On dit que la vie nous joue des tours comme si ce qui nous arrive n'est pas une pure construction de notre esprit, le résultat d'actions que nous menons. Volontairement ou pas. De ces expériences naissent à la fois nos rêves et nos peurs, on apprend avec elles en refusant certaines leçons, trop occupés à considérer que la vie est ainsi faite. Cette toute petite grande histoire commence pour tout le monde dans un cri, pas nécessairement voulu, mais il semble que le monde soit rassuré de nous accueillir ainsi, trop occupé à faire perdurer un ordre établi. Drôle de départ s'il en est, après avoir vécu chaleureusement dans l'antre maternelle, nous voilà propulsés dans la meute, avec pour seule force notre innocence. Les yeux ouverts comme un disque vinyle sans sillons d'une durée illimitée.
Que la valse a mille temps du grand Jacques commence, que son rythme soit multiplié et que Marcel chauffe du mieux qu'il le peut, son accordéon en flamme doit illuminer notre route. Avant ça il va falloir apprendre à lire, s'entraîner à chanter, et surtout comprendre les mots qui sortent de leur chrysalide pour devenir paroles. Ne pas faire qu'entendre, mais écouter vraiment, Barbara, Daniel, et tant d'autres. Le roi Carl aussi, pour le rythme, les pulsations vitales de Jaguar. Le temps de cet apprentissage peut être relativement long, il ne l'est jamais trop, et surtout, ce temps n'est jamais court. Pour gravir une montagne il faut commencer par tenir en équilibre mais certaines d'entre elles sembleront bien souvent inaccessibles, il suffira de prendre de la hauteur pour les observer, pour les voir petites, douces et accueillantes comme elles l'ont toujours été.
Les histoires se multiplient comme les jours qui s'additionnent, bercées par des mélodies que nous essayons de faire nôtres, observant depuis un public enjoué et à bonne distance, micros et instruments de musique. Nos sens en éveil relatif, prêts à bondir sur le couplet qui leur semble écrit pour eux. Petit à petit nous prenons confiance, car souvent nos vies nous semblent proches du larsen, ce genre d'occasions sont les meilleures répétitions. Souvent en public, peu d'entre nous ont la force d'être des artistes solitaires, nos fausses notes nous imposent l'improvisation, un chemin glissant sur la route de notre construction. A force d'en apprendre sur nous-mêmes, poussés par la vie qui chante, nous pouvons espérer trouver l'instrument qui nous correspond le mieux, et c'est souvent notre quête. Comme si nous étions capables de connaître ce que nous ignorons.
Et petit à petit se dessine notre partition, cachée de nos yeux, de notre cerveau. D'abord quelques notes lointaines, puis le début d'une introduction, et c'est au démarrage du premier couplet, sans vraiment comprendre les paroles, que notre oreille interne commence à vibrer. Le thème nous est inconnu mais nous fredonnons aussitôt que l'on entend les premières notes, il est sombre au début mais nous remplit apaisement. Sombre sans doute parce que nous avons déjà essayé de jouer une musique similaire, avec un groupe dans une autre tonalité ou comme choriste d'un chanteur aphone. Apaisant car malgré tout il nous semble facile de le maîtriser, autant que de le continuer, de le faire durer pour qu'il imprègne notre vie et nous aide à trouver le ticket pour un concert éternel. Un festival d'une musique unique magique, la plus dynamique, qui emporte les corps et le cœurs, qui dépasse les reines et les dieux et fait de nous l'artiste de notre existence.