C'était un jour comme les autres, chaud mais agréable. Le roi était parti avec son fils dans une partie reculé d'Orania, un attentat y avait eu lieu. La chef des Skugga avait été convoquée puisque tous savait parfaitement que les Skugga étaient connus pour leurs atteintes à l'ordre public d'Orania, même si les attentats étaient moins nombreux, voir totalement abolit depuis le traité. Une fois sur place Aldoron attendit patiemment l'arrivée de son partenaire commercial. Dans un éclair blanc, Silmarien était là . C'était une jeune femme de la taille d'Aldoron, des cheveux blancs comme tout son peuple, sa peau était d'un bleu clair particulièrement hypnotisant trahissant sa grande puissance. Il était hors de question d'engager un combat avec elle, la jeune femme avait beau avoir moins de la moitié de l'âge du roi, elle était mille fois plus puissante que lui. La diplomatie était donc de mise. La jeune femme se redressa pour faire face au roi.
- Ce n'est pas nous, commença t-elle d'une voix forte, légèrement rauque ce qui lui donnait un air froid, mais envoûtante.
Alors, quelqu'un vous imite parfaitement bien, attaqua le jeune prince en avançant d'un pas, il était plus petit que la Skugga, mais n'était pas capable de faire preuve du même sang froid.
- Ce n'est pas nous, répéta calmement Silmarien.
Il y avait plusieurs raisons qui poussaient les Daenshis à croire que leurs alliés étaient à l'origine de cet attentat. D'abord la signature sur le seul mur restant : un kotka (un animal, légendaire, cela fait des années que ces animaux n'ont pas été aperçus à Galaksya, cela pourrait se rapprocher d'un aigle dans ses couleurs. Mais il possède deux paires d'ailes, le bout de ses plumes peut se transformer en flammes s’il se sent en danger) était apparu sur ce mur. Cette marque était caractéristique des Skugga puisque ce n'était pas un dessin ou une peinture, mais la brûlure provoquée par l'explosion même de la bombe. Cette arme a été créée par les hommes à la peau bleu, grâce à leurs magies. Il était normalement impossible de la reproduire à moins d'être soi-même un Skugga, évidemment. L'autre raison découlait de la première, si ce n'était pas les Skugga, et si par on ne sait quel malheur un Daenshi avait pu reproduire cette bombe, pourquoi l'utiliser contre son propre peuple ? C'était illogique. Pour le prince héritier, il n'y avait tout simplement aucun doute sur l'origine de cet attentat. Un détail attira cependant l’œil avisé de Silmarien. Il y avait du sang sur une des pierres en partie carbonisées. Et qui dit sang veut dire victime, et ça, c'était la preuve de l'innocence des Skugga. Dans tous les attentats qu'ils avaient pu commettre jamais il n'y avait eu une seule victime. Même ne serait qu'une main éraflée par un éclat.
- Quelqu'un à été blessé ? Demande la jeune en s'adressant uniquement au roi.
- Un homme est mort oui, répondit rapidement le prince, coupant même son père qui ouvrait la bouche pour répondre, le jeune hérité n'appréciait visiblement pas d'être ignoré.
- Alors, voilà la preuve que ce n'est pas un de nos attentats, lui répondit Silmarien avec un sourire sans joie.
Gagné, pensa Aldoron en souriant alors même que son fils bouillonnait de rage, cette gamine osait se moquer de lui alors qu'il était le prince. Le futur roi même ! C'était inadmissible. Et son père qui ne disait rien. Un vrai cauchemar, se dit le jeune homme en serrant les dents.
- Nous n'avons jamais fait de victimes. De plus, vous savez parfaitement que lorsque nous commanditons ce genre d'action. Nous n'avons aucun problème à le revendiquer, conclut la jeune qui s'interrogeait tout de même sur l'origine de la bombe.
- Alors, quelqu'un l'a fait pour vous. Ou contre-vous, répondit simplement le roi, persuadé de la bonne foi de la jeune femme en face de lui. Son argument était plus que valable. Cependant, ne pas savoir qui avait commis une pareille chose était bien plus inquiétant que de le savoir.
- Vous allez enquêter ? Demanda Silmarien, les yeux fixés sur le kotka.
