POUR UN AMANT
Qui s'était baigné avec sa maîtresse
Quand je tins en mes bras ce miracle du monde,
Digne source des maux que mon âme ressent,
Il me servit beaucoup d’être au milieu de l’onde
Pour résister aux feux d’un astre si puissant.
Dans un si beau séjour, cette belle inhumaine
Comme un foudre brûla les joncs et les roseaux,
Et tandis qu’elle y fut, les nymphes de la Seine
Ne voulurent jamais paraître sur les eaux.
Ce fut lors que je vis des grâces non pareilles
Me venir assaillir le cœur de mille parts,
Et que mes yeux ravis de toutes ces merveilles
Ne savaient à laquelle accorder leurs regards.
Dieux, quand verrai-je encor cet objet de mon âme,
Capable d’asservir les hommes et les dieux ?
Quand verrai-je céder les ondes à la flamme,
Et les ombres du soir aux clartés de ses yeux ?
Mais que dis-je ? insensé ! fuyons cette aventure !
Cherchons à notre mal un autre allégement,
Car si je ne me trompe au tourment que j’endure,
L’eau n’a fait qu’ajouter à mon embrasement.
MALLEVILLE (1597-1647)










