”Colon (on a compris pourquoi je tiens à cette orthographe) et après lui Las Casas, comme bien de leurs contemporains, croient donc que les noms, ou tout au moins les noms des personnes exceptionnelles, doivent être à l'image de leur être ; et Colon avait retenu en lui-même deux traits dignes de figurer jusque dans son nom : l'évangélisateur et le colonisateur;[...]
[...]Il n'avait pas tort, après tout. La même attention au nom, qui touche au fétichisme, se manifeste dans les soins dont il entoure sa signature ; car il ne signe pas, comme tout un chacun, de son nom, mais d'un sigle particulièrement élaboré – si élaboré, au demeurant, qu'on n'est toujours pas parvenu à en percer le secret ; et qu'il ne se contente pas de s'en servir, mais l'impose aussi à ses héritiers ; on lit en effet dans l'institution de majorat : « Mon fils Don Diego et n'importe quelle autre personne qui hériterait ce majorat, à partir du moment où il l'aura hérité et en aura pris possession, signeront de ma propre signature, telle que je l'use maintenant, à savoir un X avec un S au-dessus ; un M avec un A romain au-dessus, et au-dessus de ce dernier un S ; et ensuite un Y, avec un S au-dessus, avec des traits et virgules, tels que je les fais maintenant et qu'on les pourra voir dans mes signatures, dont on trouvera un grand nombre, et tels qu'on pourra les voir par la présente » (22.2.1498).