeBris: You are exaggerating a little, are you not?
Agathon LeBris: I am perfectly serious.
Agathon LeBris: Lucien, I need you to fetch all the old letters from the French side of the family.
Lucien LeBris: But Agathon, it is five o’clock in the morning…
Agathon LeBris: Now!
Si je ne me trompe pas, cela fait un an que vous avez emménagé en Haute-Garonne. J’espère que vous, les filles et les enfants y êtes désormais totalement acclimatée. N’est-ce pas trop difficile de devoir refaire toute votre sociabilité ? Vous évoquez que des cousins éloignés vous ont suivi dans cette affaire. Je suppose donc que vous n’êtes pas entièrement isolée. Il doit bien y avoir quelques familles convenables en Haute-Garonne, les avez-vous rencontrées ?
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Spring 1947, Hylewood, Canada
If I’m not mistaken, it’s been a year now since you moved to Haute-Garonne. I hope that you, the girls, and the children have fully settled in by now. Is it not difficult to have to rebuild all your social ties? You mentioned that some distant cousins followed you in this venture, so I suppose you’re not entirely isolated. There must be a few respectable families in Haute-Garonne - have you met any of them yet?
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Je t’avais dit de me laisser tranquille.
Agathon LeBris : Et pourtant, tu es venue.
Stéphanie Rumédier : Qu’est-ce que tu veux, Agathon ?
Agathon LeBris : Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je sais tout.
Agathon LeBris : Je sais pourquoi la cousine Ada n’a aucun souvenir de son séjour en France. Je sais que Lucrèce y est allée à sa place pour assister à l’enterrement de sa mère.
Agathon LeBris : Stéphanie, je sais ce que tu es. Ce que vous êtes…
Stéphanie Rumédier : … Quoi ? Comment…
Agathon LeBris : … et je m’en moque. Je n’en ai strictement rien à crisser.
Agathon LeBris : Des années que je suis dans l’incertitude la plus totale. Des années que n’arrive pas à trouver du sens dans le fait que tu me rejettes, et que pourtant tu ne me quittes pas.
Agathon LeBris : Et maintenant que j’ai enfin une explication, tu n’imagines pas à quel point je suis soulagé - même heureux - parce que ça veut dire que le secret est levé et qu’on va, enfin, pouvoir se projeter ensemble. Parce que c’est tout ce que je veux, et tout ce que j’ai toujours voulu.
Agathon LeBris : Alors que tu sois un vampire, Stéphanie, franchement, je m’en contrecâlisse.
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: I told you to leave me alone.
Agathon LeBris: And yet, you came.
Stéphanie Rumédier: What do you want, Agathon?
Agathon LeBris: I’ll get straight to the point. I know everything.
Agathon LeBris: I know why Cousin Ada has no memory of her stay in France. I know that Lucrèce went in her place to attend her mother’s funeral.
Agathon LeBris: Stéphanie, I know what you are. What you all are…
Stéphanie Rumédier: … What? How…
Agathon LeBris: … and I don’t care. I don’t give a damn.
Agathon LeBris: For years I’ve lived in total uncertainty. For years I couldn’t make sense of why you keep rejecting me and yet never truly leave.
Agathon LeBris: And now that I finally have an explanation, you can’t imagine how relieved - how happy, even - I am, because it means the secret’s out and we can finally start thinking about a future together. Because that’s all I want, and all I’ve ever wanted.
Agathon LeBris: So if you’re a vampire, Stéphanie -honestly, I couldn’t care less.
Les textiles aussi sont rationnés. Je suis certaine que c’est à cause de ces grèves… Il est très difficile de s’habiller dignement ces derniers temps. Ma belle-sœur me donne ses tickets. Elle n’en a pas besoin, elle s’habille comme une nonne. Sans elle, je ne sais pas ce que j’aurais fait. J’ai pu m’acheter une jolie paire de gants en velour pour aller avec les bracelets bakélites de chez Chanel que mon père m’a offert l’an dernier. Cela faisait une éternité que je n’avais pas porté quoi que ce soit de neuf.
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[Transcription]
SPLAM
Lucien LeBris : Captain Morgenstern! (Capitaine Morgenstern !)
