Le trouble de la concentration après un James Gray, après la menthe, les verres, l'ambiance, la musique, le string de la serveuse, les amis et les discussions...puis le trouble des pas, de la vue...Le voyage jusqu'à chez-soi. Le maintien de ce que l'on sait être soi, le soi social, le soi commun. L'heure passée à Argenteuil à attendre...
Je n'ai pas été touché par The Immigrant, mais ça n'est pas grave. Des tas de films existent. Il en sort tous les jours. Il en est sorti une infinité avant que je naisse. James Gray garde sa virtuosité, sa mise en scène est magnifique, les ambiances sont géniales, intimistes ; et la cruauté de Bruno, ainsi que celle de sa vie, sont magnifiquement retranscrites, même si Gray garde une distance. Ce plan final ! Dieux ! Ce plan final ! Cotillard est une plaie. Elle ne sait pas jouer en anglais ou en polonais. Ses os rouillent.
Bref. Ce soir, en ce novembre, autre novembre, qui n'eut pas lieu dans la salle 16 cette fois-ci, mais juste en dessous, autour d'une table, est une grande première fois...Une nouvelle sensation...Non pas tout à fait une maladie, mais une ivresse, légère...Je n'ai pas un contrôle absolu de moi-même, ce contrôle que j'ai, en général, et que je déteste, qui m'empêche d'être...à force d'être dans la retenu on n'est plus grand chose....
Je suis dans gravité. Le corps lourd. Mais en apesanteur malgré tout. J'ai survécu. Pour l'instant je survis. Je ne sais pas si l'on peut me sauver, je ne sais pas si je le mérite. Mais j'ai ri, dit des trucs, eu une tête contre mon épaule, j'ai fait pipi dehors, j'ai attendu...Ce monde existe et si je n'ai rien au moins, lui, à défaut d'être à moi, je le vois...à différents degrés, différents états ; je le sens, froid ou chaud, je regarde mon souffle se matérialiser devant moi, j'attends encore...Je ne sais toujours pas si l'on va me sauver ou si je vais sauver quelqu'un. J'avale des trucs parce que je dois manger. On me l'a conseillé. La personne qui me l'a conseillé n'est pas rien. Elle est beaucoup.
Je n'ai pas grand chose à rajouter. Le reste je le garde. Je ne serai probablement pas lu, mais il y a du bon, je crois, à conserver pour plus tard. Dernier novembre ? Je n'espère pas. On ne sait jamais ce qui nous attend, on ne sait jamais à quel point le présent nous est cher. Que les novembres s'enchaînent. Qu'on soit bien couvert. Qu'on sort du cadre, à un moment, un autre, qu'on voie ce qu'il y a à vivre. Qu'on essaye...
Qu'on sente. Qu'on bascule. Qu'on tienne mal. Pour le meilleur et pour le pire. Sachant que le pire s'efface vite, que le meilleur reste...en mirages, en pas tout à fait ce qu'il était, avec sa part de regrets, mais toujours en meilleur...
Je ne sais pas si l'on peut me sauver mais je n'ai pas le choix.