tu as quel Ăąge?
Bonjour Anon, Seli et moi avons 26 ans !

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Kaledo Art
let's talk about Bridgerton tea, my ask is open
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Keni
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Origami Around
Sweet Seals For You, Always
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Aqua Utopiaïœæ”·ăźćșă§èšæ¶ă玥ă

Kiana Khansmith
Jules of Nature

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@navisseli
tu as quel Ăąge?
Bonjour Anon, Seli et moi avons 26 ans !
Seuls
Bonjour ! Je commence aujourdâhui ma chronique sur mon coup de coeur de lâannĂ©e derniĂšre en matiĂšre de bande-dessinĂ©e, la sĂ©rie Seuls. Je procĂ©derai tome par tome, en rebloguant le dernier billet Ă chaque chronique histoire dâavoir une chaine complĂšte.
Tome 1 : La Disparition
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2005
Nombre de pages : 56
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce premier tome a Ă©tĂ© une lecture mitigĂ©e. Les personnages sont intĂ©ressants, j'apprĂ©cie particuliĂšrement Dodji et Yvan qui est bizarrement clairvoyant. Je tiens Ă noter que 2 des 5 personnages principaux de cette BD sont racisĂ©-es (Dodji est noir, LeĂŻla est maghrĂ©bine) et quâil sâagit des deux personnages les plus importants du groupe, pas de side-kicks en arriĂšre-plan.
Un truc mâa mis un peu mal Ă lâaise : lâespĂšce dâobsession de Bruno Gazzotti Ă dessiner Terry nu (trois vignettes en moins de 30 pages ça fait beaucoup quand mĂȘme ><) et Ă dessiner des pĂ©nis !
Bref, câest un premier tome intriguant, avec son lot de scĂšnes fortes, mais un peu plat parce que trop court !
Ma note :Â 11/20.
Tome 2 : Le MaĂźtre des couteaux
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2007
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Jâai trouvĂ© ce tome beaucoup plus fort et marquant que le prĂ©cĂ©dent. Lâambiance est incroyable, yâa vraiment une vibe Tales From The Loop, avec le cĂŽtĂ© « les enfants sont livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes sans pouvoir compter sur des adultes ». Cette BD sonne trĂšs juste : souvent, dans les livres, les enfants ne se comportent pas comme des enfants⊠et lĂ , câest exactement ce que feraient des gamins qui se retrouvent complĂštement seuls, en fait ! Jâai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© la scĂšne des jouets, oĂč Terry se fait trois chambres remplies de jouets quâil a collectĂ©, ou bien Camille avec son poney⊠Et toute la fin est particuliĂšrement touchante.
Par ailleurs, la force de cette BD, ce sont ses personnages. Jâadore Dodji, sa bienveillance, sa relation Ă Terry dont il est un peu le grand frĂšre, le fait quâil lise des manga de magical girls sans que cela remette en question sa maturitĂ©. Terry est chouette aussi en vrai, il est⊠attachiant. Les personnages, en gĂ©nĂ©ral, sont trĂšs humains. Au final, jâai lâimpression que Leila est celle qui a le moins de personnalitĂ©âŠ
Ma note : 18/20.
Tome 3 : Le Clan du requin
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils sur des points majeurs de lâintrigue. Elle traite Ă©galement des sujets suivant : sexisme, viol, homophobie, racisme, neurophobie, nazisme. /!\
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2008
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Le dĂ©but de ce tome mâa un peu secouĂ© en ce quâil est super abrupt. On quitte les personnages Ă Fortville, et on les retrouve au milieu de rien, sans transition ! OĂč est-ce quâon est ? Quâest-ce quâil sâest passĂ© ? Pourquoi on est lĂ ? Probablement pas grand chose, sinon on nous lâaurait prĂ©sentĂ©, mais quand mĂȘme, pour un-e lecteurice qui enchaine les tomes, câest dĂ©stabilisant !
Jâai adorĂ© ce tome plus sombre que les autres, qui traite avec aisance de tout un tas de sujets difficiles quâil aborde frontalement. Lâantagoniste, Saul, est un nazi. Et ce nâest pas une figure de style pour dĂ©crire quelquâun dont je ne partage pas les opinions politiques : câest un vrai nazi. Il a littĂ©ralement une biographique dâHitler Ă son chevet.
Saul est menaçant pour tout le monde : les filles (Camille quâil menace de viol, toutes les autres quâil marie de force et force Ă se charger des tĂąches domestiques), les homosexuels ou ceux quâil dĂ©signe comme tels (Yvan), les personnes racisĂ©es (Dodji), les personnes neuroatypiques (Anton). Il nâest pas traitĂ© comme ridicule, mais bien comme une menace rĂ©elle de retour Ă une sociĂ©tĂ© traditionaliste qui renforce encore davantage le statut des oppresseurs - ce qui donne lâoccasion Ă cette BD de faire une petite critique fĂ©ministe sur la rĂ©partition genrĂ©e des rĂŽles traditionnels.
Ă ce propos, jâen profite pour faire une parenthĂšse sur Yvan, qui se dĂ©marque vraiment dans ce tome : il est ultra stylĂ© dans sa robe amĂ©liorĂ©e !! jâaime beaucoup quâon dĂ©tourne le fait que non, câest pas humiliant de porter une robe quand on est un garçon, et on peut mĂȘme ĂȘtre badass !
Lâunivers est de plus en plus intriguant, et jâai trouvĂ© trĂšs intĂ©ressant de voir dĂ©veloppĂ©e cette ville de gamin-es et le message un peu anarchiste qui est portĂ© : on a initialement une sociĂ©tĂ© autoritaire et conservatrice dirigĂ©e par un nazi, dont le chef meurt et est remplacĂ© par un nouveau chef qui refuse son statut et abolit une hiĂ©rarchie injuste.
Bref, un trĂšs bon tome, qui mâa donnĂ© envie dâen savoir plus !
Ma note : 16/20.
Tome 4 : Les Cairns rouges
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2009
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce tome prenant explore encore un nouveau modĂšle de sociĂ©tĂ©, avec cette fois-ci un petit groupe autogĂ©rĂ© qui laisse Ă chaque enfant la possibilitĂ© dâexplorer ses goĂ»ts, ses passions et sa personnalitĂ©.Â
Câest lâoccasion de dĂ©velopper les relations entre personnages ! Yvan est, encore une fois, un coup de coeur pour moi dans ce tome. En revanche, je dĂ©plore toujours le fait que LeĂŻla soit en retrait par rapport aux autres personnages : elle est moins complexe, moins dĂ©veloppĂ©e, et se contente dâĂȘtre âla maman du groupeâ alors quâelle a tellement plus de potentielâŠÂ
Je tiens encore une fois à saluer la représentation de cette série, qui présente de nombreux personnages féminins et/ou racisés, principaux comme secondaires.