- Bien entendu. Je vous tiendrais informé si nous trouvons quelque chose. Merci d'être venue, répondit aimablement le roi avec une légèrement révérence qui lui fut rendue avant que la lumière blanche qui avait fait apparaître la jeune femme ne la fasse maintenant disparaître.
- C'est eux, murmura sombrement Sindar.
- Non. Elle était sincèrement étonnée de voir le kotka sur le mur. Les Skugga ne sont pas de bons menteurs, ils ont la capacité d'être muets, mais pas de mentir.
Sindar ne répondit pas, son père avait perdu la tête. Les Skugga étaient allés trop loin alors ils ne voulaient pas le reconnaître de peur de perdre son précieux traité de paix. Les coupables étaient pourtant facile à demasquer. Ça crevait les yeux ! Pourquoi ne voulait-il pas le voir ? Et cette gamine qui les prenait de haut. Ridicule. Aldoron regarda une dernière fois les alentours, pour être sûre de n'avoir rien oublié, pour être sûre que tous les détails avaient été pris en compte. Le roi prit une grande inspiration et fit demi-tour. Les choses allaient se compliquer maintenant,  si quelqu'un était capable d'imiter la magie des Skugga alors le royaume était en danger. Le roi monta sur le ryder royale pour rentrer au château (un ryder est un moyen de transport volant, une des seules machines qui restent de l'époque d'avant-guerre. Il possède un volant en U, deux manettes se situent au niveau de chaque côté de l'arrière du volant de façon à ce que le conducteur puisse écarter ses doigts sans décoller ses mains du volant et les poser sur les manettes. La manette de gauche est celle qui permet d'avancer, celle de droite en revanche permet de reculer. Il existe également deux boutons sur le haut de chaque côté du U formé par le volant. Celui de gauche permet d'accélérer, celui de droit évidemment freine le ryder. Une plaque transparente en métal, dont le poids et la couleur ont été modifiés magiquement pour ne pas déstabiliser l'engin, se situe devant le conducteur pour le protéger. Quelques soit l'accident cette plaque de se déforme pas. Un ryder vole grâce aux divers propulseurs situés sous et derrière l'engin.) Le prince allait suivre son père quand ce dernier se tourna vers lui.
- Toi. Tu restes là avec les agents. Tu es l'héritier, c'est à toi de veiller au bon déroulement de cette enquête, expliqua rapidement le roi en démarrant le ryder.
- Mais.. Je ne sais même pas ce que je dois faire, protesta le jeune homme, c'était la première fois qu'il se retrouvait seul, sans que son père ne soit là pour lui souffler les réponses.
- Il est temps que tu grandisses Sindar.
À ses mots Aldoron disparut rapidement laissant son fils avec une enquête dont il croyait avoir déjà les réponses. Le jeune homme grimaça et regarda le mur carbonisé. Le kotka était l'emblème des terroristes, tout le monde le savait. Alors pourquoi ne voulaient-ils pas le reconnaître ? À cause de la victime ? Avaient-ils peur des représailles ? Ce qui était sûre c'est que s’il arrivait à prouver que Silmarien avait menti, donc que c'était bien les Skugga qui avaient fait le coup. Alors, il n'aurait plus à se préoccuper de ces idiots. Sindar n'avait jamais aimé les Skugga, les trouvant trop fières de leurs savoirs et de leurs pouvoirs alors que la plupart des leurs mourraient à 18 ans sans avoir pu contrôler leurs pouvoirs. Était-ce pour cela qu'ils avaient l'air beaucoup plus mature que les Daenshis au même âge ? Quoi que mature ne semblait pas le mot approprié aux yeux du prince, incapable de leur donner des qualités malgré tout. En un soupire il se dirigea vers les quelques agents qui rodaient autour du mur, sans doute dans l'espoir qu'il se mette à parler.
- Prince, salua l'homme qui était en charge des autres.
- Qu'est-ce que je dois faire ? Demanda brutalement le prince sans se soucier de répondre à la politesse de son sujet.
- Que.. Je ne sais pas Monsieur.
-L'agent semblait sincèrement étonné que son futur roi lui demande à LUI ce qu'il devait faire. Il se tortilla de gêne sous le regard insistant de Sindar.
- Je.. Monsieur votre père inspectait toujours la scène pendant un moment. De peur que l'on ait oublié quelque chose, finit par dire le chef des enquêteurs.
