L'Histoire canadienne perd un peu de sa superbe sous le pinceau subversif de Kent Monkman, en ce moment au musée McCord à Montréal. Il se réapproprie brillamment des oeuvres de la peinture européenne comme celles de Tiepolo, de Rubbens, du Caravagge ou de Picasso, en les nourrissant de ses propres signes, de sa propre narration, et ce faisant, il porte témoignage des ravages du destin brisé des peuples autochtones d'Amérique du Nord.
La persécution des Indiens, depuis l'origine du peuplement européen, est relatée avec pathos comme dans 'The scream', montrant l'éducation forcée des enfants en internats afin de leur faire perdre leurs liens avec leur culture et leurs racines, à partir de la fin du XIXe siècle. D'autres oeuvres mêlent ironie, symbolisme et homo-érotisme, comme 'The Daddies' où un homme nu en talons-aiguilles, habituel auto-portrait de l'artiste (qui se surnomme lui-même malicieusement Miss Chief Eagle Testickle) s'exhibe devant un conclave des plus hauts notables de la 'confédération' canadienne.
Sous l'humour et la beauté graphique apparaît en filigrane la réalité d'un massacre culturel de masse longtemps oublié. L'artiste, d'origine cree-irlandaise, insiste pourtant sur la résilience de son peuple, au-delà de la honte et des préjugés.