Vous n’aurez pas ma flemme !
Après un an de route et de voyage à l'autre bout du monde, voilà que par un concours de circonstances que nous appellerons « La vie », je me vois dans l'obligation de revenir dans mon pays natal, la France*.
Ah… la France…sa culture, sa gastronomie, ses paysages et ses luttes sociales ! On l'aime avec un grand A. Au sein d'une vigne j'ai reçu le jour elle sera toujours digne de mon amour….mais bordel, que c'est dur l'amour a sens unique !
J'avais tout fait comme il faut : l'école, l'université, bonne élève, mention. Le tout sans une bourse, aucune aide sociale parce que mes parents fidèles a leur poste de travail, ont toujours gagné juste ce qu'il faut pour ne rien toucher. Grand bien nous fasse ! C'était preuve que tout va bien.
Aux alentours de 15 ans comme à vous tous, on m'a demandé ce que j'aimerai faire « plus tard », dans «La vie » ( entendez par là « travail », celui qui rend libre). J'ai choisi la culture. Quitte a y être 24H/24H sans vacances comme mon père, autant que ce soit sympa et un chouïa épanouissant. Assise chez la conseillère d'orientation, j'ai répondu que je serais mieux au cinéma. Elle a vaguement soupiré : «c'est bouché »… Mais comme je n'ai jamais accepté que 1+1 font 2, j'avais de toute façon renoncé aux filières éco et scientifiques. Sans rapport j'ai donc joué les clowns au conservatoire, appris a lire des portées de notes et sur un concours de circonstances que nous nommerons « La vie », je me retrouve en Licence « Arts du Spectacle », à Metz.
C'était bien, c'était chouette, persuadée que je ne trouverai pas de boulot avant perpète….
Mais voilà, le serpent Luxembourg, insoupçonné par l'ado que j'étais est venu me proposer direct un poste à responsabilités dans le « monde du cinéma »*.
A tout juste 20 ans, je me retrouve sur le marché du travail, dans ce que je veux faire et sans Destop. J'ignorai en acceptant l'offre du diable que la France*, blessée, commençait froidement a préparer sa vengeance.
Pendant 6 ans, j'ai donc vécu insouciante mon rêve luxembourgeois. Des impôts prélevés a la source, la chance de pouvoir vivre a Thionville, des CDD qui s'enchainent et des salaires qui pouvaient avoir l'indécence de monter jusqu'à 4000€. J'étais jeune, j'étais riche et absolument tout mon argent était goulument réinjecté avec amour en France où je pouvais, dans ma demie heure de weekend, acheter des kilomètres de sushis, de chaussures, de loisirs et de tailleurs inutiles. Oui, parce qu’un costard on se le paie en travaillant et que, sans le voir venir, j'avais signé pour 16H de travail par jour, 112 par semaine et résumé ma vie uniquement au stress et à mes trajets. Alors a 26 ans, j'ai pété mon petit câble, et j'ai choisi de tout arrêter. Je voulais retrouver le plaisir d'apprendre, de lire, de rencontrer des êtres vivants autour d'un verre, de voir le monde et d'accorder 5 minutes aux gens que j'aimais…. oui je sais c'est du luxe, bah moi j'ai choisi la qualité de vie face à la Rolex…bouh je suis vilaine !!!
Je me suis donc barrée en Australie avec un visa vacances ET travail histoire d'être bien sûr de pouvoir faire les deux. Pas fainéante malgré ce que vous pensez, j'ai pu enchaîner les petits boulots sans diplômes spécifiques (du maraîchage au paysagisme en passant par ouvrier d'usine…). Pas forcément faciles mais payés assez pour continuer la route. L'idée : tu es motivée, tu sais bosser, pas besoin d'un bac+7 en« Environnement et sensation de la pelouse », et d'une « attestation d'aptitude en conduite d'engin de moins de 3,5 tonnes, option tondeuse » pour être paysagiste. J'ai fais les boulots que j'ai voulu et mes patrons ont toujours été content de moi. J'avais enfin trouvé ce que je voulais faire plus tard : un peu de tout ! Parce que ouai, on a le droit de vouloir tout faire ! Apprendre un peu et mourir avec 80 années différentes si on veut. Malheureusement, sur un concours de circonstances…« La vie », j'ai du rentrer. La France*, elle, n'avait rien n'oublié.