Cette sĂ©rie est de plus en plus prenante au fil des tomes. Celui-ci se finit par un sacrĂ© cliffhanger, donc si vous ne lâavez pas lu, je vous recommande dâĂȘtre en mesure dâenchainer directement sur le tome suivant !
Ma note :Â 14/20.
Tome 5 : Au coeur du Maelström
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2010
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Encore un super tome. Câest vachement anar comme bĂ©dĂ© ! Jâaime beaucoup les rĂ©flexions distillĂ©es sur lâautogestion, notamment dans le domaine Ă©ducatif : tout le monde participe Ă toutes les tĂąches, les enfants sâĂ©duquent entre eux et utilisent le savoir comme outil dâĂ©lĂ©vation. LâĂ©cole, telle quâiels la vivaient âavantâ, Ă©tait un carcan oppressif - pas lâĂ©ducation et le savoir.Â
Cette saga est trĂšs politique, lâassume parfaitement, et jâadore. Elle est distillĂ©e de multitudes de petites allusions Ă des sujets de sociĂ©tĂ©, comme par exemple de vĂ©gĂ©tarisme.
LeĂŻla prend enfin un peu dâimportance, et jâai envie de dire, câĂ©tait pas trop tĂŽt ! Elle sâaffirme de plus en plus en tant que meneuse et preneuse de dĂ©cision, non plus dans lâombre de Dodji mais par elle-mĂȘme, ce que jâai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© car je la sentais vraiment mise de cĂŽtĂ© depuis quelques tomes.
Concernant lâhistoire et lâintrigue, ce tome, encore une fois, est sombre et profond - impression renforcĂ©e par des rĂ©fĂ©rences inquiĂ©tantes comme le monolithe clarkĂ©en/kubrickien de lâOdyssĂ©e de lâespace.Â
Bref, lâunivers est toujours aussi intriguant et jâai hĂąte de lire la suite.
Ma note : 16/20.
Seuls
Bonjour ! Je commence aujourdâhui ma chronique sur mon coup de coeur de lâannĂ©e derniĂšre en matiĂšre de bande-dessinĂ©e, la sĂ©rie Seuls. Je procĂ©derai tome par tome, en rebloguant le dernier billet Ă chaque chronique histoire dâavoir une chaine complĂšte.
Tome 1 : La Disparition
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2005
Nombre de pages : 56
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce premier tome a Ă©tĂ© une lecture mitigĂ©e. Les personnages sont intĂ©ressants, j'apprĂ©cie particuliĂšrement Dodji et Yvan qui est bizarrement clairvoyant. Je tiens Ă noter que 2 des 5 personnages principaux de cette BD sont racisĂ©-es (Dodji est noir, LeĂŻla est maghrĂ©bine) et quâil sâagit des deux personnages les plus importants du groupe, pas de side-kicks en arriĂšre-plan.
Un truc mâa mis un peu mal Ă lâaise : lâespĂšce dâobsession de Bruno Gazzotti Ă dessiner Terry nu (trois vignettes en moins de 30 pages ça fait beaucoup quand mĂȘme ><) et Ă dessiner des pĂ©nis !
Bref, câest un premier tome intriguant, avec son lot de scĂšnes fortes, mais un peu plat parce que trop court !
Ma note :Â 11/20.
Tome 2 : Le MaĂźtre des couteaux
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2007
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Jâai trouvĂ© ce tome beaucoup plus fort et marquant que le prĂ©cĂ©dent. Lâambiance est incroyable, yâa vraiment une vibe Tales From The Loop, avec le cĂŽtĂ© « les enfants sont livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes sans pouvoir compter sur des adultes ». Cette BD sonne trĂšs juste : souvent, dans les livres, les enfants ne se comportent pas comme des enfants⊠et lĂ , câest exactement ce que feraient des gamins qui se retrouvent complĂštement seuls, en fait ! Jâai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© la scĂšne des jouets, oĂč Terry se fait trois chambres remplies de jouets quâil a collectĂ©, ou bien Camille avec son poney⊠Et toute la fin est particuliĂšrement touchante.
Par ailleurs, la force de cette BD, ce sont ses personnages. Jâadore Dodji, sa bienveillance, sa relation Ă Terry dont il est un peu le grand frĂšre, le fait quâil lise des manga de magical girls sans que cela remette en question sa maturitĂ©. Terry est chouette aussi en vrai, il est⊠attachiant. Les personnages, en gĂ©nĂ©ral, sont trĂšs humains. Au final, jâai lâimpression que Leila est celle qui a le moins de personnalitĂ©âŠ
Ma note : 18/20.
Tome 3 : Le Clan du requin
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils sur des points majeurs de lâintrigue. Elle traite Ă©galement des sujets suivant : sexisme, viol, homophobie, racisme, neurophobie, nazisme. /!\
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2008
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
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Ce quâen pense Naviss :
Le dĂ©but de ce tome mâa un peu secouĂ© en ce quâil est super abrupt. On quitte les personnages Ă Fortville, et on les retrouve au milieu de rien, sans transition ! OĂč est-ce quâon est ? Quâest-ce quâil sâest passĂ© ? Pourquoi on est lĂ ? Probablement pas grand chose, sinon on nous lâaurait prĂ©sentĂ©, mais quand mĂȘme, pour un-e lecteurice qui enchaine les tomes, câest dĂ©stabilisant !
Jâai adorĂ© ce tome plus sombre que les autres, qui traite avec aisance de tout un tas de sujets difficiles quâil aborde frontalement. Lâantagoniste, Saul, est un nazi. Et ce nâest pas une figure de style pour dĂ©crire quelquâun dont je ne partage pas les opinions politiques : câest un vrai nazi. Il a littĂ©ralement une biographique dâHitler Ă son chevet.
Saul est menaçant pour tout le monde : les filles (Camille quâil menace de viol, toutes les autres quâil marie de force et force Ă se charger des tĂąches domestiques), les homosexuels ou ceux quâil dĂ©signe comme tels (Yvan), les personnes racisĂ©es (Dodji), les personnes neuroatypiques (Anton). Il nâest pas traitĂ© comme ridicule, mais bien comme une menace rĂ©elle de retour Ă une sociĂ©tĂ© traditionaliste qui renforce encore davantage le statut des oppresseurs - ce qui donne lâoccasion Ă cette BD de faire une petite critique fĂ©ministe sur la rĂ©partition genrĂ©e des rĂŽles traditionnels.
