Le metteur en scène poitevin, artiste associé à la scène nationale d’Aubusson, organise une immersion intimiste dans l’Ofpra.
« Pourquoi avez-vous quitté votre pays ? – Vous n’avez pas de deuxième nationalité ? – Avez-vous quelque chose à ajouter ? – Pourquoi demandez-vous l’asile ? – Un verre d’eau ? … »
Un espace minuscule, aussi étroit que les box vitrés d’une dizaine de mètres carrés de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), sépare les spectateurs assis face à face. Entre eux, le décor est sommaire : un bureau et trois chaises ; une pour l’officier de protection qui mène et retranscrit l’entretien, une pour le demandeur d’asile qui lui fait face, une dernière pour l’interprète. Ici se racontent des parcours tragiques en fonction desquels l’administration peut accorder (ou pas) sa protection aux étrangers venus trouver refuge en France. L’étape est donc fondamentale.
Est-ce une fiction ? Est-ce la réalité ? Nous sommes bien au théâtre mais dans un théâtre qualifié de documentaire. Pour l’écriture du texte, Aiat Fayez a sollicité l’Ofpra de Fontenay-sous-Bois pour s’immerger une semaine par mois pendant 10 mois, et assister aux entretiens et aux instructions. Pascal Brice, alors directeur de l’établissement, donne son accord. « Vers la fin de la résidence, je commençais à réaliser que je ne tenais pas debout sur mes principes, mais sur mes chancellements », écrit Aiat Fayez, à la fois effrayé et fasciné par l’attraction qu’exerce sur lui l’Institution, par le pouvoir des officiers de protection, dont la responsabilité est de déterminer la part de vérité ou de mensonge. Sans pathos, de façon aussi clinique que l’est l’administration française, l’auteur et dramaturge, lui-même apatride, fait un collage rapide et rythmé, alternant, sans trou d’air, le récit des réfugiés et les questions des officiers.
Directeur artistique de la compagnie si bien nommée du Veilleur, Matthieu Roy fait un travail de vigie. Il observe, il alerte. Un pays dans le ciel est une partition à trois voix pour trois comédiens fantastiques (Gustave Akakpo, Hélène Chevallier et Aurore Déon) tour à tour homme ou femme, Ukrainiens, Africains ou Kosovars, réfugié, traducteur et officier.
À l’Ofpra, Pascal Brice, qui avait accepté cette résidence d’écriture, n’a pas été reconduit dans ses fonctions et l’Office est sans directeur depuis fin décembre. Une vacance révélatrice des hésitations traversant le gouvernement sur le dossier migratoire, porté vers plus de fermeté, quand c’est d’humanité dont il s’agit.
Un pays dans le ciel, mise en scène de Matthieu Roy,
mercredi 6 mars, L’Imagiscène, centre culturel de Terrasson, Terrasson-Lavilledieu (24122).
www.centre-culturel-terrasson.fr
du jeudi 7 au vendredi 8 mars,
centre culturel Jean-Le-Bail, Limoges (87000).
www.centres-culturels-limoges.fr
du mardi 12 au vendredi 15 mars, 20 h,
Glob Théâtre.
www.globtheatre.net