J'ai loué un appart vite, en mauvaise saison et au centre ville ce qui implique un loyer exorbitant. Mes droits au chômage se sont remis en route à mon retour, calculés sur mes derniers jobs au Luxembourg. J'avais donc 8 mois pour me réinstaller correctement . J’ai voulu rester en France, tu vois, mon amour de toujours. Pas du tout envie de retourner stresser sur les plateaux Luxembourgeois, je voulais exercer là, dans mon pays. Je me suis réinscrite à l'université en Histoire de l'art (par correspondance pour pouvoir bosser). Toujours pas de bourse pour la reprise d'études ; puisque je peux travailler à côté ; (En plus c'est pas un projet professionnel l'histoire de l'art). J'ai tout payé. Avec les 2 mois de loyers d'avance, et la caution… autour des 4000€ juste pour ça….bon… mais alors après je voulais travailler... parce que j'aurais pu vivre avec mes Assedic et juste réviser mais je me faisais chier, j'avais envie de partager avec l'humanité, d'être un tout petit peu moins marginale. J'ai commencé un job en restauration rapide, 9€ de l'heure brut. C'est pas Byzance, mais bon je m'y retrouve, sauf que : Puisque je gagne dorénavant 300€ par mois, pôle emploi a revu mes allocs a la baisse et m'a retiré 500€ sur ce que je touchais. … ok pas de soucis, normal, j'avais assez pour vivre. Qu'est ce qu'un trou de 200€ après tout ! Et puis comme dirait mon conseillé, si je lui avais demandé, il m'aurait convaincu, lui, de ne pas aller travailler. Qu'à cela ne tienne, c'est pour moi ! Alors comme je suis en temps partiel, je me dis que je peux reprendre une formation ou un second emploi dans un secteur qui me plaît où je pourrais réutiliser mes études, mes expériences ? Est ce que pôle emploi peut m'aider ?
« - Non. Pour ça on ne sait pas, votre licence est trop vaste, trop culturelle et puis même pour faire votre métier d'avant ici dans la région, on a pas les contacts et puis pour le faire en France, il faut repasser des habilitations et puis même pour tout les boulots, ici on a rien ! Mais on va bientôt embaucher pour KFC et pour Cattenom (centrale nucléaire), si ça vous intéresse il y a des formations courtes.
-Bon et si ça ne m'intéressais pas, ni mon boulot d'avant ni la centrale nucléaire ? mettons que je veuille tout changer je fais quoi ? Quel secteurs sont porteurs en Lorraine ?
-La formation en accueil funéraire est très prisée ainsi que celle de comptabilité/secrétariat mais il n'y a pas toujours des places a la sortie.
-Bon alors on fait quoi ?
-Je vous inscrits a une formation réorientation chez AKSIS, nous travaillons beaucoup avec eux il vont vous aider a trouver un nouveau projet
-Ok, ça doit coûter un bras
-Tout est pris en charge par pôle emploi (sourire)
-Non mais ok va pour la formation, laissez tomber »
Pendant 2 mois à intervalle régulier je vais donc voir une conseillère qui m'explique comment trouver un autre métier. Je choisis sur des fiches, j’ausculte des codes Rome, limite je colle des gommettes sur mes préférés… Bref, en gros, je fais tout le boulot moi même et au rendez vous je lui dicte mes trouvailles, elle le tape sur l'ordi et elle me rendra le compte-rendu a la fin. On avance a pas de géant. Je sors 3 métiers au final : Journaliste, bibliothécaire et profs… on se refait pas. Je sais bien que ce n'est pas tellement porteur mais a aucun moment on ne m'a proposé de chercher du côté de ce qui risque de devenir un travail réel puis, si je dois être sédentaire dans ma douce, autant que je croule sous un travail que j'aime.
Pour être prof je dois refaire deux ans d'étude mais pôle emploi ne paye pas les formations universitaires. Solution : Loto
Pour être bibliothécaire, je dois passer le concours de la fonction publique, le payer , le réussir, mais il y a peu de places à la sortie et souvent plutôt pourvues en interne. solution : inconnue
Pour être journaliste c'est bon niveau diplôme mais ce qui manque c'est l'expérience ! Je propose de tout quitter, de rentrer chez ma mère et de faire des stages non payés a la pelle, je m'en fou !
Oui… mais.... non…comment vous dire… Pour faire des stages, il faut des conventions. Il n'y a que pôle emploi qui peut en faire et seulement pour 30 jours, pas assez pour l'expérience en effet. (chez D8 ?)