Ă ce propos, jâen profite pour faire une parenthĂšse sur Yvan, qui se dĂ©marque vraiment dans ce tome : il est ultra stylĂ© dans sa robe amĂ©liorĂ©e !! jâaime beaucoup quâon dĂ©tourne le fait que non, câest pas humiliant de porter une robe quand on est un garçon, et on peut mĂȘme ĂȘtre badass !
Lâunivers est de plus en plus intriguant, et jâai trouvĂ© trĂšs intĂ©ressant de voir dĂ©veloppĂ©e cette ville de gamin-es et le message un peu anarchiste qui est portĂ© : on a initialement une sociĂ©tĂ© autoritaire et conservatrice dirigĂ©e par un nazi, dont le chef meurt et est remplacĂ© par un nouveau chef qui refuse son statut et abolit une hiĂ©rarchie injuste.
Bref, un trĂšs bon tome, qui mâa donnĂ© envie dâen savoir plus !
Ma note : 16/20.
Tome 4 : Les Cairns rouges
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2009
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
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Ce quâen pense Naviss :
Ce tome prenant explore encore un nouveau modĂšle de sociĂ©tĂ©, avec cette fois-ci un petit groupe autogĂ©rĂ© qui laisse Ă chaque enfant la possibilitĂ© dâexplorer ses goĂ»ts, ses passions et sa personnalitĂ©.Â
Câest lâoccasion de dĂ©velopper les relations entre personnages ! Yvan est, encore une fois, un coup de coeur pour moi dans ce tome. En revanche, je dĂ©plore toujours le fait que LeĂŻla soit en retrait par rapport aux autres personnages : elle est moins complexe, moins dĂ©veloppĂ©e, et se contente dâĂȘtre âla maman du groupeâ alors quâelle a tellement plus de potentiel...Â
Je tiens encore une fois à saluer la représentation de cette série, qui présente de nombreux personnages féminins et/ou racisés, principaux comme secondaires.
Cette sĂ©rie est de plus en plus prenante au fil des tomes. Celui-ci se finit par un sacrĂ© cliffhanger, donc si vous ne lâavez pas lu, je vous recommande dâĂȘtre en mesure dâenchainer directement sur le tome suivant !
Ma note :Â 14/20.
Seuls
Bonjour ! Je commence aujourdâhui ma chronique sur mon coup de coeur de lâannĂ©e derniĂšre en matiĂšre de bande-dessinĂ©e, la sĂ©rie Seuls. Je procĂ©derai tome par tome, en rebloguant le dernier billet Ă chaque chronique histoire dâavoir une chaine complĂšte.
Tome 1 : La Disparition
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2005
Nombre de pages : 56
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce premier tome a Ă©tĂ© une lecture mitigĂ©e. Les personnages sont intĂ©ressants, j'apprĂ©cie particuliĂšrement Dodji et Yvan qui est bizarrement clairvoyant. Je tiens Ă noter que 2 des 5 personnages principaux de cette BD sont racisĂ©-es (Dodji est noir, LeĂŻla est maghrĂ©bine) et quâil sâagit des deux personnages les plus importants du groupe, pas de side-kicks en arriĂšre-plan.
Un truc mâa mis un peu mal Ă lâaise : lâespĂšce dâobsession de Bruno Gazzotti Ă dessiner Terry nu (trois vignettes en moins de 30 pages ça fait beaucoup quand mĂȘme ><) et Ă dessiner des pĂ©nis !
Bref, câest un premier tome intriguant, avec son lot de scĂšnes fortes, mais un peu plat parce que trop court !
Ma note :Â 11/20.
Tome 2 : Le MaĂźtre des couteaux
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2007
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
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Ce quâen pense Naviss :
Jâai trouvĂ© ce tome beaucoup plus fort et marquant que le prĂ©cĂ©dent. Lâambiance est incroyable, yâa vraiment une vibe Tales From The Loop, avec le cĂŽtĂ© « les enfants sont livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes sans pouvoir compter sur des adultes ». Cette BD sonne trĂšs juste : souvent, dans les livres, les enfants ne se comportent pas comme des enfants⊠et lĂ , câest exactement ce que feraient des gamins qui se retrouvent complĂštement seuls, en fait ! Jâai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© la scĂšne des jouets, oĂč Terry se fait trois chambres remplies de jouets quâil a collectĂ©, ou bien Camille avec son poney⊠Et toute la fin est particuliĂšrement touchante.
Par ailleurs, la force de cette BD, ce sont ses personnages. Jâadore Dodji, sa bienveillance, sa relation Ă Terry dont il est un peu le grand frĂšre, le fait quâil lise des manga de magical girls sans que cela remette en question sa maturitĂ©. Terry est chouette aussi en vrai, il est⊠attachiant. Les personnages, en gĂ©nĂ©ral, sont trĂšs humains. Au final, jâai lâimpression que Leila est celle qui a le moins de personnalitĂ©âŠ
Ma note : 18/20.
Tome 3 : Le Clan du requin
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils sur des points majeurs de lâintrigue. Elle traite Ă©galement des sujets suivant : sexisme, viol, homophobie, racisme, neurophobie, nazisme. /!\
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2008
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
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Ce quâen pense Naviss :
Le dĂ©but de ce tome mâa un peu secouĂ© en ce quâil est super abrupt. On quitte les personnages Ă Fortville, et on les retrouve au milieu de rien, sans transition ! OĂč est-ce quâon est ? Quâest-ce quâil sâest passĂ© ? Pourquoi on est lĂ ? Probablement pas grand chose, sinon on nous lâaurait prĂ©sentĂ©, mais quand mĂȘme, pour un-e lecteurice qui enchaine les tomes, câest dĂ©stabilisant !
Jâai adorĂ© ce tome plus sombre que les autres, qui traite avec aisance de tout un tas de sujets difficiles quâil aborde frontalement. Lâantagoniste, Saul, est un nazi. Et ce nâest pas une figure de style pour dĂ©crire quelquâun dont je ne partage pas les opinions politiques : câest un vrai nazi. Il a littĂ©ralement une biographique dâHitler Ă son chevet.
