La sombre, sombre histoire des escaliers, partie 1
Dans mon prĂ©cĂ©dent post, jâavais Ă©voquĂ© lâidĂ©e de narrer les mĂ©saventures qui ont conduit Ă mon changement de psychiatre. Je mâĂ©tais laissĂ©, je cite, « la libertĂ© de choisir » d'en parler.Â
HAH. Quel genre de personne serais-je pour laisser pour laisser mon lectorat sur sa faim (laissez-moi croire que jâai autant de followers que Baptiste Beaulieu ou PĂ©nĂ©lope Bagieu, sâil vous plaĂźt).Â
Puis, pour tout vous dire, jâai un peu honte d'ĂȘtre passĂ©e Ă cĂŽtĂ© de ces mots doux de Tibo InShape, qui mâauraient donnĂ© TELLEMENT de grain Ă moudre dans le papier prĂ©cĂ©dent :
TIBO IN SHAPE CRĂE LA POLĂMIQUE "RIEN Ă FOUTRE DE TA DĂPRESSION"
Merci pour ta contribution, mec. Si tout le monde tâĂ©coutait, lâindustrie pharmaceutique serait en PLS et les psys au chĂŽmage.
Je crois aussi quâune partie de moi a besoin de coucher tout ça sur le papier. Parce que ça a Ă©tĂ© un sacrĂ© calvaire et que, quelques mois plus tard, mĂȘme si jâai envie dâen rire, câest dâun rire encore forcĂ©.
Je consultais cette psychiatre depuis deux ans. Jâavais laissĂ© tomber la prĂ©cĂ©dente aprĂšs une Ă©niĂšme soirĂ©e Ă patienter deux putains dâheure dans la salle dâattente jusquâĂ mâen aller sans lâavoir vue, la rage au ventre mais sans ordonnance. Dans lâurgence, parce quâil fallait bien que je chope mes mĂ©docs, jâen ai trouvĂ© une nouvelle via Doctolib. Elle me paraissait compĂ©tente, elle avait lâair de savoir ce quâelle faisait. MĂȘme si, parfois, ses questions semblaient sortir tout droit du manuel pour psychiatres dĂ©butants : « Est-ce quâen ce moment, vous avez des idĂ©es tristes ? »
Euh⊠Ăa dĂ©pend de ce quâon entend par âidĂ©e tristeâ. Si ça veut dire « penser que mĂȘme Nicolas Sarkozy et MarlĂšne Schiappa publient plus de livres que moi », alors oui, jâai des idĂ©es tristes.
Si vous avez des idées tristes aprÚs avoir lu ce résumé, c'est normal.
MĂȘme si elle avait souvent du retard dans ses rendez-vous. Mais ça, je sais que câest tirer sur une ambulance passablement dĂ©glinguĂ©e. LâĂ©tat de la psychiatrie en France nâest un secret pour personne. Manque de moyens, plus de patients en dĂ©tresse, moins de soignants, une pression grandissante⊠Tout cela, sans doute, joue sur un quotidien certainement bien agitĂ© entre les urgences du jour, la patientĂšle Ă gĂ©rer, etc. Jusquâici, jâĂ©tais plutĂŽt indulgente.
Et puis⊠Et puis il y a eu un Ă©pisode particuliĂšrement difficile. LâanxiĂ©tĂ© me submergeait, toute tentative de discernement relevait dâun marathon avant dâĂȘtre balayĂ©e par une vague dâincertitudes, je me retrouvais plus bas que terre, Ă essayer de faire bonne figure auprĂšs de mes proches avec un sentiment dâimposture qui me rongeait le ventre. Pas la joie, pour rĂ©sumer. Câest donc dans un Ă©tat peu glorieux que jâai vu ma psychiatre pour notre rendez-vous mensuel. Un gĂ©nocide de mouchoirs plus tard, elle me propose de remplacer un anxiolytique dans mon traitement, et de voir si celui-ci sera plus efficace. Et, notez bien, câest important pour la suite, elle me prĂ©cise : « Tenez-moi au courant des effets dĂšs le lendemain. Si ça ne va toujours pas au bout de quelques jours, prĂ©venez-moi et on trouvera une solution au plus vite. »
Je ressors avec lâordonnance et lâenvie de croire que les choses vont sâarranger grĂące Ă cette bidouille chimique. Je vous Ă©pargne le suspense, câest tout le contraire qui sâest produit. Les crises dâangoisse ont persistĂ© tout comme le moral au fond des chaussettes. En plus de ça, je me traĂźnais une chape de fatigue. JâĂ©tais devenue incapable de rĂ©flĂ©chir. Chaque tĂąche somme toute banale devenait une Ă©preuve impossible. DĂšs que je tentais une sortie pour faire ne serait-ce que des courses, jâĂ©tais prise dâune douleur face Ă lâeffort. Presque tout de suite, je voulais fondre en larmes et retourner me terrer chez moi. Toutes mes Ă©motions Ă©taient sapĂ©es, fondues en un brouillard dâabattement. Heureusement que je ne travaillais pas, Ă ce moment-lĂ . Peu ou prou, j'Ă©tais devenue ça :
Bien sĂ»r, je lâai tenue au courant le lendemain. Pas de rĂ©ponse. Bon, ok, elle doit ĂȘtre occupĂ©e⊠Jâai attendu que le traitement fasse son effet. Un, deux, trois, quatre, cinq jours sâĂ©coulent. Ăa nâa lâair de rien mais, avec une santĂ© mentale chaotique et un traitement qui semble empirer la chose, cinq jours, câest trĂšs long. Ma seule envie, câĂ©tait que les journĂ©es sâĂ©coulent pour que je puisse enfin dormir. Mâaffranchir quelques heures de mon calvaire qui, de toute façon, allait reprendre dĂšs mon rĂ©veil. Il me fallait me changer les idĂ©es par tous les moyens, des bouquins, Netflix, YouTube⊠Je mâabrutissais pour mieux me prendre mon mal-ĂȘtre en pleine gueule ensuite, malgrĂ© la mĂŽman et lâamoureux en soutien Ă distance, et le Kraken Ă mes cĂŽtĂ©s.
