J'ai siroté une bière avec...Mathilde Forget.
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Nouvelle semaine, nouveau personnage. Et pour ce deuxième tête à tête, c'est Mathilde Forget qui s'y colle ! J'ai rencontré cette jeune chanteuse à la voix suave quelques heures avant son passage sur scène à La Dame de Canton.
Je m’appelle Mathilde Forget et je fais de la chanson française. Dans ma musique, je mélange du piano, de la guitare, du violoncelle, de la scie musicale et un peu d’électro. J’aime l’alliance de la musique électronique avec des instruments plus classiques.
Comment en es-tu arrivée à faire de la musique ?
J’avais envie de faire de la musique mais je ne trouvais pas vraiment ma voie. C’est en découvrant la musique d’Emilie Simon que les choses ont changé. Ça a été un vrai déclic pour moi ! Elle avait un univers qui me correspondait. Ensuite à la fac, j’ai fait Musicologie-spécialité MAO (musique assistée par ordinateur) pour apprendre la musique électronique, les logiciels etc.
Les études c’est souvent un cocon où on évite de penser à l’après. Lorsque les tiennes se terminent, est-ce que tu décides de te lancer dans la musique sans hésitation ou est-ce que tu y repenses à deux fois ?
Je n’ai pas réfléchi et je ne réfléchis toujours pas, c’est d’ailleurs pour ça que je continue. Je ne veux pas faire autre chose. Oui, des fois j’ai des doutes mais ça dure une soirée et le lendemain je suis en train de faire de la musique. Il y a des jours où je me dis « mais laisse tomber ! » car ça demande tellement d’énergie, il faut vraiment y croire à 100%. Ce qui est compliqué quand tu es seule c’est que tu as à la fois des doutes en tant qu’artiste, par rapport à ta musique, à la composition, et derrière tu dois convaincre, trouver des dates de concert…Tu n’as pas le temps et pas le droit de douter sinon tu ne t’en sors pas.
On retrouve beaucoup d’images dans tes textes, ça donne une impression de rêve, voir même une dimension cinématographique. Est-ce que tu procèdes d’une manière particulière quand tu écris ?
Quand j’écris, je ne cherche pas à raconter une histoire. J’ai envie de raconter un sentiment, une émotion et je m’aide avec des images. J’en ai énormément dans la tête lorsque je compose et je me nourris d’elles pour écrire mes textes. Le côté cinématographique vient de là, sans compter le fait que je suis une passionnée de Cinéma. Je ne m’impose rien pendant l’écriture. Tout commence avec un élément que j’aime bien : un riff (combinaison d'accords ou un refrain joués de manière répétitive, NDR) de piano, de guitare, une phrase qui me plaît… et ensuite je construis toute une chanson autour de cet élément. C’est très aléatoire et c’est ce qui est agréable, tu as l’impression de pouvoir écrire quarante chansons et de ne toujours pas comprendre comment ça marche.
Tu parles beaucoup d’amour de rupture dans tes chansons. Comment fais-tu pour rester dans la mélancolie sans finir par tomber dans le pathos ?
J’essaye de ne pas dire les choses simplement. Je sais que je ne parle que d’amour et de rupture et ça ne me pose aucun problème. Je peux même être kitch parfois mais je m’en fous. J’avais peut-être peur avant mais maintenant j’assume.
Tu utilises des « machines ». Qu’est-ce que c’est exactement ?
Ce que tu vois sur scène est différent de ce que tu peux écouter sur internet. Les « machines » sont utilisées pour la scène. Alexis, un des musiciens, s’occupe du launchpad et du airFX. Ce sont des contrôleurs de sons électroniques.
Mathilde (launchpad à la main) et ses musiciens. © Thomas Bader
Qu’est-ce que le son électronique apporte à ta musique ?
La texture du son m’intéresse pour raconter quelque chose. J’ai l’amour du son et avec la musique électronique c’est hyper agréable de pouvoir le travailler. Ça apporte une autre dimension à la chanson et ça change d’un simple guitare-voix. J’aime rajouter ces petites touches électro car ça apporte un côté charnel qui fait voyager. Ça se rapproche aussi du Cinéma : c’est comme les sons rajoutés à l’image pour compléter un film. Je fais pareil, je rajoute des petits sons d’oiseaux par exemple, ça met une ambiance.
Tu as gagné le Prix Paris Jeunes Talents 2013. Avant toi, des groupes comme Moriarty, Jil Is Lucky ou encore La Femme l’ont remporté. Qu’est-ce que tu t’es dit en recevant ce prix ?