Saul est menaçant pour tout le monde : les filles (Camille quâil menace de viol, toutes les autres quâil marie de force et force Ă se charger des tĂąches domestiques), les homosexuels ou ceux quâil dĂ©signe comme tels (Yvan), les personnes racisĂ©es (Dodji), les personnes neuroatypiques (Anton). Il nâest pas traitĂ© comme ridicule, mais bien comme une menace rĂ©elle de retour Ă une sociĂ©tĂ© traditionaliste qui renforce encore davantage le statut des oppresseurs - ce qui donne lâoccasion Ă cette BD de faire une petite critique fĂ©ministe sur la rĂ©partition genrĂ©e des rĂŽles traditionnels.
Ă ce propos, jâen profite pour faire une parenthĂšse sur Yvan, qui se dĂ©marque vraiment dans ce tome : il est ultra stylĂ© dans sa robe amĂ©liorĂ©e !! jâaime beaucoup quâon dĂ©tourne le fait que non, câest pas humiliant de porter une robe quand on est un garçon, et on peut mĂȘme ĂȘtre badass !
Lâunivers est de plus en plus intriguant, et jâai trouvĂ© trĂšs intĂ©ressant de voir dĂ©veloppĂ©e cette ville de gamin-es et le message un peu anarchiste qui est portĂ© : on a initialement une sociĂ©tĂ© autoritaire et conservatrice dirigĂ©e par un nazi, dont le chef meurt et est remplacĂ© par un nouveau chef qui refuse son statut et abolit une hiĂ©rarchie injuste.
Bref, un trĂšs bon tome, qui mâa donnĂ© envie dâen savoir plus !
Ma note : 16/20.
Seuls
Bonjour ! Je commence aujourdâhui ma chronique sur mon coup de coeur de lâannĂ©e derniĂšre en matiĂšre de bande-dessinĂ©e, la sĂ©rie Seuls. Je procĂ©derai tome par tome, en rebloguant le dernier billet Ă chaque chronique histoire dâavoir une chaine complĂšte.
Tome 1 : La Disparition
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2005
Nombre de pages : 56
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce premier tome a Ă©tĂ© une lecture mitigĂ©e. Les personnages sont intĂ©ressants, j'apprĂ©cie particuliĂšrement Dodji et Yvan qui est bizarrement clairvoyant. Je tiens Ă noter que 2 des 5 personnages principaux de cette BD sont racisĂ©-es (Dodji est noir, LeĂŻla est maghrĂ©bine) et quâil sâagit des deux personnages les plus importants du groupe, pas de side-kicks en arriĂšre-plan.
Un truc mâa mis un peu mal Ă lâaise : lâespĂšce dâobsession de Bruno Gazzotti Ă dessiner Terry nu (trois vignettes en moins de 30 pages ça fait beaucoup quand mĂȘme ><) et Ă dessiner des pĂ©nis !
Bref, câest un premier tome intriguant, avec son lot de scĂšnes fortes, mais un peu plat parce que trop court !
Ma note :Â 11/20.
Tome 2 : Le MaĂźtre des couteaux
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2007
Nombre de pages : 48
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Jâai trouvĂ© ce tome beaucoup plus fort et marquant que le prĂ©cĂ©dent. Lâambiance est incroyable, yâa vraiment une vibe Tales From The Loop, avec le cĂŽtĂ© « les enfants sont livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes sans pouvoir compter sur des adultes ». Cette BD sonne trĂšs juste : souvent, dans les livres, les enfants ne se comportent pas comme des enfants... et lĂ , câest exactement ce que feraient des gamins qui se retrouvent complĂštement seuls, en fait ! Jâai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© la scĂšne des jouets, oĂč Terry se fait trois chambres remplies de jouets quâil a collectĂ©, ou bien Camille avec son poney... Et toute la fin est particuliĂšrement touchante.
Par ailleurs, la force de cette BD, ce sont ses personnages. Jâadore Dodji, sa bienveillance, sa relation Ă Terry dont il est un peu le grand frĂšre, le fait quâil lise des manga de magical girls sans que cela remette en question sa maturitĂ©. Terry est chouette aussi en vrai, il est... attachiant. Les personnages, en gĂ©nĂ©ral, sont trĂšs humains. Au final, jâai lâimpression que Leila est celle qui a le moins de personnalitĂ©...
Ma note : 18/20.
Seuls
Bonjour ! Je commence aujourdâhui ma chronique sur mon coup de coeur de lâannĂ©e derniĂšre en matiĂšre de bande-dessinĂ©e, la sĂ©rie Seuls. Je procĂ©derai tome par tome, en rebloguant le dernier billet Ă chaque chronique histoire dâavoir une chaine complĂšte.
Tome 1 : La Disparition
Auteurs : Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 2005
Nombre de pages : 56
Genre : BD, post-apocalyptique, survie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Ce premier tome a Ă©tĂ© une lecture mitigĂ©e. Les personnages sont intĂ©ressants, j'apprĂ©cie particuliĂšrement Dodji et Yvan qui est bizarrement clairvoyant. Je tiens Ă noter que 2 des 5 personnages principaux de cette BD sont racisĂ©-es (Dodji est noir, LeĂŻla est maghrĂ©bine) et quâil sâagit des deux personnages les plus importants du groupe, pas de side-kicks en arriĂšre-plan.
Un truc mâa mis un peu mal Ă lâaise : lâespĂšce dâobsession de Bruno Gazzotti Ă dessiner Terry nu (trois vignettes en moins de 30 pages ça fait beaucoup quand mĂȘme ><) et Ă dessiner des pĂ©nis !
Bref, câest un premier tome intriguant, avec son lot de scĂšnes fortes, mais un peu plat parce que trop court !
Ma note :Â 11/20.
Rougemuraille : Cluny le Fléau
/!\ Attention : cette critique contient des spoilers mineurs sur lâintrigue. /!\
Pour une raison qui mâĂ©chappe (lâargent *kof kof*), en France, on aime bien dĂ©couper en plusieurs tome des livres quâon va ensuite nommer âintĂ©gralesâ, afin de pouvoir vendre 30 euros un livre qui nâen vaudrait quâentre 16 et 22, en persuadant lĂŠ lecteurice quâiel fait une bonne affaire (mais si, 10 ⏠le tome au lieu de 30 !!!). Cette review en trois partie est en fait celle dâun seul et mĂȘme livre, Ă savoir le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille (Redwall en anglais) de Brian Jacques.