Entre-temps, ma thĂ©rapeute, qui voit mon Ă©tat se dĂ©grader, mâencourage Ă prĂ©venir la psychiatre. Alors jâessaie de lâappeler, je lui envoie des textos, un mail oĂč je dĂ©taille les effets du mĂ©dicament et quâon pourrait rĂ©sumer par « please help »⊠mais pas de rĂ©ponse. Que couic.
Je suis dâautant plus dĂ©sespĂ©rĂ©e que, dans quelques jours, je dois partir dans ma famille pour les fĂȘtes. Parce que oui, tout ça se dĂ©roulait peu de temps avant NoĂ«l et autres cĂ©lĂ©brations.Â
Qui câest qui, en plus dâĂȘtre pas bien, culpabilise Ă lâidĂ©e de pourrir les rĂ©jouissances Ă venir avec sa santĂ© mentale en carton ?
Gné...
Donc, parce que chaque journĂ©e Ă macĂ©rer dans cette bouillasse noire est dâune longueur infinie, parce que je ne veux pas rester comme ça et que, visiblement, la psychiatre est aux abonnĂ©s absents, je me retrouve sur Doctolib pour prendre rendez-vous avec elle. Ben oui, elle nâa pas de secrĂ©tariat, donc comment vous dire. Jâarrive Ă choper un crĂ©neau la veille de mon dĂ©part en famille. AprĂšs plus dâune heure dâattente (parce quâĂ©videmment, il y a eu une couille avec Doctolib et quâon sâest retrouvĂ©s Ă plusieurs sur le mĂȘme horaire et quâil a fallu gĂ©rer le bazarâŠ), je la vois, et lĂ , câest lâoccasion de dire que des idĂ©es tristes, jâen ai Ă la pelle, et que le nouvel anxiolytique est un poil daubĂ© du cul. Je me suis renseignĂ©e sur ses effets indĂ©sirables et, oh bah tiens donc, on est en plein dedans.
Remplacez « agneau » par « anxio », et le tour est joué.
Je glisse au passage que jâai voulu la prĂ©venir, que je nâai pas eu de nouvelles, etc. Curieusement, elle Ă©lude, plaide la surcharge de textos de tous les cĂŽtĂ©s, et me conseille de la spammer les prochaines fois. Mais avait-elle bien reçu mon mail ? Avait-elle pris le temps de le lire ? Ă cela, elle ne me donne pas de rĂ©ponse claire. Je trouve ça bizarre, mais bon. On rĂ©ajuste le traitement, on revient Ă ce que jâavais avant en plus lĂ©ger, parce que sinon, je serais en surdosage. Ce qui me fait tiquer, parce que mes psychiatres prĂ©cĂ©dents nâhĂ©sitaient pas Ă y aller yolo sur les anxios. Okay, ça fait plaisir de savoir que les confrĂšres ne sont pas forcĂ©ment au fait niveau posologie et Ă©tat de la recherche sur ce quâils prescrivent. Mais soit. Elle me file aussi lâadresse des urgences psychiatriques de Saint-Anne si jamais ça ne va vraiment, vraiment pas. Ce qui ne me rassure paradoxalement pas, je dois lâavouer. Je repars avec lâadresse, le traitement changĂ© et lâespoir, cette fois, que les choses vont vraiment revenir Ă la normale.
