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L'OL en colère contre l’arbitrage, retour sur les décisions contestées Tonic Radio
Au revoir petit chat, adieu 2020
Une semaine s’est écoulée depuis le retour du petit chat des escaliers. Mais le conte n’a pas duré bien longtemps.
Je jouais les Yamakasi pour atteindre son abri, au coeur d’un buisson sur un muret, et lui donner à manger. Je lui avais trouvé une soucoupe et les voisins m’avaient donné une tonne de nourriture pour chats. Une petite routine s’installait entre Sael et moi : j’arrivais, il râlait, je déposais la soucoupe à l’entrée de l’abri, il sortait son museau et je veillais à ce qu’il mange avant de repartir. Tant qu’il a de l’appétit, me disait-on, c’est bon signe. La jeune femme de l’asso lui avait mis une alèse et une couverture. On se tenait au courant de nos visites, et je donnais des nouvelles aux voisins. On croisait les doigts, plus ou moins optimistes. Tant qu’il a de l’appétit, c’est bon signe.
J’étais venue le voir le jour de la tempête. Les rafales de vent giflaient les arbres, la pluie s’infiltrait dans les feuillages et Sael, qui la veille était sorti, s’était planqué dans l’abri. Mais le soir, je remarquai que la gamelle était encore pleine.
Le lendemain, la jeune femme est venue. Sael n’avait pas touché à son repas. Pas bon signe. Il nous fallut peu de temps pour nous décider. Pendant qu’elle filait chercher la cage dans sa voiture, je luttai pour sortir le chat de l’abri. Avec les gants de cuir, je sentis à peine les coups de griffe et de dents. Car l’abri n’avait qu’un accès : l’entrée. Ce fut difficile de le faire sortir. Mais avec mes bras fins et une persévérance à toute épreuve, j’y parvins. La maïeutique du sauvetage.
Sael, tout en escarres et grognements, fut emmené chez le vétérinaire. Chez moi, je mis mes vêtements au sale, la soucoupe dans l’évier et me lavais longuement les mains avant d’aller voir le Kraken. Les nouvelles arrivèrent vite. Sael, déshydraté et fatigué, serait hospitalisé. Au moins, me disais-je, il serait au chaud et traité par des personnes compétentes.
Oui mais tu sais, 15 ans, c’est très vieux pour un chat. Il est probablement en bout de course... Les petits chats, ça ne vit pas longtemps, surtout dans la rue.
Oui, mais 15 ans grâce à la bienveillance de tous ceux qui l’ont rencontré. Pour un chat des rues, 15 ans, ce n’est pas si commun. Il en a vu d’autres. Puis, a dit @chromatocloo, ça fait beaucoup d’aide et d’amour pour un O’Malley. Et ça, je n’en finis pas de le constater. En faisant des recherches sur l’association, je tombai sur un post du couple qui l’avait contactée pour lui. En lisant leur vision de l’histoire, les réactions des lecteurs, je réalisai une fois encore que c’était fou, autant d’émotions, de rencontres, de gens rassemblés grâce à un petit animal.
On s’accroche à ce qu’on peut.
La suite, c’est la jeune femme qui me la donna. Alors que les choses semblaient s’améliorer, il tomba en hypothermie sévère deux jours après son entrée à la clinique. Trop de fatigue, plus de force, il se laissait mourir. Le vétérinaire recourut à la solution la plus simple. Sael fut endormi. À ce qu’il paraît, ce fut paisible. C’était hier.
En même temps, qu’est-ce que tu crois. C’était prévisible. Tu t’y attendais. Puis ça reste un chat. Mais tout de même, le serrement au coeur. C’est qu’on s’y attache, aux petits chats, même quand on les connaît depuis moins d’un mois.
La suite de la journée fut étrange, un mélange de quotidien et d’instants touchants. J’échangeai quelques sms avec la jeune femme, prévins mes proches ainsi que le couple. Je me fis une tasse de Russian Earl Gray au lait, comme le préparait mon père. Des électriciens vinrent chez moi pour s’occuper de mon installation. Puis je passai un moment au téléphone avec le couple, qui souhaitait me contacter. Ce fut un quart d’heure en compagnie d’un professeur de géopolitique et de sa femme, entre émotions, anecdotes et remerciements. Puis j’allai emprunter des livres à la bibliothèque et préparer mes plats pour le réveillon. Parce que oui, le 31, c’était le lendemain.
C’est-à-dire aujourd’hui.
Donc ça y est, on arrive au bout de 2020. Année des plus étranges, sûrement pas la dernière - et en même temps, qui n’a pas eu cette réflexion pour chaque année - quoique cette année-là était bien gratinée à tous les niveaux.
Je vois un sentiment général de s’en débarrasser, moi-même j’ai hâte. ENFIN. À l’heure où j’écris, un ami à Singapour s’apprête à fêter la bonne année. On se précipite en 2021, mais qui dit qu’elle sera meilleure ? L’état du monde m’inquiète et je me demande comment nous allons nous démerder quand nous serons arrivés au bout de tout - pèle-mêle les ressources, la biodiversité, l’endurance de ceux qui en chient, la consternation devant les décisions des guignols à la tête du monde, la violence, la brutalité. Tout de suite, on est tenté de ranger son bilan perso et ses bonnes résolutions dans un coin. Essayons quand même.
Cette année aura incarné jusqu’au bout l’expression “mi-figue, mi-raisin”, de la pandémie jusqu’au petit chat des escaliers qui m’aura fait voir du monde. Des condensés de choses très chouettes, figue savoureuse, raisin sucré, et d’autres déchirantes, au goût d’amer et d’acide, rien à faire, ça ne passe pas. Et des périodes où les journées se sont beaucoup trop ressemblées. Des grappes insipides, à en devenir fou.
Ce soir, autorisons-nous une parenthèse et rendons-la pétillante. Profitons de ceux qu’on retrouve (dans le respect des gestes barrières sivouplé), pensons à ceux qui ne sont plus là. Félicitons-nous d’être arrivés jusque-là et préparons les lendemains à venir. Faisons en sorte qu’ils chantent de toute leur force.
My legs ache My heart is sore The well is full of pennies
(Tom Waits - The Fall of Troy)
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