Ca faisait un bail que je voulais lire Rougemuraille. Depuis le collĂšge, Ă vrai dire. Il faut dire que les couvertures sont magnifiques : au CDI, Les Ombrenards et La Forteresse en pĂ©ril mâavaient tout de suite tapĂ©s dans lâoeil. S., ma compagne de lecture dont je vous parle tout le temps, y ayant Ă©tĂ© plus sensible encore que moi : elle avait donc lu La Forteresse en pĂ©ril, donc le tout premier tome de la saga, et mâavait dit de renoncer en avançant comme argument que le style Ă©tait plat, et que ce nâĂ©tait pas aussi bien quâil nây paraissait.
Il y a plusieurs milliers dâannĂ©es, en septembre 2019, jâapercevais tous les tomes de la saga sur les Ă©tagĂšres dâun ami dont câĂ©tait lâanniversaire. Je lui fis part de mes regrets de nâavoir pas cĂ©dĂ© Ă lâĂ©poque Ă lâappel de ces jolies couvertures animaliĂšres mĂ©diĂ©valisantes, et il me confia immĂ©diatement neuf tomes (donc trois), en me disant que je les lui rendrai la prochaine fois quâon se verrait.Â
Je les ai toujoursâŠ
Jâavais lu deux tomes, puis jâavais un peu laissĂ© tombĂ© vu que je nâaccrochais pas. Mais comme je compte bien les lui rendre, jâai dĂ©cidĂ© de me sortir les doigts du⊠menton, et de les lire une bonne fois pour toutes ! Câest chose faite pour le tiers (trois tomes, donc un⊠vous suivez toujours ?), puisque jâai enfin fini hier Cluny le FlĂ©au !
Tome 1 : Le Seigneur de la guerre
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 190
Genre : Fantasy, historique
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Ce quâen pense Naviss :
I. Une traduction française plat et inconstante
En lisant ce livre, jâai compris ce que voulait dire mon amie S. lorsquâelle me rapportait que le style est plat. Je ne sais pas si câest la faute de lâauteur ou de la traductrice car je nâai pas lu le livre en VO, donc il faudrait voir ce quâen pense le lectorat anglo-saxon⊠Je penche quand mĂȘme pour la traductrice, car il y a un certain nombre dâinconsistances au sein du livre qui me semblent vraiment ĂȘtre liĂ©es Ă des problĂšmes de traduction. Je pense notamment Ă la fouine Sac-dâos, le lieutenant du rat Cluny. Sac-dâos est genrĂ© au fĂ©minin jusquâĂ ce quâil ait enfin la parole, et se genre lui-mĂȘme au masculin. Donc deux possibilitĂ©s :
Ou bien lâauteur sâest dit en cours de route quâune femme Ă un poste militaire, ça ne va pas. Je ne penche pas pour cette thĂ©orie, Ă©tant donnĂ© quâon trouve plus tard des guerriĂšres comme le moineau Becquerelle au tome 2 ou la musaraigne Ugmuray au tome 3.
Ou bien la traductrice est inconsistante, ce qui me parait ĂȘtre la thĂ©orie la plus vraisemblable.
Toujours sur la forme, jâai apprĂ©ciĂ© des originalitĂ©s comme le fait que la moitiĂ© des chapitres sont centrĂ©s sur Cluny, lâantagoniste, et en point de vue interne. Je ne vois pas ça souvent et jâai trouvĂ© cela intĂ©ressant.
II. Un lore prometteur, mais trop confus !
Source. Sans déconner, ça donne pas envie ?
Ce qui fait la force de Rougemuraille, son attrait principal, si je puis dire, câest la combinaison entre des animaux vaguement anthropomorphes et une Angleterre basse-mĂ©diĂ©vale voire de la premiĂšre modernitĂ© prĂ©-RĂ©forme. Moi qui suis un fan du Robin des Bois de Disney, jâen suis ravi !Â
Le soucis, câest quâaucun de ces deux aspects ne semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© jusquâau bout, ce qui crĂ©e un certain nombre de confusions, dâincohĂ©rences et dâanachronisme.
Sur le plan historique, dâune part, le roman collectionne les anachronismes. Cela ne me gĂȘnerait pas dans un univers purement fantasy, mais comme je lâai dit, il nous pose un contexte rĂ©aliste historique : on est en Angleterre, on sait que la France existe puisquâon nous la mentionne, on sait que le monastĂšre de Rougemuraille est dâobĂ©dience catholique et quâon y prie la Vierge et JĂ©sus. Le roman cherche Ă recrĂ©er un rĂ©alisme mĂ©diĂ©val, mais malheureusement ne va pas jusquâau bout. Ainsi, les personnages mangent avec une fourchette alors que celle-ci ne se diffuse dans la sociĂ©tĂ© quâau XVIIIe siĂšcle. Avant cela, elle reste lâapanage exclusif des cours royales. La nourriture qui est consommĂ©e ne fonctionne pas du tout, il sâagit essentiellement de produits dâimportation amĂ©ricaine qui nâĂ©taient pas encore consommĂ©s Ă lâĂ©poque : la pomme de terre et la tomate par exemple. Le roman commence par un grand repas organisĂ© Ă lâabbaye oĂč tout le village semble ĂȘtre conviĂ©, ce qui donne lieu Ă des aberrations comme par exemple le fait que les hommes, dans lâabbaye, soient mĂ©langĂ©s aux femmes, ou bien quâon laisse performer des saltimbanques (dont un illusionniste !!) dans lâabbaye .Â
Et parfois, certains Ă©lĂ©ments nous sortent complĂštement de ce bas Moyen Ăge anglais rĂ©aliste, comme par exemple lorsque lâabbĂ© nous parle tantĂŽt de Dieu, tantĂŽt des dieux, comme si lâauteur Ă©tait incapable de se dĂ©cider entre un univers de fantasy et un univers rĂ©aliste.Â
Bref, mĂȘme si la saga Rougemuraille a le potentiel dâintroduire un jeune lectorat Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale, elle Ă©choue Ă cela Ă cause de son aspect incomplet. Ces romans utilisent des lieux communs ahistoriques concernant la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale afin de crĂ©er un contexte exotique mais pas trop quand mĂȘme, qui reste familier de ce que le lectorat croit connaĂźtre sur la pĂ©riode, mais elle demeure en fin de compte une introduction superficielle Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous conseille lâarticle de Cynthia Rostankowski publiĂ© en 2003, The Monastic Life and the Warriorâs Quest: The Middle Ages from the Viewpoint of Animals in Brian Jacquesâs Redwall Novels.