Alors⊠PassĂ© les deux-trois jours de soulagement post-traitement daubĂ© du cul, jâai dĂ» me rendre Ă lâĂ©vidence : ça nâallait toujours pas. Sauf que, andouille que je suis, jâai prĂ©fĂ©rĂ© ATTENDRE de rentrer de vacances pour en parler Ă ma thĂ©rapeute et reprendre rendez-vous avec la psychiatre. Quand jây repense, jâai envie de me secouer trĂšs fort comme un prunier.Â
« So, il y a une mĂ©tĂ©orite qui te fonce tout droit sur la gueule, tu devrais peut-ĂȘtre changer dâendroit ou demander Ă Bruce Willis de te filer un coup de main pour empĂȘcher la catastrophe. â Euh mais je sais, mais lĂ , je suis avec des potes et jâai pas trop envie dây penser⊠Je vais plutĂŽt faire ça quand je serai rentrĂ©e. »
Des fois, je mâauto-saoule dâune forceâŠ
Arrive donc le rendez-vous avec la psychiatre (en visio, car les transports avaient dĂ©cidĂ© de faire de la merde, bref, câĂ©tait une journĂ©e du caca absolue). Ma tĂȘte de blob larmoyant lui permet de dĂ©duire que le traitement nâest pas trĂšs efficace (euphĂ©misme). Elle me propose une nouvelle solution. Or elle nâest pas anodine, câest plutĂŽt du type « ajouter un mĂ©doc lourd avec plein dâeffets secondaires pour personnes Ă la santĂ© mentale façon puzzle, youhou ». JâapprĂ©hende, mais elle mâassure que ça peut tout Ă fait convenir dans ma situation. Elle doit juste faire quelques recherches pour sâassurer que câest compatible avec le reste de mon traitement, mais promet de mâenvoyer lâordonnance dans la journĂ©e. Et que je nâhĂ©site pas Ă la relancer le cas Ă©chĂ©ant.
Devinez quoi ? Lâordonnance nâest jamais arrivĂ©e. Jâai spammĂ©, jâai appelĂ©, laissĂ© des messages. Que dalle. Nichts. Un jour passe, deux jours, trois joursâŠÂ
Alors je connaissais le ghosting sentimental (souvenez-vous, le gaufrier), amical (soit câest ça, soit le pote est mort ou parti dans un monastĂšre sans tĂ©lĂ©phone cellulaire, je ne vois pas dâautre explication). Mais par une professionnelle de santĂ©, câĂ©tait tout nouveau. HĂ©sitez pas Ă me proposer dâautres plans foireux Ă tester, hein, je crois que jâai un potentiel lĂ -dedans.
En parallĂšle, je m'apprĂȘte Ă commencer un nouveau boulot, toujours avec lâimpression de passer mes journĂ©es dans lâĂ©quivalent psychique du Mordor. MĂȘme ma psy, qui pourtant en a vu dâautres avec moi, trouve que quelque chose cloche. Ă force de ne pas avoir de nouvelles, je sens ma confiance sâĂ©roder. On mâencourage Ă peut-ĂȘtre consulter quelquâun dâautre. Je fatigue, je tiens tant bien que mal. Jâarrive Ă obtenir une liste de praticiens recommandĂ©s. Je me rĂ©sous Ă reprendre rendez-vous avec la psychiatre pour tenter dâĂ©lucider tout ce bordel, et lui dire que jâen ai lĂ©gĂšrement marre de me faire traĂźner en bateau. Sauf que jâapprĂ©hende. Dans mon Ă©tat, je ne me sens pas sereine pour me confronter seule Ă cette personne. Je sens que jâai peur. Et ça, face Ă quelquâun qui est censĂ© vous aider Ă aller mieux, malgrĂ© mon sale Ă©tat, je sens que ce nâest pas normal. Dans la dĂ©tresse, jâappelle ma mĂšre.Â
Faisons une pause dans le rĂ©cit, le temps que je vous prĂ©sente ma mĂŽman. Si je devais la rĂ©sumer en un personnage, câest Brienne of Tarth dans Game of Thrones (sans le crush pour ce couillon de Jamie Lannister).
Eh ui c'est ma MĂMAN Ă MOI.
Loyale, valeureuse, elle est lâune des personnes les plus fortes et courageuses que je connaisse. Mais, pour rester dans le mĂȘme univers, dĂšs quâon ose toucher Ă sa prĂ©cieuse progĂ©niture, ma mĂšre se transforme en Daenerys (la vibe cryptonazie de la saison 8 en moins) :
Lâun de ses adages, câest « Donât mess with my kids ». Mais vraiment. Sâil vous prend la folie de mess with ses kids, vous pouvez ĂȘtre sĂ»r de finir la journĂ©e au fond dâun lac, les pieds dans un bloc de bĂ©ton armĂ©. Et peut-ĂȘtre pas en un seul morceau, en fait.Â
Je vous laisse donc vous mettre Ă la place de ma mĂŽman lorsquâelle reçoit un appel de sa fille aĂźnĂ©e aux prises avec une psychiatre qui la ghoste aprĂšs lui avoir proposĂ© des traitements chelous.Â
Alors que je finis Ă peine de bredouiller « est-ce que tu voudrais mâaccompagner Ă mon rendez-vous sitoplĂ© ? », ma mĂšre me rĂ©pond d'emblĂ©e Ă lâaffirmative : « Mais bien sĂ»r, ma chĂ©rie. Ăa tombe bien, j'avais besoin d'aiguiser mon Ă©pĂ©e de feu. »
And this is where the fun begins. Ah oui, parce que tout ça nâest que le contexte de lâaventure Ă laquelle mon post doit son titre fabuleux.
Ă plusse pour la suite, les p'tits choux !
















