L’expérience de l’art est plus radicale : elle accepte plus facilement que le rien qui l’inspire soit dépouillé de toute figure ou de toutes formes reconnues. Nul besoin pour elle que l’Autre soit un être. Et quand bien même il l’est, il faut sans doute comprendre qu’il l’est par une sorte d’accident, comme subsidiairement. Pourtant, si l’art entretient avec les « tables tournantes » un rapport, c’est celui-là : la main échappe à la maîtrise de ce qui accepte le retour en elle de ce qui n’est plus ou de ce qui s'est absenté. La main est le jouet de la voix qui parle, qui dissout la maîtrise imaginaire que chacun a de son corps. Il faut que l’image de soi cède devant le geste : toute présence à soi résorbée dans la main, l’art peut désormais commencer, la prosopopée appeler sur la toile, ou la page la présence fantomatique qui habite la main.
Dominique Laporte, Le deuil la nuit, Éditions Furor, 2014






