Corps
Je n'ai jamais été une brindille Une chose fragile que l'on peut casser, Ni même une herbe folle Une chose agile qui plie avec le vent. J'ai toujours été une pâte, une grosse pâte Malléable, frappable, douce, informe, croulante, Un pâte résilliente qui pouvait Absorber tous les chocs, tous les vices, Tout ce qu'on pouvait lui infliger. Mais aujourd'hui, je fais du sport Je reprends le contrôle de ce que je suis, Non pas pour m'amenuir, non pas pour mincir, Non pas pour rétrécir, non pas pour devenir Petite, minuscule, nanométrique, invisible. Non. Je veux devenir encore plus grande Et prendre encore plus d'espace. Je fais du sport pour reprendre le contrôle De ce corps en pâte à modeler, Le sculpter, prendre la place, Faire place à mon être, Faire place à moi, à un moi formé, A un moi sûr de lui, A un moi qui brise les phallanges Qui veulent le frapper, A un moi qui a pris forme, Qui a pris conscience de lui-même. Alors je fais du sport et je me sculpte. Je deviens dure, je deviens doux et dur. Je ne cesse pas d'être qui je suis, Je deviens une version que je désire, Je deviens une version qui était déjà là, J'adviens moi-même.















