J'ai perdu ton odeur. Il a bien fallu que je lave le vieux tee shirt que tu avais oublié sous l'oreiller. Les chats avaient dormi dedans, une nuit où je n'étais pas rentrée. Il y restait un peu de toi, un peu de nous. Un mélange de nos sueurs après l'amour, de ton parfum dont j'ai oublié le nom (tu en changeais si souvent), de nos fluides mélés, de tendres effusions, de café renversé, de mes larmes aussi. Informe à force de le porter les nuits d'absence, emmaillotée dedans, les genoux contre la poitrine, comme une seconde peau. Coeur coulant dans tes bras de coton.
Et puis ce soir, dans le bus, tu sais celui qu'on prenait pour rentrer d'Alésia, je me suis assise à côté d'un homme, la cinquantaine à peine, jeans, baskets, tee shirt et petite veste d'été. Il s'est légèrement levé pour me laisser la place contre la fenêtre et tout est revenu...le parfum...tout..."Pour un homme" de chez Caron, tes fossettes, tes cheveux que je prenais un malin plaisir à ébouriffer, la valse lente de nos baisers, tes mains sur mes hanches, le lit défait...Ça m'a fait mal et un bien fou, ça m'a piqué les yeux, coupé le souffle et fait sourire. J'ai dû rester suspendue un moment, l'homme m'a demandé si cela allait...j'ai hoché vaguement la tête, je me suis laissée tomber sur la banquette, j'ai collé mon front contre la vitre, j'ai fermé les yeux...mais la magie s'était envolée...je t'avais à nouveau perdu...mais j'ai le nom de ton dernier parfum...