Aamon Morgenstern : Step back. (Recule.)
Aamon Morgenstern : I’ll handle him. (Je m’occupe de lui.)
Finn Connor : SCREEEEEEEEEEE
Aamon Morgenstern : You need to calm down, Sergent. (Il faut se calmer, Sergent.)
Finn Connor : Hissssss…
Aamon Morgenstern : Get some sense… (Reprends tes esprits…)
BAM!
Aamon Morgenstern : … Back… (… et retrouve un peu de bon sens…)
BAM!
Aamon Morgenstern : … Into that thick head of yours! (…dans ton foutu crâne !)
WHAM!
Finn Connor : SCREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE
Aamon Morgenstern : There. Enough bullshit for today. (Voilà. Ça suffit les conneries.)
Finn Connor : *hiss and growls* (*siffle et grogne*)
Aamon Morgenstern : That’s enough. I don’t like it, but I won’t hesitate to use this on you if you push me further. (Allez, on s’arrête. Ça ne me fait pas plaisir, mais je n’hésiterai pas à utiliser ça contre toi si tu continues à m’emmerder.)
Finn Connor : THEN KILL ME ALREADY! (ALORS TUEZ-MOI UNE BONNE FOIS POUR TOUTE !)
Aamon Morgenstern : I didn’t turn you to kill you, son. (Je ne t’ai pas transformé pour ensuite te tuer, fiston.)
Finn Connor : I don’t want to be like this… The thirst… It’s too much. (Je ne veux pas de ça… La soif… C’est trop.)
Aamon Morgenstern : It’ll pass eventually. We all go through this. It doesn’t last. (Ça passera. On y est tous passés. Ça ne dure pas.)
Finn Connor : I don’t want to. Please, make it stop. Make it stop… I don’t want to hurt anyone anymore. Please… (Je ne veux pas… Je vous en prie, arrêtez ça. Faites que ça cesse… Je ne veux plus blesser personne. Pitié…)
Aamon Morgenstern : …
SPROCH
Aamon Morgenstern : What a waste…
Les enfants sont en bonne santé. Roseline est toujours en pensionnat à Toronto. Maman prend en charge les frais de scolarité depuis le décès de Papa. Mais très honnêtement, vu les résultats médiocres qu’elle obtient, je me demande si Branksome Hall n’a pas perdu de son prestige depuis l’époque où j’étais jeune fille. Lorsque j’étais écolière, jamais nos professeurs ne nous auraient laissé avoir de telles notes. Les élèves fainéante auraient été corrigées et redressées avant que leur retard ne devienne irrattrapable.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
The children are in good health. Roseline is still boarding in Toronto. Mama has been covering her tuition since Papa’s passing. But to be perfectly honest, given her rather poor results, I cannot help wondering whether Branksome Hall has lost some of its prestige since my own school days. When I was a girl, our teachers would never have allowed us to perform so poorly. Lazy pupils would have been corrected and set straight long before their shortcomings became irreparable.
🇫🇷 [Transcription]
Stéphanie Rumédier : Ah..
Agathon LeBris : Tu n’as pas l’air d’y avoir réfléchi. Tu as dit que tu m’informerai de ta décision à la fin de la soirée. Nous sommes à la fin de la soirée.
Stéphanie Rumédier : Arrête avec ça. Je t’ai déjà dit que j’ai besoin de prendre mon temps.
Agathon LeBris : Prendre ton temps ? Stéphanie, ça fait treize ans. Mon frère imagine que je suis un goujat.
Stéphanie Rumédier : Tu sais que je n’apprécie pas que tu me presses. J’en ai assez d’avoir sans cesse cette discussion.
Agathon LeBris : Sans cesse ? Stéphanie, je t’ai demandée en mariage il y a dix ans. Donc en effet, je m’interroge. Ça ne rime à rien. Si tu ne voulais pas de moi, nous ne serions plus ensemble depuis longtemps. Pourtant, tu restes. Mais tu refuses de m’épouser. Quel est le problème ? La bague ne te plait pas ?
