du vrai relatif au vrai raisonnable,
du vrai sentimental au vrai scientifique
face à ce paysage aux grandes résonances, je devais réaliser avec peine que les montagnes traversées et admirées la veille n'étaient autres que les montagnes Métallifères ; je reconnaissais leur envoûtante silhouette ; quelques années auparavant, de la terrasse du palais papal de Pienza, un soir d'orage, elles m'avaient déjà tant fascinées, autant par leur forme, leurs couleurs que par leur nom, m'évoquant un monde mystérieux et profond, où l’or et l’argent, le cuivre et l’étain, devaient affleurer le long des sentiers de mille reflets, un monde ancien où les dieux devaient résonner ici plus qu’ailleurs ; depuis je n'avais eu de cesse de vouloir les visiter en leur cœur
j'avais donc, sans le savoir, parcouru leur pente et leur secret ; ignorant, j'avais réaliser ce rêve mais cette ignorance m'avait ôter tout le plaisir de sa réalisation ; je me sentais comme dépossédé d'un sentiment qui aurait dû m'appartenir me porter et m'emporter loin mais en même temps j'en retrouvais un autre né de ma mémoire qui me renvoyait les images du voyage de la veille
j'étudiais ma carte plus en détail. c'est alors qu'à nouveau tout s'écroulait dans mon esprit : les montagnes Metallifères n'étaient autres que le mont Amiata !
aucun rêve n'avait donc été réalisé ; je ressentais un premier soulagement mais à nouveau je devais trier en moi les sentiments de mon passé ; je devais retirer ceux qui n'avaient plus de sens, ceux de Pienza et ressentir de nouveaux au nom de cette vérité ; l'abandon de mes anciens sentiments qui m'avaient apporté tant de joie me rendait malheureux ; aussi je me demandais si cette relecture était bien utile à ma mémoire et à mon bonheur ; finalement je n'avais jamais vu les montagnes Metallifères et je ne les avais encore moins visitées ; cette dure réalité me privait soudain de tous les plaisirs liées à leur souvenir
devais-je vraiment y renoncer ?
plus que jamais je me posais la question du vrai et du faux ; le vrai ne devait-il pas résider seulement et simplement dans ce que l'on croit ?
© Pierre Cressant
(lundi 21 août 2006, Castelmuzio)













