Quelques années après ma sortie de l’école, un éditeur me propose d’illustrer un titre de sa collection de romans jeunesse. L’une des particularités de la collection, c’est qu’il y a vraiment beaucoup d’illustrations : une, deux voire trois par double-page. L’autre particularité, c’est qu’elle est essentiellement illustrée par des jeunes, dont j’aime souvent le travail. Quand la directrice artistique me contacte, je suis très content, c’est plutôt flatteur pour mon travail. En découvrant les conditions, je déchante : 700 euros brut pour illustrer un texte d’une centaine de pages, au minimum 100 dessins donc, peut-être 150, ou plus. C’est du noir et blanc, c’est plus rapide que de la couleur, mais j’estime alors que ça me prendra au moins trois semaines tout compris.
Quand j’essaie de discuter, ça tourne court : rien n’est négociable, ni le forfait ni le nombre d’images. Le ton autoritaire et condescendant de la directrice artistique m’excède, et en désespoir de cause je finis par lui demander combien elle est payée, et si elle accepterait d’être payée ce prix-là pour son travail. Sa réponse avant de couper court : “ça va être très dur pour vous dans l’édition”.