Marhaban - A day to arrive
Le bruit et la poussière, le béton, la fumée et le chaud. Tout est si grand et sale, abîmé. Tout crie et rampe, râle, fourmille. Des chats, et des chiens sur le béton souillé. Tout est si vivant, en mouvement. Merveilleuse cacophonie. Ca vie, ça parle, ça le fait savoir à forte voix, au coin dans le café de cette arrière cour en chantier, de ce carrefour improbable perdu au milieu des autres carrefours improbables de la ville. Des petits fanions bleus, un drapeau rouge blanc et noir flanqué d’un aigle, des lampadaires déjà allumés dans la rougeur du début de soirée. Assis seuls, par deux, en petits groupes, on regarde les voitures passer, on renifle avec habitude leur fumet gris et lourd de plomb brûlé, on sirote un thé à la menthe avec parfois, au centre de quelques hommes couronnés d’un petit bonnet de crochet, une chicha consumant de cônes semblables à de l’argile. De vieilles tables et des chaises de plastiques rouges réparties un peu partout dans l’espace.
Je suis arrivée ici il y a deux heures à peine, jetée dans la cohue, en transit comme un camion. Je ne suis plus là-bas et pas encore d’ici. Tout me trahis et je baisse les yeux, je cherche à me fondre dans la masse, dans les corps, dans les étoffes. Je suis repérable entre tous, heureuse élue désignée à attirer leurs regards et j’ai honte de ne pas faire partie des leurs, sans raison. Je mesure toute la démesure, la non-mesure, de ce que je suis et de ce que je vais faire. Je ne suis rien de plus qu’une nouvelle parmi les 25 millions. un corps en plus en mouvement dans cette fourmilière. Je voudrais crier de joie et d’impatience, et pleurer de rage et de tristesse, mon corps n’es pas, je ne suis pas, nous nous sommes perdus ensemble dans un entre-deux de cette chaleur qui nous colle à la peau. Nous flottons, je flotte, dans une sorte de temps ralenti je suis incertaine du comportement à adopter: écouter l’impérieuse envie de manger ou couler dans cette torpeur étrange qui plane autour de moi. Faire comme les gens, ressembler aux autres, les imiter, lorsqu’ils se lèveront pour manger je les suivrai, indécise, et tandis que je pense à ce potentiel repas une brise se lève. Je reçois une feuille verte et épaisse dans ma tasse de thé. Elle est pleine d’une poussière crayeuse, je ne veux plus boire mon thé et maintenant j’attends. Sûrement va-t-il se passer quelque chose qui me fera sortir de ma mollesse.
Et voilà que je ris. Maintenant on me regarde en coin sur toute la terrasse, je rigole bien toute seule et je crois que pour la première fois je vais apprécier ma compagnie. On va être bonne copine elle et moi ces prochains temps. Bienvenue au Caire
(Appel à la prière #1 résonne)
CAIRO, 31.07, 6.30 pm