Le jeune prince ne prit pas le temps de le remercier et parti à la recherche de preuves, qui de préférence inculperait les Skugga et cette horrible femme bleue. Mais hormis quelques pierres brûlées il n'y avait rien d'intéressant, rien qui serait susceptible de lui servir ni même d'indiquer le créateur de la bombe. Sindar porta son regard sur le mur qui tenait toujours. D'ailleurs par quel miracle tenait-il ? Il fit le tour en évitant soigneusement de tomber dans les débris dû à l'explosion. De l'autre côté du mur, on pouvait voir que ce dernier était maintenu par deux morceaux de fer fermement planté dans le sol. Ce détail reçut un haussement de sourcils de la part du prince. Ce genre d'architecture était absente à Orania. On ne maintenait pas les maisons avec des poutres en fer. C'était comme si quelqu'un avait voulu que le mur reste debout envers et contre tout. Mur qui portait donc la marque caractéristique : celle qui accuserait les Skugga. Il était difficile de croire que c'était eux à présent. Mais peut-être en avaient-ils fait exprès, pour brouiller les pistes ? Le jeune homme grimaça à cette pensée, c'était peut-être un peu trop vicieux pour être réel. Un soupire plus tard Sindar était de nouveau face au kotka carbonisé. La marque était parfaitement identique, du moins de ce dont il se souvenait. Alors comment quelqu'un aurait-il eu la puissance de crée cette bombe ? Pourquoi ? Les questions se bousculaient dans sa tête quand le chef des enquêteurs arriva à sa hauteur.
- Je ne sais pas pour vous. Mais je trouve cet attentat vraiment suspect, tout semble trop facile, lui dit l'agent en attrapant une pierre.
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, les yeux toujours rivés sur l'animal légendaire
- Ce qui est étrange... C'est que c'est de la magie Skugga, il y a toutes les marques d'une bombe faite de leurs mains. Alors, pourquoi nier toutes responsabilités ? Pourquoi avoir fait en sorte de maintenir le mur ? Pourquoi avoir fait ça alors que nos relations n'ont jamais été aussi bonnes depuis des années ? J'aimerais croire que cette jeune idiote a tort. Et nous a menti, mais je dois bien reconnaître que je suis incapable de trouver une preuve contre les Skugga, répondit finalement le prince en se détournant du mur.
Le dessin provoqué par la bombe avait quelque chose d'hypnotisant si on le fixait trop longtemps. Le jeune homme soupira encore une fois quand quelque chose attira son regard. Il prit rapidement la pierre des mains de l'agent qui sursauta devant l'assaut.
- Il y a une marque ! Regardez ! S'exclama Sindar en montrant la pierre.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda l'enquêteur avec une mine contrariée.
- Je ne sais pas encore. Mais.. S'il vous plaît ! Regardez sur toutes les pierres que vous avez ramassées près du mur. S’il y a une marque, apportez-la-moi ! Ajouta d'une voix puissante le jeune homme. Dommage que le roi soit déjà parti. Comment n'avait-il pu le voir avant ?
Quelques minutes plus tard, un petit tas de pierres étaient à ses pieds, il y avait toutes sortes de symboles sur chacune d'elle. Mais rien qu'un simple Daenshi ne pouvait comprendre. Il fallait faire appel à un expert.
- Je les emporte au château, annonça Sindar en mettant les pierres dans des grands sacs.
- Je.. Monsieur. Ce sont des preuves, je ne peux pas vous permettre de les emmener, protesta faiblement l'agent, ne voulait tout de même contrarier le futur roi, son emploi en dépendait.
- Je les emporte. Au château, répéta lentement le prince en se retournant. Je ne vous demandais pas votre permission.
Le chef soupira discrètement, mais ne fit aucun autre commentaire. Après tout, c'était le prince héritier il pouvait faire tout ce qu'il désirait. Tout le monde sera toujours là pour le défendre. Une fois les sacs placés sur le ryder, Sindar monta agilement sur l'engin avant de le démarrer. En quelques secondes la scène de crime était loin derrière lui. Les ryders étaient rapides, à peine une heure plus tard il était devant les portes du château. Sindar espérait que les informations qu'il avait pu trouver allaient être précieuses.
Il attrapa les deux sacs qu'il plaça sur ses épaules avant d'avancer vers les portes. Un garde stoppa son ascension alors que le ryder était rangé par un des employés du château. Le jeune homme haussa les sourcils.
