L’amitié qu’on noue avec une œuvre n’est pas très différente dans ses raisons de celle qu’on noue avec quelqu’un. Ni une manière analogue de penser, ni une convergence dans les préoccupations n’y président obligatoirement. Elle dépend plutôt du sentiment qui se fait jour, et souvent de façon inattendue, d’une communication libre et, j’oserai dire, d’une transitivité ouverte et offerte : les mouvements de le vie qui animent une telle œuvre éveillent une sympathie immédiate qui va au-delà de l’acquiescement, presque jusqu’à la coïncidence. On ne retire pas tant de sa fréquentation le profit d’une moelle substantifique que le plaisir électrisé, la relation mimétique, chaleureuse et transfiguratrice, qui s’éveillent spontanément dans le jeu.
Julien Gracq, « Une œuvre amicale » in le Cahier de l’Herne consacré à l’œuvre de Francis Ponge, Éditions de l’Herne, 1986