Solution : Faites un blog, sur un malentendu quelqu'un peu le lire...faites un article sur la médiocrité de votre vie et envoyez le à Libé…ha non merde il sont passés à droite…vous avez vraiment pas assez pour une corde robuste ?
Mission orientation caduc donc, ça a couté le prix d'une guerre à l'état pour aucun résultat. Et pour la peine je me suis fait engueuler le jour où j'ai voulu décaler un rendez vous :
« - Je ne peux pas venir jeudi, je travail on peu décaler ?
- Non, si on dépasse les 3 semaines je vais me faire taper sur les doigts, en plus on a déjà choisi cette date parce que vous aviez des partiels !
- oui, votre formation c'est « emploi et avenir », j'essaye de faire les deux, donc on peut s'arranger ?
- Vous ne pouvez pas poser congés ?
- Au boulot ? Pour trouver du boulot ?
- Faut savoir si vous avez le temps de chercher ou pas….
- forcément ça dépends, ça dépasse »
Pendant ce temps, mon abonnement électricité d'un montant de 60€ est passé à 159€ parce qu’il a fait froid cet hiver et qu'apparemment j'ai consommé plus que prévu (peut être le retour d'Australie)… je me retrouve à la fin de mes droits, tout est passé dans la vie, les études, le logement. Pas une paire de chaussure. Même si je n'ai pas « chômé » je n'ai pas trouvé de travail intéressant, mon RSA qui s’élèvera a 400€ ne me sera pas versé si j'en touche déjà 400€ aux sandwichs quand aux APL ils sont encore calculés sur mes salaires à 4000€ donc autant vous dire que je ne toucherai pas un Kopec. J'ai payé mes tiers d'impôt à 300 € même si cette année je ne suis pas imposable, j'ai perdue ma carte bleue, « la vie », ça m'a couté 130€ (on ne se rend pas compte du cour du plastoc). Malgré tout, Manuel au 49.3 décide qu'on peut me la mettre bien plus profond en poussant encore un peu.
En 6 mois, j'ai fait banqueroute en essayant dur comme fer de travailler, je voulais juste que ça me plaise un tout petit peu, tu vois quitte a gagner 500 pour un appart a 550…. Enfin comme je rend mon toit, je dois résilier internet et téléphone mais comme je suis « engagée » pour 1an je dois payer 370€ en frais de résiliation sauf si j'ai une bonne excuse. Je dis que je pars à l'étranger, mais je dois fournir un justificatif ou d'embauche ou de loyer parce que partir a l'aventure on ne sait où avec juste un sac à dos ça n'existe pas ! ou alors ça ne dispense pas de payer la télé. 370€ ou le prix d'un billet pour le Mexique, à croire qu'on veut tout faire pour te fixer a ton canap et que surtout tu n'en, bouge jamais. Partir une fois, c'est se rendre compte que la France n'a aucun conseil a donner, qu'elle est paumée comme tout le monde face a la crise et qu'elle ne sait plus comment s'y prendre, La France ne t'offre pas plus de droits, elle te kidnappe en te faisant croire que tu peux encore te battre pour eux. Un conseil ?… Run !
Au Luxembourg alors que je n'avais encore aucun diplôme et aucune expérience on m'a confié un boulot, j'en ai chié mais j'étais bien payée,
Avec 2000€ j'ai vécu 8 mois magnifiques en Australie, j'ai appris plein de choses, j'ai découvert une culture, un continent….
En France*, j'ai du montrer pâte blanche pour accéder à un boulot a neuf euros de l'heure, rien d'autre n'était accessible sans formation inutile et payante au préalable et avec 3300€ j'ai juste payé un toit pour 6 mois…à Metz.
La France, elle t'aime ou tu la quitte. Moi je te dis So long…. j'aurais essayé.
Si je dois flemmarder, je ne veux pas le faire dans mon canap pour être sûr de toucher mon RSA qui ne me permettra ni de vivre, ni de me former. Je veux le faire tranquille, les pieds en éventail au soleil après une longue journée de découverte. Si je dois camper et m'éclairer a la bougie ce sera au bord d'une plage et pas dans mon salon. Vous n'aurez pas ma Flemme !!!
*à prononcer avec une patate chaude dans la bouche, avec distinction honneur et paillettes.