- Qu'est-ce que vous faites ? Demanda Sindar étonnée de se voir refuser l'entrée de sa propre demeure.
- Vous ne pouvez pas rentrer, Monsieur. Le château est réservé aux personnels et à la famille royale, expliqua calmement le garde.
- Vous vous fichez de moi lĂ ? S'exclama Sindar en tentant d'avancer, mais une main de fer se posa sur son torse l'obligeant Ă reculer.
- Ne me forcez pas Ă vous faire du mal, Monsieur.
Le garde ne semblait visiblement pas au courant de qui il était, ni même de ce que son geste allait entraîner, toujours droit comme un I, tout d'armure vêtu, l'homme ne bougea pas.
- Savez-vous qui je suis ? Demanda Sindar abasourdi.
- Non Monsieur. Mais j'ai pour ordre de ne faire entrer personne d'autre que la ..
- Je suis le prince sombre crétin ! Tu comprends ça ? Le prince d'Orania, coupa le jeune homme en haussant à présent le ton.
Le garde semblait dubitatif, ne sachant que croire. Était-ce vraiment le prince ? Si c'était le cas alors, il venait sans doute de perdre sa place. Mais si ce n'était pas le prince, alors la vie de son roi était sans doute en danger. Les portes du château étaient rarement fermées au public qui souhaiterai rendre visite, ou discuter d'un quelconque problème avec le roi.
- Je n'ai aucune preuve de ce que vous avancez, Monsieur. Je ne peux pas vous laisser rentrer sans assurance, répéta le garde.
Dans un grognement d'énervement, Sindar se retourna en massant ses tempes, il n'allait tout de même pas faire du mal à ce garde pour rentrer chez lui ? C'était idiot. Un détail agita un drapeau blanc dans son esprit.
- Vous êtes nouveau non ? Demanda Sindar en se retournant précipitamment vers le garde.
- Oui Monsieur. Je suis arrivée ce matin, un des gardes est mort dans une explosion. Je n'ai pas tout compris dans le détail, mais je suis là .
- Voilà donc l'explication, un nouveau garde était au château à cause de cet attentat. Il n'avait sans doute pas dû être totalement briefé sur la famille royale.
- Alors appelez le roi, lui reconnaîtra son fils, conclut Sindar en croisant les bras.
- Le roi ne souhaite pas être dérangé, Monsieur.
Alors que le prince allait répondre, de plus en plus impatient. Une jeune femme brune posa une main sur son épaule.
- Un problème ? Demanda-t-elle d'une voix posée.
Rià an. Tu tombes bien pour une fois, dis-lui que je suis le prince qu'il me laisse enfin rentrer ! Demanda Sindar d'une voix brûlante de colère.
- Tu as oublié le mot magique mon frère, lui répondit la jeune femme en tapotant son épaule avec un sourire narquois.
- Mieux. Beaucoup mieux, le félicita la princesse avant de se retourner vers le garde. Je sais que vous n'avez pas vraiment eu le temps d'étudier l'arbre généalogique de vos employeurs. Mais la prochaine fois, évité de faire attendre votre futur roi, lui dit Rià an d'une voix beaucoup plus froide.
Le garde hocha la tête, comprenant son erreur. Il s'écartant laissant passé les deux enfants du roi. Il avait eu de la chance cette fois, il n'allait pas perdre son travail.
- La prochaine fois arrive plus tôt. Tu serviras à quelque chose, annonça Sindar en prenant la direction de la salle du trône.
Rià an ne répondit pas, se contentant d'un petit signe aimable de la main avant de retourner à son laboratoire de magie. L'héritier du trône entra sans frapper dans la salle, ou il était sensé trouver son père.
- Tu pourrais frapper, être prince ne t'enlève pas ta politesse que je sache, lui conseilla le roi, d'une voix aimable, mais autoritaire.
- Excusez-moi. Mais j'ai des informations qui pourraient vous intéresser.
- Je t'en prie, te laisser là -bas aura donc porté ses fruits. Je t'écoute.
- Il y a quelques détails qui m'intriguent, en faisait le tour, j'ai remarqué que le mur avait été solidifié afin qu'il ne soit pas détruit par la bombe. J'ai l'impression que quelqu'un veut accuser les Skugga en laissant une preuve de leurs passages.