J’ai d’abord pensé à l’aspect financier, car ce qui est difficile quand tu n’as pas de partenaire, comme moi, c’est d’entreprendre des projets parce que ça coûte de l’argent. J’étais contente de tout ce que j’allais pouvoir faire avec cet argent ! J’ai fait un nouvel EP qui va bientôt sortir, un clip, acheter des trucs pour la scène. Et au-delà du fait que des groupes aujourd’hui connus aient gagné ce prix, ça fait du bien de se dire qu’on l’a eu. C’est très dur d’être toute seule et d’y croire. Ça donne de l’énergie en plus de se dire que sur 2000 dossiers, des gens ont cru en moi. Depuis Paris Jeunes Talents et le Chantier des Francos, les gens appellent d’eux-mêmes et me programment pour des concerts.
Justement en parlant du Chantier des Francos, raconte-nous comment s’est déroulé ton séjour et ce que tu en as retiré.
Il y a deux sessions de travail d’une semaine : une en décembre et l’autre en avril. Les journées sont découpées en trois ateliers de 2h30-3h avec des coachs. Il y a un cours d’« accompagnement scène » - où on travaille sur scène avec ses musiciens – un cours de chant, un autre d’expression corporelle, et « un accompagnement personnel ». Je trouvais ce titre assez trouble au début et j’étais un peu sceptique. Finalement, j’ai été séduite. C’est un atelier qui nous fait travailler la cohésion du groupe. Il y a plein de petits ateliers à côté sur la musique sur internet, les maisons de disque. On travaille même sur notre look ! On a eu un cours avec un journaliste pour apprendre à répondre aux interviews. C’est du coaching mais c’est très bien fait. J’en ressors tellement enrichie, même personnellement. J’ai tout simplement découvert le plaisir de la scène. Avant quand je jouais sur scène, c’était très cérébral, je me sentais en danger, j’étais très timide, recroquevillée sur moi-même, et là j’ai compris que j’avais envie d’aller vers les gens, qu’ils comprennent ce que je dis. J’ai appris à désacraliser les choses, à me détendre. Je donne plus de plaisir car j’en prends plus. Il y a un avant et un après Chantier des Francos. Ça m’a donné de l’énergie, de l’envie et des pistes pour tout comprendre plus vite.
Alexis, à la scie musicale, et Raphaël au violoncelle. © Ingrid Conant
Tu as profité de plusieurs concours pour booster ton projet artistique. Est-ce qu’ils t’ont permis de gagner en assurance ?
Il ne faut pas non plus devenir une bête de concours mais c’est vrai qu’il s’agit d’un moyen vraiment pratique et utile. En revanche, il faut s’armer pour ne pas être trop déçu si on arrive pas jusqu’au bout. Pour « TV5 Monde – Les Talents Acoustic » en 2012, on a été parmi les finalistes mais on a pas remporté le prix. On a été dans la première sélection du concours « Sosh aime les Inrocks Lab » en mai dernier et pour le Radio crochet-France Inter qui a eu lieu en décembre, on a fait partie des 50 sélectionnés sur 5000 dossiers mais, malheureusement, on a pas fini parmi les 24 finalistes. L’assurance, je ne l’ai pas acquise avec ces concours mais avec les concerts, tout simplement. J’en fais beaucoup plus depuis le Chantier des Francos. C’est de l’entrainement et aujourd’hui je ne suis plus traumatisée avant de rentrer sur scène parce que j’en fais de plus en plus. Les concours m’ont donné de la confiance en me donnant la possibilité de toucher quelques personnes du milieu professionnel. Je me dis qu’il y a quand même quelque chose à faire.
Te rappelles-tu de la première fois où tu as joué devant un public ?
(Rires). Oui, j’étais au lycée et j’ai joué durant la Fête de la musique à Angers. C’était très déstabilisant. Le public bouge, les gens s’arrêtent parfois et à d’autres moments tu te retrouves sans personne. En plus c’est hyper délicat, ce sont tes premières compositions ! C’est vraiment intime. T’es là, avec ta guitare-voix, et tu vois tout le monde qui se barre (rires). Ils sont tous bourrés et tu te retrouves à jouer avec un métalleux d’un côté et un rappeur de l’autre. J’étais traumatisée, c’était un peu dur.
Quelle est la suite des évènements pour toi ?
Et bien je vais sortir un single dans quelques semaines. Un nouvel EP va suivre. Il est vraiment important pour moi parce que je l’ai fait toute seule, après avoir digéré tout ce qui s’est passé durant cette année avec le Chantier, après avoir rencontré mes musiciens. Entre temps je vais également sortir un clip. Toujours les concerts, bien sûr, et en septembre, le cadeau du Prix Paris Jeunes Talents : Solidays !
On a tous au fin fond de son Ipod, un son « ficha » qu’on assumerait pas forcément en société. Quel est le tien ?
C’est dur comme question ! J’assume tout mais je dirais… "Pour que tu m'aimes encore" de Céline Dion. Je l'adore ! Je pense même la reprendre....
Prochaines dates de concert :
http://jeunes.paris.fr/soiree-paris-jeunes-talents-FGO
25/02 théâtre de l'opprimé