REMEMORY (2017)
Ce long-métrage rejoindra probablement les étagères des connaisseurs, aux côtés d’œuvres telles que l’inoubliable PREDESTINATION (2014): en effet, REMEMORY possèdes de nombreuses qualités, à commencer par sa narration. Il est toujours intéressant de voir les capacités d’interprètes sortant de leur zone de confort: on parle ici de l’acteur Peter Dinklage, trop rattaché à son rôle de Tyrion Lannister dans la série GAME OF THRONES (2010-2017), prouvant avec ce film qu’il détient le talent nécessaire pour se démarquer de son habituelle attribution. REMEMORY a l’avantage de nous présenter un protagoniste principal au physique hors-normes, s’imposant justement à l’écran pour d’autres raisons -l’exemple rare d’un Warwick Davis (STAR WARS, 1977-2017 ainsi que HARRY POTTER, 2001-2011 ou encore LEPRECHAUN 1993-2003) n’étant pas le plus courant- qui vont mettre en lumière toute l’étendue de son jeu: le scénario plaçant dans un contexte assez réaliste son histoire de S-F avant-gardiste (de par son futur proche), nous allons suivre le parcours atypique de Sam Bloom. Ayant perdu son frère dans un tragique accident de voiture un an auparavant, cet homme mystérieux va se lancer dans une enquête concernant la mort subite de Gordon Dunn, un inventeur célèbre ayant mis au point un dispositif technologique permettant à son utilisateur d’extraire ses propres souvenirs et de le regarder sur un système portatif doté d’un écran: oui, même ceux que l’on pense avoir ounlié. Cette quête, dont l’origine restera dans l’ombre assez longtemps pour nous tenir en haleine, ne cédera pas à la facilité, le long-métrage usant de ses twists habilement: c’est donc muni du dit appareil que Sam Bloom ira enquêter sur les sujets ayant aidé l’inventeur, les réponses résidant dans leurs souvenirs. REMEMORY va donc explorer sa thématique via de fortes scènes, chaque personnage utilisant la machine réagissant différemment, laissant peu à peu éclater la vérité: par chance, cette mécanique narrative n’est pas la seule. Au cours du visionnage de REMEMORY, de nouveaux questionnements émergent, en simultané avec d’autres révélations: sans jamais stagner pour autant, le long-métrage va embellir son sujet, le dramatiser, le disperser pour mieux le réunir. Forçant l’attention, REMEMORY remet en question l’utilité de la dite machine, propice à des effets secondaires altérant la perception: malgré ce danger, naîtront de magnifiques instants d’émotion, soulignés par un traitement visuel subtil, à l’exemple de ce vieillard frappé d’Alzheimer recouvrant temporairement sa mémoire pendant sa session avec l’appareil, avant se sombrer à nouveau dans les limbes de l’oubli. Ou encore cette femme terminant sa séance entourée de bulles se savon, que son cerveau perçoit, mais qui ne sont en fait qu’une image résiduelle du souvenir -sans spoil, vous croyez quoi?- qu’elle vient de revivre: quelle beauté d’écriture! Confession morale, remise en question, assomption salutaire, quête de justice, REMEMORY parle de tout ça à travers son prisme réunissant une quantité d’éléments normalement difficiles à traiter dans un seul film, et ce sans se planter, en partie grâce à l’ingéniosité -et au culot- de Sam Bloom, antihéros attachant. Impossible de faire l’impasse sur le score musical de Gregory Tripi (compositeur entre autres de ONLY GOD FORGIVES - 2013 ou du jeu vidéo TWISTED METAL -2012) dont les compositions electro-chill font mouche, concordant parfaitement avec les séquences-clés du film, malgré leur format classique. REMEMORY est donc un film intelligent, ne se reposant jamais sur ses acquis, au message positif malgré sa dramaturgie nécessaire: cette fable de S-F “avant-gardiste” de par sa sage forme vaut le détour, exhalant un doux parfum de nostalgie dont la transcription exemplaire en fait son atout premier, qui de plus est dotée d’un montage très propre. L’humilité intellectuelle disparaissant de nos écrans au profit d’une avalanche décérébrée d’action colorée, ce rafraîchissant REMEMORY est un petit bastion de qualité, prouvant à lui seul que toute histoire est bonne si elle est bien racontée. Jetez-vous dessus sans attendre.
NAIN-TELLECTUEL /20