Là où les mots n’existent pas
A comme Association, tome 5
Déso pour la qualité, j’ai pas trouvé mieux pour cette édition... #Seli
Heureusement que je suis là :p #Naviss
Maison d’édition : Folio junior
Date de publication : 2011
Replonger dans A comme Association, c’est comme replonger à nouveau dans les tréfonds de mes émois littéraires d’adolescente. Et pour une fois, c’est mon tour de raconter ma vie...
J’ai toujours été une lectrice dévoreuse de pages et de romans à la chaîne. Je me souvient d’ailleurs qu’il me tardait d’apprendre à lire pour pouvoir lire Harry Potter, et que je rongeais mon frein en attendant d’enfin entrer au CP. Je venais de voir le premier film et j’avais déjà conscience que prendre mon indépendance de lectrice me permettrait d’aller beaucoup plus loin que les petites histoires que mes parents me lisaient le soir. Cependant, une fois que j’eus appris à lire, je restais relativement sur un terrain balisé. J’avais beaucoup de mal à ouvrir mes horizons littéraires. L’enfant que j’étais devait singulièrement manquer de curiosité... ou avoir une immense peur de commencer quelque chose qui pourrait potentiellement la décevoir.
Arrivée au collège, je me suis fait tout un groupe d’amies aussi férue de lecture que je l’étais, à un détail près. Elles connaissaient bien plus de romans jeunesse que moi. Ainsi que l’envie de les partager... J’ai un souvenir très précis du premier roman qu’on m’a prêté à cette période, et c’était Eragon. Mais après est venu Pierre Bottero, qui est le second créateur d’histoires à avoir chamboulé ma petite vie (la première étant J.K Rowling, et les troisièmes et dernières en date, les soeurs Wachowski...). Je me suis pleinement investie dans son univers, ses histoires, ses personnages. C’est Bottero qui a instillé en moi l’envie de créer à mon tour, d’écrire et de partager des histoires. Il m’a ouvert les portes de l’imaginaire et depuis elles ne sont toujours pas refermées. Je me souviens encore avec nostalgie de cette époque où ils nous arrivait de discuter bouquins durant les récrés et de commenter les romans et mangas qui passaient de mains en mains... J’ai également découvert Erik L’Homme à cette époque, dont j’appréciais aussi beaucoup les romans. Puis est venue à nos oreilles la nouvelle que Bottero et L’Homme travaillaient sur un projet commun. Il me semble que cette année là, ils étaient allés tous les deux aux Imaginales, pas très loin de chez moi. J’ai regretté des années de ne pas y avoir foutu les pieds plus tôt. Puis vint le drame...
Un matin de 2009, je ne sais plus comment, j’apprends la mort de mon idole.
Vide. Trou noir. Néant. Infinie tristesse. Rien que d’y penser, j’ai les larmes qui remontent...
Pourquoi j’en parle ? Parce qu’en lisant aujourd’hui ce roman, tout est remonté.
En effet, Bottero a disparu alors que A comme Association était encore en cours de publication. L’Homme rédigeait les histoires de Jasper, Bottero celles d’Ombe. Arrive le cinquième tome, et L’Homme se retrouve avec une héroïne et une saga toutes deux orphelines. On sent tout du long que cette perte l’a marqué, et pour développer, je vais devoir spoiler...
{ZONE SPOILER} Comme il l’a dit en interview, L’Homme n’a pas voulu reprendre le personnage d’Ombe, et celle-ci meurt au début du roman, creusant un grand vide en Jasper au moment où celui-ci réalise qu’il l’aimait profondément (mais pas romantiquement, ce dont il était persuadé jusque-là). Traumatisé par cette perte, Jasper se met en tête de se venger, et au fur et à mesure qu’il avance dans sa quête, ses réflexions internes trouvent une réponse inattendue : la voix d’Ombe qui résonne dans sa tête. Le doute plane : est-ce juste une projection du souvenir d’Ombe ? Est-ce-que l’esprit d’Ombe, décédée dans des circonstances encore non-élucidées, s’est accroché à celui de Jasper et y demeure dans un coin ? Le doute semble planer. Comme Jasper ne semble pas choqué, soit il est conscient que c’est juste son cerveau qui lui joue des tours, soit c’est ce qu’il imagine et Ombe est bien là... Je trouve que les deux théories se défendent, et dans tous les cas, c’est un bon moyen de se séparer d’Ombe sans l’effacer complètement de l’histoire.
Il demeure que la mise en abîme est très touchante. Pas besoin d’avoir fait khâgne pour comprendre que l’auteur parle de la douleur d’avoir perdu son ami, et de son deuil. J’imagine parfaitement L’Homme en train de rédiger son texte tout seul, et qui imagine ce qu’en aurait dit Bottero au fur et à mesure, sachant qu’il s’agit d’un projet commun qui leur tenait à coeur, à l’image de l’histoire de Jasper et Ombe. Ce tome est entièrement centré sur les conséquences du décès d’Ombe, non seulement sur Jasper, mais aussi pour la suite. De la même façon, on comprend les conséquences de la mort de Bottero sur son ami et leur oeuvre : Ombe disparait et L’Homme est forcé de se réapproprier le projet pour le finir seul. {FIN ZONE SPOILER}
Lire entre les lignes le deuil de l’auteur est déjà fort. Encore plus si on le partage, même si ce n’est qu’à une moindre mesure.
C’est pour cette raison que je ne parvient pas à me sentir légitime quand je critique ce qui m’a manqué dans ce roman. Déjà, la courte durée des tomes ne permet pas de développer l’univers autant qu’il le devrait, ce qui me donne toujours l’impression que ses limites sont floues. Le postulat de départ est simple, sans prise de tête, mais je reste parfois sceptique sur quelques points, même si il s’agit de détails. Disons que j’accepte parce que c’est orienté jeunesse et centré essentiellement sur les personnages. Ensuite, l’aspect transitionnel de ce tome saute aux yeux. Déjà parce qu’implique la prise de direction par un seul auteur, mais aussi par le fait que les enjeux montent d’un cran et ouvrent l’univers sur quelque chose de plus grand. Les événements de ce roman sont un levier pour mener vers la suite, et du coup j’ai l’impression de lire une bande annonce.
Pour ce qui est du reste, je retrouve ce pourquoi je préférais les tomes du point de vue de Jasper : la pratique de la magie. Contrairement au reste, je la trouve concrète et détaillée, empruntant beaucoup à la wicca, mais ayant du coup un fonctionnement clair. Je reste quand même dubitative quand à la facilité de réaliser des sortilèges impressionnants avec trois fois rien : passer dans un autre plan avec une rose et beaucoup de concentration, c’est un peu comme si on disait qu’il est possible d’inventer un téléporteur avec un miroir de poche, un verre à dents et du scotch...
Ce roman m’a fait éprouver de nombreuses émotions (qui demeurent cependant dans ma palette entre “mélancolie” et “envie de pleurer”), rien de mieux quand on s’apprête à passer une petite soirée relax avant d’aller doucement s’endormir... Résultat me voici à rédiger une chronique à deux heures cinquante du matin avec internet qui saute toutes les deux minutes... Bonne nuit !
Source : Daily-b99.tumblr.com