Cette indĂ©cision se sent Ă©galement dans tout ce qui touche Ă lâanimalitĂ©. Les tailles nâont aucun sens. Par exemple, on nous explique que 400 rats sont stationnĂ©s Ă lâĂ©glise Saint-Ninien, une petite Ă©glise de campagne, ce qui signifie que lâĂ©glise est Ă taille humaine et que les animaux ont des tailles dâanimaux. Mais un peu plus tard, ces mĂȘmes rats sont dĂ©crits comme montant Ă cheval - des chevaux adaptĂ©s Ă leur taille, jâentends.Â
Parfois, tout le monde a lâair de faire plus ou moins la mĂȘme taille, comme sur cette charte :
Mais parfois, la différence de taille est vraiment tangible, comme ici.
Et malheureusement, je trouve que ces inconsistances rendent difficiles le fait de se projeter dans cet univers : comment le faire quand tout change en permanence, quand on nâest jamais sĂ»r-e ne serait-ce que de la taille des personnages les uns par rapport aux autres ?
III. Des personnages trop souvent sans saveur
Je vais dĂ©jĂ commencer par le protagoniste, la souris Mathieu, novice de Rougemuraille qui se dĂ©couvre un lien avec le fondateur de lâordre, le guerrier lĂ©gendaire Martin. Je⊠nâaime pas Mathieu pour de multiples raisons, la principale Ă©tant quâil est un Gary Stu. Il est lâElu et ça sort de nulle part, il nâa pas le moindre dĂ©faut, il passe de souris timide Ă super guerrier de ouf sans transition, tout le monde lâaime, il contre les plans de Cluny sur des pressentimentsâŠ
Est-ce que vous voyez son sourcil droit se froncer, alors quâil essaie de paraĂźtre gentil et inoffensif ? Ton numĂ©ro ne marche pas avec moi, Mathieu !
Je nâaime pas du tout sa relation Ă Florine, une villageoise de lâĂąge de Mathieu et son intĂ©rĂȘt romantique. Je la trouve dâune part inconsistante, comme si lâauteur ne savait pas trĂšs bien quel Ă©tait le rapport entre ses personnages et que leur relation changeait dâune scĂšne Ă lâautre. Et dâautre part, est-ce que câĂ©tait nĂ©cessaire de coller une romance Ă un futur moine ? Câest super forcĂ©, on dirait que lâauteur voulait Ă tout prix caser un personnage romançable, mais sans faire lâeffort de dĂ©velopper ladite romance.Â
En vrai jâai bien envie de voir le dessin animĂ©, leur romance y a lâair un peu plus intĂ©ressanteâŠ
Je trouve aussi super malaisant la façon quâont les personnages de « sexualiser » constamment Mathieu et Florine, en mode « regardez on dirait un couple sâoccupant de leurs bĂ©bĂ©s » lorsquâils sont avec les jumeaux Souricis. Ce sont des enfants⊠ils ont 13 ans !! Câest pas mignon du tout de les imaginer avec des gosses Ă leur ĂągeâŠ
Les autres personnages secondaires sont sympathiques, sans plus. Un seul est vĂ©ritablement au dessus du lot : Basile LeliĂšvre-Cerf. Il est stylĂ©, grandiloquent, drĂŽle, et câest le plus caractĂ©risĂ© dans ses dialogues !
Ne déborde-t-il pas de charisme ?
Lâautre grand dĂ©faut, câest Cluny. Cluny est un mĂ©chant clichĂ© et sans aucune perspective. Je rigole pas, son objectif câest, comme Ă©noncĂ© par lui-mĂȘme, dâavoir un domaine avec des esclaves qui le servent, et son moyen pour y parvenir câest de tuer tout le monde⊠Moins creusĂ©, comme objectif, tu meurs !! Tous les antagonistes sont extrĂȘmement dĂ©cevants. Ils sont tellement tous montrĂ©s comme bĂȘtes, incapables et dĂ©sunis que câest Ă se demander comment ils en sont arrivĂ©s jusque lĂ , et en quoi ils reprĂ©sentent vraiment une menaceâŠ
GREUHAHAHEUEHAHEUHHEU JE SUIS MĂCHAAAAANT.
Bref, pour rĂ©sumer : un premier tome (ou un dĂ©but de tome) plutĂŽt plat, qui manque cruellement dâenjeux, et qui est dâautant plus dĂ©cevant quâil Ă©tait prometteur.
Ma note : 3/20.
Tome 2 : L'ĂpĂ©e lĂ©gendaire
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils mineurs. /!\
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 253
Genre : Fantasy, historique
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Ce quâen pense Naviss :
Voici donc la suite de ma chronique sur Cluny le FlĂ©au, le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille, dĂ©coupĂ© en trois tomes par lâĂ©dition Mango. Je mâattĂšlerai maintenant au 2e tome du dĂ©coupage français, LâĂpĂ©e lĂ©gendaire. Les illustrations de ce post proviennent des illustrateurs Gary Chalk, Troy Howell et Chris Baker !
I. Une traduction française qui laisse à désirer
Jâai vraiment des rĂ©serves Ă Ă©mettre concernant lâĂ©dition française. Jâai plusieurs fois Ă©tĂ© dĂ©rangĂ© par sa syntaxe douteuse, que ce soit dans lâusage de la ponctuation, le dĂ©coupage⊠Jâai pu constater un certain nombre de fautes de grammaires franchement ridicules pour ne surtout pas mettre certains mots au fĂ©minin : « la souris guerrier » au lieu de « la souris guerriĂšre » par exemple.
II. Un lore qui gagnerait Ă complĂštement lĂącher ses tentatives de justification historique
Encore une fois, lâauteur essaye de renforcer lâencrage historique et gĂ©ographique de son oeuvre en faisant rĂ©fĂ©rence Ă des territoires qui existent dans notre monde, comme la Chine, nommĂ©e clairement. On est en Angleterre, la monnaie en vigueur est le florin - ce qui signifie quâon est au minimum au XIIIe siĂšcle, mais du coup le renforcement du contexte historique met dâautant plus en lumiĂšre des anachronismes variĂ©s, notamment en ce qui concerne la nourriture. Pour en citer deux :
Le thĂ© ne se diffuse pas en Europe avant le XVIe siĂšcle. Oui, on est en Angleterre, mais non, les personnages ne peuvent pas boire de thĂ©âŠ
Le coing est connu mais pas encore massivement diffusĂ©, il ne se produit quâen climat mĂ©diterranĂ©en, et ça mâĂ©tonnerait quâune abbaye de campagne ait accĂšs Ă de tels mets dâimportation pour en faire des tartes.
