Dur, dur d’être un auteur
Bas les masques ! Le Festival du livre à Metz est ouvert !
Après une inauguration bestiale samedi 16 Avril où la jungle Messine a dansé et tapé du pied si fort que je vous ai entendu depuis Ostende, j’ai rattrapé mon absence en me rendant ce jeudi 21 Avril à l’Ecole Supérieure d’Art de Lorraine pour la projection du documentaire “Ecrire en Résidence”.
Carole Bisenius-Peni, les étudiants de la fac de Lorraine et de la Grande région se sont lancés dans une expertise quasi scientifique du phénomène de résidence dont on connait peu de chose et sur lequel aucune recherche n’avait été faite jusqu’ici. Pour ce faire, ils ont été accompagnés de Jonathan Eckly qui signe la réalisation du film.
La question est la suivante : Quelle est la place de l’auteur dans le monde contemporain ? Qui est il ? Le stéréotype d’un vieil homme grisonnant écrivant son mal-être à la lueur de la bougie semble encore présent dans l’imagination collective. Comme une sorte de mythe de l’ecrivain concentré, seul dans son appartement. C’est justement car il est peu visible que sa profession est difficile a soigner. Très peu de subventions sont allouées directement à la littérature. Alors que nous sommes assis aux beaux Arts on se demande : pourquoi l’art d’écrire n’est il pas enseigné ici au même titre que la peinture, les arts visuels ? Comme s’il s’agissait d’une classe à part, comme si écrire c’était inné, cela ne s’apprend pas. Pour le comparer à d’autres métiers de la culture, l’écrivain n’est pas intermittent. Nombreux sont les écrits, peu sont les "best seller" et vivre de l’écriture semble très difficile. Carole expliquera que beaucoup de personne en résidence sont écrivain + … un second métier est indispensable. Or, comment se consacrer à son livre, s’immerger pleinement dans une recherche ou une atmosphère quand on doit se préoccuper de sa survie matérielle ?
Voilà ce que propose les résidences. De quelques semaines à plusieurs mois, elle permettent à l’auteur de ne s’occuper de rien d’autre que de son projet. Souvent isolé, l’importance de la démarche est aussi de lui permettre la création de réseau, de réintégré l’écrivain au coeur de la politique culturelle.
Il existe différents types de résidences :
individuelles ou collectives. Certains auteurs veulent se concentrer seul sur leur projet pour avancer. On entend dans le documentaire: “J’ai écris en un mois en résidence ce que j’écris en 8 mois à la maison”.
D’autres ont besoin d’échange et de partage. Une résidence collective permet de se demander comment écrit-on ? comment je veux écrire ? De changer de lieux, d’idée ou de style.
Si l’on demande rarement une preuve d’aboutissement du projet à la fin de la résidence, l’auteur doit tout de même poser sa pierre à l’édifice. En général cela se numérise comme suit 70% du temps est consacré à l’oeuvre, 30% à la médiation. C’est à dire que l’écrivain dialogue avec un public, la presse ou participe à une animation du village/ville. Il existe aussi des résidences dites “d’animation” ou l’auteur a vraiment peu de temps pour lui et vient dans une démarche éducative, de vulgarisation de la littérature. Les résidences mixtes cumulent les deux en demandant a l’écrivain de travailler en lien avec un projet culturel mis en place par le lieu.
Pas besoin d’être connu pour intégrer ces programmes. La seule condition est d’avoir déjà été édité une fois. Ensuite, les comités de lecture se réunissent et choisissent les projets. La question est alors : Est ce que finalement on aide pas toujours un peu les mêmes ? Carole nous rassure le CNL veille au grain. Un auteur qui a déjà été accepté dans une maison doit attendre 5 ans avant de pouvoir y postuler a nouveau.
Si l’idée existe depuis longtemps (Les rois et riches mécènes logeaient et nourrissaient leurs écrivains), l’écriture en résidence est encore assez récente en France, peu visible et peu subventionnée. C’est dans le but de faire remonter cela aux institutions concernées que la recherche a été mise en place. Il était nécessaire de définir ce qu’est une résidence, de montrer ce qu’elle apporte à l’auteur et donc à la culture littéraire. c’est un milieu assez confidentiel et ce documentaire est le moyen de le rendre accessible, de laisser une trace palpable. Si la résidence est un lieu de recherche, de création, de maturation, de soutien, elle n’est pas encore une industrie du livre il ne s’agit pas de produire absolument, les projets ne sont pas toujours finalisés.
Se pose aussi la question : “et après” ? comment accompagner l’auteur jusqu’au bout ? Il est nécessaire de prendre conscience que des aides à la publication sont aussi nécessaires.
Le docu “Ecrire en résidence” sélectionné au Festival du Film chercheur sera prochainement en ligne sur le site de l’université, on vous informe. En attendant, voici les liens de quelques résidences d’auteurs en Grande région :
http://passaporta.be/fr/agenda/2016/04
http://www.chateaudupontdoye.be/culturel.php?menu=culturel&sous_menu=residence
(après 8ans de service la résidence du pont d’oie a fermé ses portes)
http://www.pensee-sauvage.fr
http://www.lyonne.com/Culture-et-Vie-Locale/Sites-et-monuments/Maison-Jules-Roy-a-Vezelay/Residences-d-ecrivains-et-d-artistes-saison-2016
Beaucoup de rencontres très intéressantes pour ce festival littérature et journalisme, n’hésitez pas a vous y promener
Aujourd’hui vendredi 22 Avril :
18H30 Médiathèque Borny : Rencontre avec Badroudine Saïd Abdallah et Medhi Meklat (Burn out, Seuil, 2015)
19H30 St pierre aux Nonnains : Grand entretien avec Jean-Claude Carrière
21H Arsenal: “Dans les rapides” Maylis de Kerangal et cascadeur, concert littéraire….
Et plein d’autres choses jusqu’au 24 Avril














