Il est 22 heures ce dimanche 15 novembre. Une jeune femme essuie une larme sur sa joue du revers de sa main. On monte dans le train. Nantes - Paris. « Est ce que ce sac à dos vert appartient à quelqu’un ? » interroge le contrôleur SNCF, voiture 17. Climat tendu, gorges tendues, abdomen tendu.
Vendredi, je lisais Society. La tête ailleurs je m’étais trompée de train. Je suis montée dans le TER. Quatre heures de route au lieu de deux, j’en ai lu des pages de reportage. Un m’a marqué, « retour à Sinjar ». Il raconte l’offensive fulgurante de l’EI sur Sinjar dans le nord ouest de l’Irak, écrit par Emilienne Malfatto. Les lignes me bouleversent, puis je retrouve Nantes. Mes amis, mes QG, ma famille, l’éléphant et les anneaux de Buren.
21h30. Déferlante de textos. Déjà trois morts. Choquée. Si seulement ça s’était arrêté là. 18. 40. 60. 129. Les balles fusent dans les quartiers où l’on sort habituellement. « Allo ?!! tout va bien ? » Ouf. A Nantes, on regardait le match au Flemmings. Bière saucisson. Les discussions ne tournent plus qu’autour de ces vies volées, violées à la volée d’une jeunesse qui vivait. Ô grand fou et pervers, pardonne moi d’aimer la vie.
Dans le train 8064, les visages sont fermés. Sous mon siège 76, le train ronronne et trace. Il me raccompagne là où je vis. Là où je bosse, échange et ris. Là où je fume, baise et bois des coups. Demain : vélo, boulot, apéro. Et petite jupe tiens !