Stéphanie Rumédier : La bague… Tu me crois vraiment si vénale ?!
Agathon LeBris : J’arrive à court d’explications, pour être franc. Je ne comprends pas ce que tu veux. Tu comptes vivre avec ta mère et ta tante jusqu’à la fin de tes jours ?
Stéphanie Rumédier : … Bien sûr que non.
Agathon LeBris : Alors quoi ? Qu’est-ce que tu caches ?
Stéphanie Rumédier : Tu sais quoi ? On devrait s’en tenir là.
Agathon LeBris : S’en tenir… Tu n’es pas raisonnable.
Stéphanie Rumédier : Au revoir, Agathon.
🇬🇧 [Transcript]
Stéphanie Rumédier: Ah...
Agathon LeBris: You don’t look like you’ve given it much thought. You said you’d tell me your decision by the end of the evening. Well, it’s the end of the evening.
Stéphanie Rumédier: Stop it. I told you I need time.
Agathon LeBris: Time? Stéphanie, it’s been thirteen years. My brother thinks I’m some sort of scoundrel.
Stéphanie Rumédier: You know I don’t like being pressured. I’m tired of having this same conversation over and over.
Agathon LeBris: Over and over? Stéphanie, I proposed to you ten years ago. So yes, I’m wondering. It makes no sense. If you didn’t want me, we wouldn’t still be together. Yet here you are - but you still refuse to marry me. What’s the problem? Don’t you like the ring?
Stéphanie Rumédier: The ring… Do you really think I’m that mercenary?!
Agathon LeBris: I’m running out of explanations, to be honest. I don’t understand what you want. Are you planning to live with your mother and aunt for the rest of your life?
Stéphanie Rumédier: ... Of course not.
Agathon LeBris: Then what? What are you hiding?
Stéphanie Rumédier: You know what? We should stop this now.
Agathon LeBris: Stop - you’re being unreasonable.
Stéphanie Rumédier: Goodbye, Agathon.
Je vous confierai que je suis attristée par son départ. Oscarine et Euphrasie faisaient d’excellentes compagnes de jeu pour Prosper, qui affectionnait particulièrement ses cousines. Parmi les résidents permanents d’Hylewood, elles étaient les seules enfants de son âge puisque son cousin Franciscus, le fils de Marie, a onze ans… Il reste bien les touristes quand vient la saison, mais ce n’est pas la même chose.
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Autumn 1946, Hylewood, Canada
I’ll admit I’m saddened by his departure. Oscarine and Euphrasie were wonderful playmates for Prosper, who was very fond of his cousins. Among Hylewood’s permanent residents, they were the only children his age, since his cousin Franciscus - Marie’s son - is eleven… There are, of course, the tourists when the season comes, but it’s not the same thing.
🇫🇷 [Transcription]
Adèle Rumédier : Vois les choses de cette façon, mignonne. Quelles sont les perspectives d’avenir pour vous deux ? Vous ne pourrez pas vous marier. Comment expliquerais-tu tes disparitions d’une nuit tous les mois ? Plus tu attends, plus vous allez en souffrir tous les deux.
Stéphanie Rumédier : Ugh ! C’est bon, j’ai compris, arrêtez !
Stéphanie Rumédier : Je vais rompre avec lui, puisque c’est ce que vous voulez tous. Vous êtes contents ?
Georges Rumédier : Je suis plutôt satisfait par ce dénouement, oui.
Clémence Rumédier : Georges !
Lucrèce Rumédier : Fais les choix qui te semblent les meilleurs pour toi, ma chérie. Pas pour nous.
🇬🇧 [Transcript]
Adèle Rumédier: Look at it this way, sweetheart. What kind of future could the two of you have? You’ll never be able to marry - how would you explain disappearing one night every month? The longer you wait, the more you’ll both suffer.
Stéphanie Rumédier: Ugh! All right, I get it, stop it!
Stéphanie Rumédier: I’ll break up with him, since that’s what you all want. Happy now?
Georges Rumédier: I’d say I’m rather satisfied with that outcome, yes.
Clémence Rumédier: Georges!
Lucrèce Rumédier: Make the choices that feel right for you, darling. Not for us.
