PIERRE MAC ORLAN •• LES SIX ÉLÉMENTS Musique : Lino Leonardi Interprète : Monique Morelli Les palais de justice Regardons, en suivant la Seine et ses ponts déjà célébrés, les fillettes des vingt quartiers qui s’en vont deux fois la semaine, un renard chauve autour du cou, avec la morgue du hibou, oiseau rebelle à l’allégresse, chez les médecins du Palais où la Main de gloire est au frais chercher franchise pour leurs fesses. Les Champs-Élysées Rien n’est encor plus détestable que les retraits des boulingrins où l’on voit errer des putains qui semblent grand’mères du Diable. Seigneur où vont en de tels lieux ces ombres dévorées au feu qui flambe à leurs tristes bouzines. Les Bilitis d’un jour sans pain se mêlent dans la limousine ronflant en douce et feux éteints. Montmartre Les bougnats bordent le cratère de ce petit mont de Vénus et chacun d’eux y désaltère Cartouche et Jenin l’Avenu. On estime ici les pucelles autant qu’un pet de veau mort-né. L’art n’a besoin de chasteté et la muse ici n’est cruelle qu’à ceux qu’elle doit restaurer. Montparnasse On y voit venir d’Amérique les yeux encore à peine ouverts sur la perversité publique les blondes girls de Mortimer. Mais sur leurs muqueuses trop neuves elle attendent de l’amour la très intime extase pour en établir enfin la preuve, les yeux cernés au point du jour. L’école militaire La Grande Roue est démolie avec ses boudoirs aériens ; la culotte rouge est bannie d’un tableau jadis quotidien ; les bobinards parés de glaces, dont Mars absorbait tous les dons, n’offrent que des décors sans fonds où les servantes se prélassent dedans leur peau bleu d’horizon. Cimetière Saint-Vincent Comme un bonbon frais dans la bouche d’un soldat blessé en juillet et le repos de qui se couche ayant pour un soir son lit fait, le charnier Saint-Vincent s’impose aux amateurs de ce quartier, mais pour ceux-ci et leurs péchés l’avenir n’est pas peint en rose. Pourtant je les crois guerdonnés. — Poésies documentaires complètes


