- Bien, autres choses avant que j'informe Silmarien de tes découvertes ?
- Oui. Sur les pierres, il y avait des symboles. Des symboles que je n'ai jamais vus à Orania, qui ne viennent pas de notre peuple, expliqua le garçon en sortant une pierre des sacs qu'il avait préalablement posés sur le sol. Il tendit ensuite l'objet de toutes ses interrogations vers son père. Vous connaissez ses symboles ? Demanda par la même occasion le prince.
Le roi ne répondit pas immédiatement, prenant comme à son habitude le temps de récolter toutes les informations. Le symbole était apparu sur cette pierre de la même façon que le kotka sur le mur. Magiquement. Par la magie des Skugga.
- Ce n'est pas un signe de notre peuple, effectivement. Tu devrais aller voir ta sœur, elle s'y connaît beaucoup mieux que nous ou que quiconque dans ce royaume en ce concerne les anciennes magies, annonça le roi en rendant la pierre à son fils.
- Oh non, s'il vous plaît, il n'y a pas un meilleur expert ? Elle ne fait que passer ses journées à souffler sur des vieux bouquins pour dormir dessus la nuit. Elle ne me sera d'aucune utilité, grogna Sindar en rangeant tout de même la pierre pour ne pas prendre le risque de la briser.
- Vous êtes pénibles... C'est ta sœur, une experte de surcroît. Va la voir, c'est un ordre, coupa le roi d'un ton sans appel.
Depuis des années les deux frères et sœurs ne s'entendaient plus, le roi n'avait jamais su pourquoi. N'avait jamais su ce qui avait provoqué cette soudaine querelle. Mais depuis ce jour, quelques choses s'étaient brisées entre eux deux. Rià an restait toujours polie, aimable avec son frère en société, mais il y avait une distance, un mur de glace entre eux. Quant à Sindar, il faisait tout son possible pour discréditer sa sœur aux yeux de tous. Le roi soupira en entendant la porte claquer, évidemment que cela n'allait pas s'arranger maintenant. Son fils ne ferait pas d'efforts sous prétexte qu'il a besoin de sa sœur. Le seul espoir était que Rià an serait assez intriguée par ce mystère pour réellement s'y intéresser. Il était devenu difficile de la faire sortir de son laboratoire depuis des mois, mais personne ne savait véritablement ce sur quoi elle travaillait si passionnément. Sindar traversa tout le château, ses deux sacs de pierres sur l'épaule, bouillonnant de rage contre son père qui l'obligeait à faire affaire avec, ce qu'il disait être, sa sœur. Mais ils n'avaient rien en commun, strictement rien. Sa mère avait dû fauter. Il ne frappa même pas en entrant dans le laboratoire dont il ouvrit la porte du plat du pied dans un fracas qui n'aurait pu échappé à un sourd.
- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda Rià an d'une voix posée, sans pour autant lâcher son livre.
Son frère ne répondit pas, se contenta de lancer ses sacs devant la jeune femme qui haussa un sourcil.
- Je ne suis pas ton esclave. Si tu as des choses Ă ranger, fais-le toi-mĂŞme, dit-elle simplement en reprenant sa lecture.
- Père m'a fait venir ici puisque d'après lui tu serais une « experte », et la seule de notre royaume à pouvoir élucider ce mystère.
- Quel mystère ? Demanda Rià an en se redressant. Sa curiosité avait été piqué à vif.
- Ouvre le sac, je ne suis pas ton esclave.
La jeune femme leva les yeux au ciel, posa son livre et avança vers l'un des sacs d'où elle sortit l'une des pierres marquées.
- Qu'est-ce que c'est ? Se demanda-t-elle plus comme une réflexion personnelle que comme une véritable question.
- J'avais bien dit que tu me serais encore une fois inutile, se lamenta Sindar en avançant avec la ferme idée de reprendre son sac.
- Me suis-je adressée à toi ? Retourne torturer des écureuils. Je n'ai pas besoin de toi pour travailler, tu me bouches la lumière.
En deux foulées le jeune homme était devant elle, une aura menaçante émanait de lui. La jeune femme sentit une main se serrer autour de sa gorge alors que son corps était soulevé de terre par la seule force du bras de son frère, qui la plaquait à présent contre le mur.