Peut-être me trouverez-vous un peu vieux jeu… J’ai beaucoup de misère à tutoyer une personne que je n’ai jamais vue. J’ai reçu une éducation stricte qui ne souffrait pas que l’on tutoie qui que ce soit en dehors de notre cercle familial proche. Tout manquement aurait été vu comme une gaillardise qui nous aurait été sévèrement reprochée. Je frissonne parfois des libéralités de mon mari qui tutoie tout le monde. Non pas que je le lui reproche. Il fait bien ce qu’il veut et, par ailleurs, personne ne s’en offusque. Non, c’est que je n’oserais pas moi-même. À l’exception de ma camarade de chambre - la seule qui fit exception d’ailleurs, je vouvoyais toutes mes compagnes d’internat. Je vouvoie les femmes du comité d’épouses avec qui j’ai pourtant travaillé pendant de nombreuses années. Les seules personnes que je ne tutoie pas sont de ma famille directe : frère, beaux-frères et belles-sœurs, cousins, neveux et nièces. Je vouvoie Maman, je vouvoyais feu Papa, mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, lesquels nous tutoyaient en retour. Ne le retenez donc pas contre vous.
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Spring 1947, Hylewood, Canada
Perhaps you will find me a little old-fashioned… I have a great deal of trouble addressing someone I have never met informally. I was raised quite strictly - we were never to use familiar terms of address with anyone outside our immediate family. Any breach of that rule would have been considered rather forward, and harshly reprimanded. I sometimes shudder at my husband’s easy manner of speaking to everyone so informally. Not that I hold it against him - he can do as he pleases, and besides, no one seems to mind. It’s simply that I could not bring myself to do it myself. With the sole exception of my roomate - she has been the only one, in fact - I addressed all my classmates formally. I still do the same with the women from the wives’ committee, even after all these years of working together. The only people I address informally are my immediate family: my brother, brothers and sisters-in-law, cousins, nephews, and nieces. I address Mama formally, as I did late Papa, as well as my uncles, aunts, and grandparents - who, in turn, always addressed us informally. So please, don’t take it personally.
🇫🇷 [Transcription]
Lucien LeBris : Tiens, Layla ! Tu attends le ferry ?
Layla Bernard : Bonjour, Lucien. Oui, j’ai rendez-vous chez le médecin.
Lucien LeBris : Chez le médecin ? Quel besoin as-tu d’aller chez le médecin, vu que ton mari en est un ?
Layla Bernard : Tu sauras qu’il est déconseillé pour un médecin d’ausculter ses proches. Son jugement peut se retrouver altéré et cela peut le conduire à sous-estimer la gravité d’une maladie…
Layla Bernard : … Et en plus, Fabien m’a déjà auscultée. Il ne trouve rien.
Lucien LeBris : Ce n’est pas trop grave, j’espère ?
Layla Bernard : Je ne sais pas. Je n’espère pas. J’ai de plus en plus de problèmes de mémoire… Je dois aller faire des tests pour m’assurer que ce ne soit pas quelque chose de grave comme la maladie d’Alzheimer.
Layla Bernard : Ce sont juste des examens de routine. À mon âge, il y a peu de chances que ce soit ça, mais Fabien préfère ne prendre aucun risque.
🇬🇧 [Transcript]
Lucien LeBris: Well, hello, Layla! Waiting for the ferry?
Layla Bernard: Good morning, Lucien. Yes, I have a doctor’s appointment.
Lucien LeBris: A doctor’s appointment? What do you need a doctor for when your husband is one?
Layla Bernard: You should know it’s not advisable for a doctor to examine their own family. Their judgment might be clouded, and they could underestimate the seriousness of an illness…
Layla Bernard: … Besides, Fabien already examined me. He didn’t find anything.
Lucien LeBris: I hope it’s nothing serious?
Layla Bernard: I don’t know. I hope not. I’ve been having more and more memory problems… I need to take some tests to make sure it’s nothing serious like Alzheimer’s disease.
Layla Bernard: They’re just routine exams. At my age, it’s unlikely to be that, but Fabien prefers not to take any chances.