Ce nâest pas trĂšs important, mais dans un contexte qui se veut historique et mĂ©diĂ©val, jâaimerais bien que lâauteur sâintĂ©resse Ă la pĂ©riode quâil dĂ©peint de maniĂšre moins superficielle. Jâaimerais Ă©galement quâon dĂ©finisse davantage Ă quel point le monde est proche ou Ă©loignĂ© du nĂŽtre⊠et je prĂ©fĂ©rerai quâil soit plus Ă©loignĂ©. Car tout ce qui est original et propre Ă ce monde, est sympathique et donne envie dâen savoir plus ! Je pense notamment Ă lâintroduction du peuple des Moinos, qui mâont fait penser Ă Â un mĂ©lange entre le Roi Burgonde de Kaamelott pour leur maniĂšre de parler, et les Dynasties de la CanopĂ©e de Roots, des oiseaux souhaitant redonner Ă leur espĂšce autrefois majestueuse sa gloire d'antan au sein de la forĂȘt en reprenant le contrĂŽle de ses clairiĂšresâŠ
III. Un scénario plus haletant
Il nây a pas la moindre scĂšne de bataille dans ce tome, contrairement Ă celui quâil suit et celui quâil prĂ©cĂšde. Pourtant, des trois tomes, câest celui que jâai trouvĂ© le plus haletant. Il prĂ©sente par ailleurs de bonnes idĂ©es et des retournements de situations qui maintiennent lĂŠ lecteurice en haleine, comme le double cross dâun double crossâŠ
On a toujours des chapitres du point de vue interne de lâantagoniste, Ă peu prĂšs 1 sur 3 dĂ©sormais, ce que je trouve toujours original. Malheureusement, les mĂ©chants sont toujours montrĂ©s comme si nuls et pathĂ©tiques quâon se demande en quoi ils reprĂ©sentent une menace.
IV. Des personnages qui gagnent en consistance
Mathieu prend enfin un peu de matiĂšre. Il sâaffirme un peu plus, il gagne en personnalitĂ©, il est toujours un peu Gary Stu mais il est plus nuancĂ©. Mais les efforts mis pour le faire paraĂźtre hĂ©roĂŻque, le rendent en fait un peu inhumain. Je pense notamment Ă la scĂšne oĂč il est au milieu dâun champ de cadavres et vient dâassister Ă un meurtre, et oĂč il est Ă peine impressionnĂ©.
Florine aussi, mais je trouve son dĂ©veloppement dĂ©cevant et superficiel. Elle nâa aucune volontĂ© ou identitĂ© propre. Elle est tellement faible quâun BĂBĂ (Sol) qui suce encore son pouce doit lui servir de garde du corps ?! Elle sert Ă apporter Ă manger ou faire des tĂąches mĂ©nagĂšres, câest tout. Et malheur Ă elle si elle tente de sortir de ce rĂŽle : quand elle sâapprĂȘte Ă parler, on la coupe et on la renvoie car sa prĂ©sence distrait Mathieu⊠Elle est donc punie pour lâattirance dâun garçon envers elle ! Florine a Ă©tĂ© dĂ©crite comme une enfant pendant tout le premier tome et lĂ dâun coup, une semaine plus tard tout le monde la drague, notamment Basile, qui du coup baisse dans mon estime⊠Je rappelle que Florine a 13 ans et que Basile, vĂ©tĂ©ran de guerre, a au grand minimum deux fois son Ăąge.
La romance Florine-Mathieu est dâailleurs toujours aussi forcĂ©e : on ne dĂ©veloppe aucune intimitĂ© entre les deux personnages, tout ce quâon sait câest que Florine est jolie et richeâŠ
De nouveaux personnages moralement ambigus sont introduits, notamment Sylva la renarde, mon coup de coeur de ce tome, qui peut ĂȘtre dĂ©finie en une phrase : âJ'ai revendu leurs propres oeufs Ă des poules et volĂ© leurs moustaches Ă des chiens de ferme".
Comme tous ses congĂ©nĂšres, Sylvia n'appartenait Ă personne. [âŠ] Depuis des annĂ©es, la renarde se servait de son esprit rusĂ© pour survivre. Il Ă©tait dans sa nature de jouer double-jeu : dans chaque conflit, dans toute dispute, elle vendait toujours les secrets d'un camp Ă l'autre et vice-versa. C'Ă©tait un jeu dangereux, mais dont elle Ă©tait jusqu'Ă prĂ©sent sortie gagnante.â
Par ailleurs, tous les personnages sont intéressants et ont leur petite scÚne qui les caractérise, ce que je tiens à saluer car ça manquait beaucoup au premier tome.
Bref, ce second tome Ă©tait bien plus intĂ©ressant que le premier, mais je regrette que lâauteur nâĂ©toffe pas davantage son propre univers et prĂ©fĂšre Ă la place se reposer sur un contexte historique quâil ne maĂźtrise pas.
Ma note :Â 9/20.
Tome 3 : La VipÚre géante
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils mineurs. /!\
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 190
Genre : Fantasy, historique
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Ce quâen pense Naviss :
Bonjour ! Voici ma derniĂšre chronique sur Cluny le FlĂ©au, le neuviĂšme tome de Rougemuraille dans lâĂ©dition complĂšte française, mais, je viens de lâapprendre, le tout premier tome de Rougemuraille jamais paru ! En consultant le Wikia, jâai appris que Cluny le FlĂ©au (qui sâappelle juste Redwall en anglais, Ă savoir bĂȘtement âRougemurailleâ) Ă©tait en fait le seul tome prĂ©sentant des rĂ©fĂ©rences Ă notre monde Ă nous. Il semblerait donc que lâauteur ait fait son choix, et le bon !
Sssssssss-ça va barder !
I. Un style toujours aussi plat
Jâai lu ce tome un peu plus dâun an aprĂšs les deux prĂ©cĂ©dents, et le style ne mâavait pas manquĂ©... Je le trouve, encore une fois, fade et plat. Jâai trouvĂ© que lâhumour aussi Ă©tait insipide : quelques rĂ©pliques de Basile ont pu mâarracher un vague sourire par-ci par-lĂ , mais câest tout. Je pense toujours que ce soucis de force est essentiellement dĂ» au fait que ce soit une traduction : il est difficile de transmettre le style dâun-e auteurice dâune langue Ă lâautre, et les plaisanteries, jeux de mots et autres calembours sont intraduisibles et nĂ©cessitent beaucoup dâhabilitĂ© que la traductrice nâa malheureusement pas, ou nâa pas su transcrire. Ou peut-ĂȘtre que Brian Jacques avait un style plat lors de son premier tome, et que câest ce que la traductrice a voulu transmettre, je ne sais pas. Je compte commencer Martin le Guerrier trĂšs prochainement et jâai pu voir que ce nâest pas Emmanuelle Lavabre qui sâest occupĂ©e de la traduction, mais un certain Jean-NoĂ«l Chatain. Je vous dirai ce que ça change lors de ma prochaine chronique.