- Je ne te supporte que parce que tu es la fille du roi. Ta vie ne tient pas à grand-chose. Si j'étais toi, j'éviterais de contrarier ton roi, murmura sombrement Sindar en serrant sa main.
Rià an commençait à suffoquer quand la main de son aîné la lâcha. Elle tomba lourdement sur le sol en toussant, elle jugea plus prudent de ne pas répondre à la provocation, pour cette fois la jeune femme préféra laisser couler, Sindar était capable de tout. Un jour, elle en était convaincu, il allait la tuer.
- Je te les laisse. J'espère pour toi que tu trouveras quelque chose, conclut-il en sortant du laboratoire laissant sa sœur toujours à genoux sur le sol.
Rià an essayait de reprendre son souffle après cette subite agression, il devenait de plus en plus violent. La princesse se redressa afin de s'asseoir sur le sol près des sacs qui avaient déclenché la colère de son grand frère. Elle reprit la pierre qui était tombée dans la bataille. Quelque chose y était marquée. Quelque chose qu'elle avait déjà vu dans un livre, qui datait d'avant la Grande Guerre, celle-là même qui avait divisé les quatre peuples. Du moins, c'est ce que disait la légende. La jeune femme fit rapidement le tour des livres qui dataient précisément de cette époque, ils étaient peu nombreux alors elle n'eut pas à chercher bien longtemps.
- Trouvé, murmura Rià an en sortant un manuscrit, une tête y était gravée. Une tête de loup, soit un Volk sous sa forme transformée.
Elle ouvrit le manuscrit dans l'espoir d'y trouver une réponse convenable, il y avait un alphabet Volk au tout début du manuscrit pour que les autres peuples puissent le déchiffrer. Le symbole était en réalité une lettre Volk, le E, précisément. Rià an trouva rapidement le reste des lettres, ce qui lui manquait c'était le message que ces pierres été sensé vouloir transmettre et pourquoi quelqu'un avait-il utilisé un message que peu de gens pouvait comprendre pour faire un attentat au nom des Skugga ?
Ce détail là , la tracassait plus particulièrement.
- Serai ce possible que... murmura la jeune femme en retournant vers sa bibliothèque, d'où elle sortit un énième livre.
Il lui fallut quelque temps, mais elle trouva enfin la page qu’il lui fallait.
- En ce qui concerne la relation entre les différentes races. Les Skugga étaient dans l'ancien temps, pour les Volks, des … Quoi ? Des quoi ? S'énerva la jeune femme en voyant que la page avait été arrachée. Ce n’est pas vrai ! Tu te moques de moi ?!
La livre fut refermée aussi violemment que la page avait été arrachée. Elle était si près du but !  De rage la jeune femme partit voir son frère sans oublier de prendre les sacs avec elle. Qui à part ce crétin pouvait avoir déchiré un livre si précieux ? Elle frappa contre la lourde porte en chêne du bureau de son aîné.
- Ouvre cette fichue porte espèce de débile ! Hurla-t-elle contre le bois.
La porte s'ouvrit aussi sec, laissant apparaître un Sindar hors de lui devant l'affront que sa sœur venait de lui faire. À croire qu'elle n'avait pas compris ce qu'il lui avait dit précédemment.
- Je savais bien que tu étais dérangée, dit-il en avançant vers elle, mais une force inconnue lui bloqua la route.
- Tu vas m'écouter maintenant. Ça t'amuse de déchirer des livres ? C'est vrai que tu n’as jamais su lire toi, commença-t-elle. Je te rends tes pierres.
Joignant le geste à la parole elle jeta les sacs l'un après l'autre sur son frère.
- Si tu n'avais pas déchiré mes livres. Je saurais pourquoi elles sont marquées de cette façon. Ce sont des lettres Volks au passage. Tout le monde aurait pu te le dire, mais tu es sans doute trop pris par ton reflet dans le miroir pour le voir ! S'écria Rià an en refermant violemment la porte sur son frère.
La colère se dissipait lentement. Elle avait été inconsciente de l'attaquer de cette façon, heureusement que sa magie l'avait protégé cette fois. La jeune femme soupira et prit le chemin de la salle du trône afin de voir son père. Lui aussi avait le droit de savoir ce qu'elle avait trouvé. La princesse frappa doucement pour signifier sa présence au roi, puis entra quand on le lui donna l'autorisation.
