L’anti-art – compréhension et raison d’être de l’artiste, non plus comme créateur d’œuvres promises à la contemplation, mais comme instigateur de la création –, la création, en tant que telle, s’accomplit par la participation dynamique du « spectateur », désormais considéré comme un « participant ». L’anti-art serait le complément de la nécessité collective d’une activité créatrice latente, qui serait motivée d’une façon déterminée par l’artiste : ceci invalide donc d’emblée toute position tant métaphysique qu’esthétisante ou intellectualisante – il ne s’agit pas d’« élever le spectateur à un niveau de création », à une « méta-réalité », ou de lui imposer une « idée » ou un « patron esthétique » correspondant à ces concepts d’art mais simplement de lui fournir l’occasion d’une participation afin qu’il « trouve » là quelque chose qu’il désirait réaliser – c’est donc une proposition de « réalisation créatrice » que fait l’artiste, réalisation dénuée de principes moraux, esthétiques ou intellectuelles – l’anti-art ne s’encombre pas de ces choses – c’est un simple positionnement de l’homme en lui-même et par rapport à ses potentialités créatrices vitales. Le « ne rien trouver » est une participation tout aussi importante, en ce qu’elle définit la liberté de « choix » de celui auquel est proposée cette participation – l’œuvre de l’artiste ne prend sens, ne se complète, en ce qu’elle possèderait de fixe, que confrontée à l’attitude de chaque participant – qui est celui qui prête à l’œuvre ses significations – quelque chose est prévu par l’artiste, mais les significations qui sont prêtées à l’œuvre sont des possibilités suscitées par l’œuvre sans être prévues, y compris la non-participation dans ses nombreuses possibilités. Le problème n’est donc pas de savoir si l’art est ceci ou cela – il n’existe pas de définition de ce que serait l’art.
Hélio Oiticica, Position et programme, 1966










