Isoler la mort de la vie, ne pas laisser l’une intimement tressée dans l’autre, chacune faisant intrusion au cœur de l’autre, voilà ce qu’il ne faut jamais faire.
Jean-Luc Nancy, L’Intrus, Éditions Galilée, 2000

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Isoler la mort de la vie, ne pas laisser l’une intimement tressée dans l’autre, chacune faisant intrusion au cœur de l’autre, voilà ce qu’il ne faut jamais faire.
Jean-Luc Nancy, L’Intrus, Éditions Galilée, 2000
Hors le rêve, la vie et la mort se refermeraient bord à bord, sans espace ni temps pour dire ce qui, de manière fragile mais insistante, parle de là où nous sommes et qui nous demeure à nous-mêmes inconnu. Le rêve ouvre la possibilité d’une autre temporalité, verticale, et qui pourtant traverse cette vie, ce temps. Que serait une vie qui ne contiendrait pas en elle l’autre vie ?
Anne Dufourmantelle, Intelligence du rêve, Éditions Payot & Rivages, 2012
Tout arrive
Le 7 octobre 2021 paraîtra mon premier livre – Vide sanitaire – aux éditions Verticales. Déjà cette perspective me remue grandement, l’image choisie en couverture en témoigne – comme une trouée, remous d’air et de fumée dans la pièce aveugle. Ce n’est pas comme si je n’avais pas accompli ce trajet. Depuis le temps que je couvais ce récit. J’ai donc attendu que la résidence d’écrivain s’achève pour me mettre à écrire « pour de bon », n’étant plus dans l’obligation de rendre public ce qui pouvait me travailler alors. Pour cela, il a fallu l’étincelle produite par une rencontre fortuite avec le tandem d’éditeurs Yves Pagès et Jeanne Guyon, rencontre qui a eu lieu un soir d’été, devant la galerie Poggi, à Paris, au sortir d’une conversation entre Jean-Max Colard et Gregory Buchert – autour de son livre Malakoff paru le 16 mars 2020. Lors de celle-ci, entre autres choses, ont été évoquées la mélancolie de l’exposition et la tentation d’arrêter l’art. Aussi le galeriste, connaissant mon parcours biscornu, m’a-t’il donné la parole. J’ai alors évoqué mes années pompes funèbres auxquelles je ne cesse de revenir depuis mon départ de L’Autre Rive, tout en avouant n’avoir pas encore trouvé la forme littéraire pour accueillir ce récit. Après quelques petits pas devant la porte de la galerie, Yves Pagès est venu me parler ; très vite, le courant est passé entre nous, j’ai compris ce qu’il attendait de moi, il m’a remis au travail illico, a su trouver les mots. Dix jours plus tard, il m’a écrit un mail qui n’a fait que confirmer ce que j’avais senti lors de notre bref échange. Son message, je le sais presque par cœur, tellement il a agi comme un détonateur.
Cher François Durif, Nous avons discuté sur le trottoir à la sortie de la rencontre avec Gregory Buchert. On avait évoqué un hypothétique réagencement/remembrement/réactivation de notes prises au cours de tes activités funéraires, mises en regard avec une pratique artistique et sa propre crise. Tout cela, je voulais juste te dire que ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. À une prochaine ici ou là (sans date) Yves
Un an après, je suis allé déposer moi-même les épreuves corrigées au comptoir de Gallimard, et il m’a rejoint au café L’Espérance à l’angle de la rue de Beaune et de la rue de l’Université. Quelle histoire ! Si on m’avait dit qu’un jour…Tout cela me rend de l’énergie, pas mécontent que cette sortie ait lieu à l’âge que j’ai aujourd’hui – aucune envie de passer à côté. Le sentiment de me redresser. À l’injonction de rester vertical, je réponds avec entrain. Tout arrive et tout arrive en même temps, disait l’ami Robert Filliou, lui qui tenait tant à réhabiliter les Génies de Café et ne cherchait pas à rentabiliser son talent.
Après tout, l’art est ce que les artistes en font, et nous tous écrivons, peignons, composons, aimons, jouons, etc., parce nous savons le faire. Ce que je veux dire c’est que nous ne sommes pas seuls. Nos buts sont fondamentalement ceux de tout le monde. Les défaites de tout le monde sont aussi les nôtres. Pour moi, celui qui au moins m’aide à vaincre le pire est mon ami, s’il le désire.
Aussi y-a-t-il de l’amitié à travailler avec des éditeurs comme Jeanne Guyon et Yves Pagès. Rien que le fait de savoir que des gens comme eux existent et ont la possibilité de manœuvrer dans le monde de l’édition, me rend heureux. Je ne sais pas si cela existe dans le monde de l’art.
Pour celles et ceux qui sont à Paris dans les semaines à venir, plusieurs événements accompagneront la sortie du livre. Le premier se déroulera le jeudi 14 octobre à 20h au Générateur - 16, rue Charles Frérot à Gentilly : lecture-performance suivie d’une séance de signature-dédicace. https://legenerateur.com/spectacle/vide-sanitaire/ Et le samedi 16 octobre, rendez-vous à 11h au Générateur pour une virée en hétérotopie, au cimetière de Gentilly et ses abords : https://legenerateur.com/spectacle/promenades-durif-2/
Je dis toujours on verra. Je dis on verra en pensant toujours que des tas de choses peuvent arriver. Là il n’y a que deux choses, la vie ou pas. Et si la vie repart, alors elle repart.
Chantal Akerman, Ma mère rit, Mercure de France, 2013
Pour revenir de la mort vers la vie, quitter l’obsession qui fait boucle et la surveillance permanente de cet œil intérieur qui ne quitte pas celui qui souffre d’angoisse, et descendre jusqu’à croiser ces âmes que personne ne pleure.
Anne Dufourmantelle, Éloge du risque, Payot & Rivages, 2011
Puisque la mort me dépossède de sa voix et de la mienne, il faut donc rassembler, autour du lit de mort, les membres du corps qui sont comme des éclats de voix ; il me faut aussi multiplier les voix, tandis que la mort les éparpille ; et faire entrer les pleureuses.
Dominique Laporte, Le deuil la nuit, Éditions Furor, 2014
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