Ce qui me motive lorsque je pars en balade photographique ce n'est pas seulement la recherche de traces du passé, mais aussi de choses, de lieux, qui vont me permettre de me cultiver un peu. Car à quoi cela sert-il de jouer à faire clic-clac avec son appareil si l'on ne cherche pas à en savoir plus sur le sujet photographié ? En l'occurrence ici, j'ai découvert la maison familiale de Gabriel Vicaire, un poète bressan né à Belfort dont je n'avais jamais entendu parler. Chouette trouvaille donc, qui m'a permis d'apprendre que Gabriel Vicaire était avocat et qu'il a renoncé à ce métier pour se consacrer entièrement à la poésie. L'heureux homme ! En plein symbolisme, il s'est opposé à toutes les recherches poétiques à la mode et à fait figure d'homme heureux et sensuel auprès des "décadents tourmentés". Il s'est rattaché à une tradition de poésie facile, où se chante un accord profond avec la nature, avec la nourriture, le vin et l'amour. Originaire du Bugey par son père et de la Bresse par sa mère, ce sont les richesses de sa province qui l'ont inspiré dans Émaux bressans (1884), L'Heure enchantée (1890), Au bois joli (1893), Le Clos des fées (1897). Le recueil "Emaux bressans" a été salué unanimement par la critique littéraire, les poètes reconnus du moment, les éditeurs et le public. C'est ce qui lui a permis de rencontrer Paul Verlaine avec qui il a entretenu des relations amicales, voire familières. Mais, plus que par sa poésie, Vicaire est connu pour un pastiche de la poésie décadente. Sous le pseudonyme d'Adoré Floupette, il publie en 1885 "Les Déliquescences", où il se livre à une parodie pleine d'humour des thèmes décadents.
"Plus loin c’est la maison des Frères, et l’église
Avec son coq gaulois et sa toiture grise ;
Puis, l’auberge enfumée : Au grand saint Nicolas.
L’enseigne pend au mur où bourdonnent les ruches.
La nappe est mise. Holà ! qu’on apporte les cruches,
Nous boirons au bétail à l’ombre des lilas."
(Extrait du poème "En Bresse", paru dans "Le Parnasse contemporain" de 1876).