'Knife Lover', 2022





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'Knife Lover', 2022
Hii step by step
Étape de la création du header pour Wicked Little Town. Je vais tenter d'expliquer comme je peux mon processus de création. Désolé si c'est un peu bordélique. 😅 Vous pouvez cliquer sur afficher davantage pour voir:
Valentin de Boulogne Study for the Martyrdom of St. Martinian and St. Processus
Oil on canvas, 62.2 x 38.1 cm, 17th century
Pont des arts by Louis Richard photographie
Little Halfling 🌿😌🌱 Process !
Dans les profondeurs
Aujourd’hui tu me proposes ta main, à des kilomètres de distance, une main par téléphone, qui se propose de me tenir à mesure que je descends dans le noir. Je prends mon courage à deux mains, et la tienne avec. J’ai peur. J’ai beau vieillir et repousser un à un les obstacles pour prendre soin de moi, j’ai toujours peur de louper la marche.
Affronter le silence des premiers pas, retrouver la morsure familière des froids après-midi de la maison familiale. La solitude enfantine qui criait d’ennui et de coupables souffrances, c’est elle qui brûle, et qui crisse, cette solitude qu’on a choisi de ne plus ensevelir sous des litres d’alcool, sous la nourriture, les projets chronophages et les fausses passions. Cet ennui d’un autre temps, sous un autre jour, qui s’étirait déjà depuis les premiers temps et tire la couverture à lui jusqu’à aujourd’hui. L’ennui des bras manqués, l’ennui des rires, perdu dans la terreur sournoises des colères imprévisibles, des combats qu’on auraient pas dû mener, du silence éternel, du dépouillement mortifère de tout ce qui aurait pu un jour compter. Mort, sous le poids du drame. L’ennui d’une joie manquée, d’une innocence jamais caressée, qui fait qu’un enfant voudrait mourir, en inventant des jeux et des sensations pour l’oublier. Il fallait bien écrire. Il fallait bien écrire pour qu’une voix habite cette insupportable pièce. Il fallait bien écrire pour combattre l’hostilité qui envahissait tous ses recoins. Quitte à l’adresser à quelqu’un qui n’est qu’à venir.
Le corps se souvient toujours de la pièce où il fait noir. Il se souvient d’avoir été crocheté au centre sans personne pour venir le voir. Il se souvient, le corps, de la griffe de ce soir-là. Il se souvient des couleurs, de la lumière et des murs. Il se souvient des voix, il se souvient qu’il avait envoyé baladé l’esprit. Il se souvient de l’odeur de la cigarette, tandis qu’il pleure au même rythme que les gouttes d’eau sous la douche. Il se souvient de l’eau noire. De la porte qui se referme. Il se souvient le corps, du parquet froid et des liserés bleu. Il fait plus noir que tout, et soudain, je peux sentir la main de mon ami. Je peux sentir l’enfance abolie, l’innocence congédiée. La pièce noire est un neurone agité, qui fait clignoter le souvenir, et le fait revenir, cyclique, comme une planète sur son axe. Il faut retourner à la vie à présent. Il faut continuer à avaler son courage, comme autant de petits bouts de charbon noirs. Il faut continuer de guérir. La douleur passe ; à trois mains, on referme la porte.
Pendant deux jours et demi, j’ai été seul – pas absolument, il est vrai – et je suis déjà, sinon transformé, du moins en voie de l’être. La solitude a sur moi un pouvoir qui ne manque jamais d’agir. Mon être intérieur se desserre (pour l’instant, ce n’est qu’en surface) et est prêt à laisser sortir des choses plus profondes. Un ordre commence à s’établir en petit à l’intérieur de moi-même et rien ne m’est plus nécessaire, car avoir du désordre quand on est doué de petits talents est bien ce qu’il y a de pire.
Kafka, Journal, 26 décembre 2910