- Bonjour père, commença lentement la princesse, elle n'était pas à l'aise avec son père.
- Rià an ! Je suis heureux de te voir enfin sortir à la lumière du jour, lui répondit chaleureusement le roi.
Même après toutes ses années, Aldoron ne pouvait que s'émerveiller devant la ressemblance frappante entre la défunt Reine et sa propre fille, entre Elenna et Rià an, cela avait été douloureux pendant de longues années. La jeune femme en question sourit tristement, elle connaissait parfaitement les pensées de son père. Depuis la mort de sa mère il avait toujours été à la fois heureux et triste de la voir, peut-être que c'est une des raisons qui l'avait poussé à rester si souvent loin de sa famille la plupart du temps.
- J'ai trouvé quelque chose à propos des pierres, commença lentement la jeune magicienne.
- Tu as trouvé leurs significations ?
- Ce sont des lettres de l'alphabet Volk, expliqua Rià an en croisant les bras. Mais je.. J'avais presque trouvé quelque chose de plus important... Sauf que je ne possède pas la fin du livre. Elle a été déchirée, tout ce que je peux affirmer c'est que cela concernait les Skugga.
- Je pensais que tu prenais soin de tes livres ma fille.. Je ne peux qu'être déçue de ta négligence, soupira le roi.
Rià an n'avait pas l'intention de rejeter la responsabilité sur son frère, qu'elle pensait cependant coupable. Mais après tout, elle n'avait aucune preuve qui l'incriminerait. Et c'est ce que son père aimait, les preuves, alors la princesse encaissa simplement la remarque en baissant la tête.
- Les Volks ne sont qu'une vieille légende, mais une légende connue par certains visiblement. Qui serait assez puissant pour créer une bombe Skugga et qui connaîtrait également les lettres d'un alphabet oublié depuis longtemps ? Si tenté qu'il ne sorte pas de la tête d'un vieux sénile, réfléchit à haute voix le roi.
- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. Ton frère est assez sur leur dos. Ce sont nos partenaires, et je suis certain de leurs innocences.
- Même si tout les accuse ? Demanda Rià an sans vraiment tenir compte de la phrase précédente.
- Tout juste parce que tout les accuse, conclut le roi avec un sourire.
Rià an ne répondit pas, elle prit quelques secondes pour réfléchir à ce que venait de dire le roi. Son père ne s'était jamais trompé, fallait-il suivre son idée envers et contre tout ? Alors que les preuves étaient là . Qui voudrait faire accuser les Skugga ? À qui profite le crime ? La jeune femme soupira, fit une légère révérence et repartit dans son laboratoire. De son côté, Sindar avait disposé toutes les pierres devant lui, il avait les notes de l'experte, sa sœur, devant les yeux. Il y avait forcément un message dans toutes ses lettres, mais dans quel sens devait-on les lire ? Un véritable casse-tête. Le jeune homme se releva, prit un carnet avant de partir en direction de l'entrée du château, il y avait quelque chose qu'il allait devoir vérifier. Une fois dehors, il remonta rapidement sur son ryder pour se rendre sur le premier lieu indiqué sur son carnet. Un lieu concerné par les précédents attentats. Rien n'avait changé de place, visiblement les Daenshis préféraient construire plutôt que de reconstruire, sans doute de peur que le lieu ne soit de nouveau la cible des Skugga ?  Le jeune homme fit le tour du lieu, il y avait toujours le kotka sur l'un des murs, mais il n'était soutenu d'aucune façon. La marque avait été déposée par une explosion provenant d'assez loin pour ne pas détruire le mur. Il y avait déjà une différence de mode opératoire entre cet attentat et celui de ce matin. De plus, malgré ses recherches il n'y avait aucune pierre marquée. Sur le deuxième lieu, il ne trouva guère plus d'indices, les différences étaient les mêmes sur chacun des lieux qu'il visita par la suite. L'acte avait toujours été revendiqué par les Skugga. Il n'y avait rien qui pouvait l'aider. C'était impossible, dans chacun des lieux qu'il avait visités il n'y avait rien qui correspondait à l'attentat de ce matin.
- Un coup monté. Tout simplement, murmura le jeune homme en rayant la dernière adresse sur son carnet.