Leo(88man) - Matt Elliott / La Péniche
Aller à un concert de folk. Une démarche qui déclenche chez le quidam les mêmes appréhensions que lorsqu'il s'agit d'aller écouter du jazz ou de la musique classique. A l'exception de l’aficionado éclairé, chaque spectateur s'y rend avec la terreur secrète d'être confronté à l'horreur sans nom de l'Ennui et de l'Interminable.
On s'y rend ce soir grâce à la main tendue de Ah Bon ! Productions, consortium du coin qui se démène pour nous concocter tout un tas de soirées à la programmation pointue et hors des sentiers battus, soutenant au passage (avec parfois beaucoup de témérité) les productions locales.
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Leo(88man), ex-groupe folk-rock devenu un chanteur solo folk tout court. Un mec en jean avec une guitare, postulat de départ peu favorable à un article outrancier du Juke Blox. D'autant qu'on touche ici à un folk traditionaliste qui aurait pu confiner a l'extrémisme, si le concert ne s'était pas électrisé à tiers-parcours.
Les craintes évoquées dans l'introduction se confirmèrent dès les premières minutes. Le son de Leo(88man) nous précipite d'emblée dans une atmosphère feutrée, celle où on est gêné d'avoir une quinte de toux et où on n'ose pas allumer l'écran de son téléphone portable tellement l'obscurité semble opaque. Malheur à celui qui aura besoin de se rendre aux commodités et qui devra subir les regards outragés des spectateurs pratiquants.
Heureusement, le gratteur eut la bonne idée de parler entre les morceaux, et son talent oratoire approximatif détendit à point nommé l'atmosphère. Ses tentatives nébuleuses d'éclaircissements sur l’histoire de son ex-groupe qui est devenu un projet solo alors que le reste de la bande continue toujours mais sous un autre nom, et sur ce morceau qui a été écrit seul mais joué avec le nouveau-feu groupe puis enregistré à nouveau seul entre le troisième et le quatrième album, ont apporté à sa prestation la dose de non-sens nécessaire pour que le public reste entre les planches de la Péniche.
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Ce qu'on retiendra principalement de la prestation de Leo(88man), c'est sa démonstration vocale pour le moins dépaysante. En fermant les yeux alors qu'il passe d'un timbre à l'autre comme un imitateur de cabaret, on pense tour à tour à Rod Stewart, Caetano Veloso, Keziah Jones ou Lou Reed, mais d'une manière suffisamment diffuse pour que chaque spectateur ait le loisir de repartir avec sa propre liste en tête. On regrettera que ces excentricités ne transparaissent pas plus dans les enregistrements studio, mais on ne peut pas trop lui en tenir rigueur tellement l'intendance de son projet à l'air d'être un véritable bordel.
Pour le reste, eh bien, c'était du folk. De la guitare. Des envolées lyriques qui ne compensent pas la lenteur anesthésiante des morceaux. Des gens qui regardent discrètement leurs montres en veillant à avoir l'air d'être transportés par la musique. Un morceau en français particulièrement dramatique. Des piliers de comptoir accoudés au bar du fond qu'on entend peu à peu plus que le chanteur. J'étais presque étonné de ne voir personne allumer un feu de camp.
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Avec Matt Elliott, ce fut une toute autre histoire. Toujours du folk. Mais cette fois en 3D Dolby Surround. Avec pop corn et fauteuil vibrant.
On est très loin de l'enchainement entêtant de folk-songs plates qui se ressemblent toutes. A la place, huit (peut-être dix) longs morceaux-tableaux organisés comme autant de mini voyages, décollage et atterrissage compris. On est embarqué dans chaque nouvelle chanson comme si quelqu'un venait nous bander les yeux par surprise pour nous enfermer dans un coffre de voiture et nous emmener vers une destination inconnue, hostile et barbare. La pauvreté des accords de guitare nous faisant le plus souvent demander très, très vite c'est quand qu'on arrive.
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Le grand kiff de Matt Elliott, c'est les boucles. La guitare. La voix. La flûte à bec. Tout y passe. Il pose, superpose, entasse encore et encore, comme un gosse à qui on aurait offert beaucoup trop de Lego. Il utilise comme liant des pointes d'électronique, donnant à ses monticules sonores une ligne mélodique hypnotique qui enferme le spectateur, le condamnant à vivre son bad-trip jusqu'au bout si jamais ça devait mal se passer.
On lui concèdera une inventivité hors pair, par exemple grâce à cette boucle obtenue en sifflant dans le micro, qui par un effet bien senti rappelle les sacro-saints samples de Portishead. Ou pour le moins bon, cette sortie de route monumentale lorsqu'une de ces chansons vrillent soudainement vers un inexplicable... pont dubsep.
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Nous passerons sur les intermèdes instrumentaux celtico-yiddish, sûrement présents pour détecter et éliminer les derniers survivants de la mouvance bobo qui se seraient glissés subrepticement dans la salle.
Matt Elliott déploie une folk sombrement psychédélique et complexe, qui malheureusement fait preuve de mauvais goût systématique. Il plonge au hasard dans les folklores européens pour n'en recracher qu'une version bouffonne et fantoche, et fait appel dans le même temps à des éléments pseudo-modernistes qui étirent son folk entre des extrêmes auxquels même un gros rock'n'roll des familles n'aurait pu survivre. Le spectateur y reste aussi.
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Prochaine soirée Ah Bon ! Productions :
LONESOME FRENCH COWBOY AND THE ONE / AMELIE
Mercredi 8 février 2012 à la Péniche.
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