Illustration de Pete Lyon.
II. Un intĂ©rĂȘt inĂ©gal
Je suis assez mitigĂ© sur le fond. Jâai adorĂ© les deux passages chez le seigneur chat Julien de Cajolin ainsi que ce qui prĂ©cĂšde et qui suit, Ă savoir la rencontre avec les musaraigne de lâUgmuray et lâentretien avec le Capitaine Neige, que ce soit Ă lâarrivĂ©e et au retour de Mathieu. Jâai trouvĂ© ces quelques chapitres intĂ©ressants et divertissants. Et... câest tout. Parce quâen vrai, tout ce qui se passe Ă Rougemuraille pendant ce temps, Ă savoir plusieurs chapitres dĂ©crivant lâabbaye en Ă©tat de siĂšge, câest pas super intĂ©ressant, et je prĂ©fĂšrerai suivre la quĂȘte principale de Mathieu...Â
Vous voyez, dans le Seigneur des Anneaux, ces moments oĂč on sâintĂ©resse aux aventures de Merry, Pippin, Aragorn, Gimli et Legolas pendant que Frodon et son copain Sam sont occupĂ©s Ă sauver le monde ? Ca me fait le mĂȘme effet : lâimpression quâon ne me montre cela uniquement parce que si on ne sâintĂ©ressait quâĂ la quĂȘte principale, le livre serait trop court. Sauf que le Seigneur des Anneaux avait le mĂ©rite de rendre ses intrigues parallĂšles intĂ©ressantes.
Bon, lâanalogie est un peu foireuse, mais vous voyez lâidĂ©e. Et franchement, pour ce quâil sây passe, Ă Rougemuraille... Ne pas insister autant sur ce passage aurait pu nous Ă©viter des aberrations. Pour rĂ©compenser les dĂ©fenseurs de lâabbaye, Basile ordonne quâon organise un grand repas dans lâabbaye (le siĂšge nâest pas terminĂ©, seulement lâattaque !). Faire un repas de fĂȘte pendant un siĂšge, câest pas ce quâil y a de plus malinâŠ
III. Des anachronismes, encore et toujours
Parmi les mythes que jâentends le plus concernant le Moyen Ăge, outre la peste et les famines, je vois toujours revenir cette histoire dâhuile bouillante que lâon sur les assaillants pendant les siĂšges. Brian Jacques nây Ă©chappe pas. Je lâai dĂ©jĂ dit et je le rĂ©pĂšte : non, on ne jette pas dâhuile bouillante pour se dĂ©fendre lors dâun siĂšge. Ca coĂ»te cher et câest rare⊠On jettera plutĂŽt des pots remplis de poix, de soufre et de salpĂȘtre, ou bien tout simplement de l'eau bouillante.
Bon, pour ĂȘtre honnĂȘte, lâhuile lancĂ©e sur les assaillants pendant le siĂšge de Rougemuraille nâavait pas pour but dâĂ©bouillanter les ennemis, mais de rendre les ennemis et surtout leur bĂ©lier glissant afin quâils ne puissent le tenir. De lâeau savonneuse ou de la poix auraient tout autant fait affaire, et auraient Ă©tĂ© beaucoup moins coĂ»teuse ! Mais bon, pas sĂ»r que lâargument Ă©conomique ait de lâimportance pour Rougemuraille. On parle quand mĂȘme dâune abbaye qui se paie des mets de luxe et organise des banquets pendant quâelle est assiĂ©gĂ©e...
IV. Des personnages secondaires qui sâaffirment davantage
Je passe rapidement sur Mathieu dont jâai dĂ©jĂ dit tout ce que je pensais dans les deux chroniques prĂ©cĂ©dentes. Tout ce que jâai de nouveau Ă rajouter Ă son sujet, câest quâil est inconsistant et quâil change de personnalitĂ© selon les besoins du plot.
Concernant Florine, qui ne servait Ă rien dans les tomes prĂ©cĂ©dents ne servait Ă rien Ă part ĂȘtre la meuf de Mathieu, elle prend enfin un peu plus de place en se rendant utile lors du siĂšge, oĂč elle sâoccupe notamment du ravitaillement. Bon, il ne faut pas rĂȘver non plus, sa fonction principale câest, pour citer les mots de lâabbĂ©, dâĂȘtre « une bonne Ă©pouse [dont] la beautĂ© ravira Rougemuraille et gouvernera le coeur de notre Mathieu » (je rappelle quâelle lâĂąge de Mathieu donc 13 ansâŠ). RĂŽle quâelle remplit visiblement Ă merveille, puisque lâĂ©pilogue nous apprend quâun an plus tard, elle a eu un gosse avec Mathieu.Â
Un gosse ? Attendez... Mais... il avait pas 13 ans, Mathieu ? Du coup euh, genre Florine et lui sont parents Ă 14 ans ? Ah... Je vois.
Jâen profite pour noter quâil y a un peu plus de personnages fĂ©minins dans ce tome. Les femmes prennent de lâimportance notamment lors du siĂšge : Dame Blaireau notamment, mais aussi Jeannette, Isa, Madame Camparaigne et Florine. Jâai Ă©tĂ© heureux de voir le retour de Becquerelle, personnage sympathique du tome prĂ©cĂ©dent, qui est dĂ©sormais reine des Moinos. Je note Ă©galement lâintroduction dâun nouveau personnage fĂ©minin, Ugmuray des Ugmuray, qui est aussi une guerriĂšre !
Jâai toujours de lâaffection pour Basile, qui est un personnage amusant et haut en couleurs. Mais mon vrai coup de coeur de ce tome, câest le seigneur Julien de Cajolin : jâaime ses maniĂšres et son Ă©lĂ©gance, mais surtout, jâaime sa relation au Capitaine Neige. Câest lâexemple mĂȘme des deux vieux amis qui sâadorent et se dĂ©testent, et trouveraient nâimporte quel prĂ©texte pour se disputer. (Et en plus, Julien de Cajolin est une Ă©lite rurale !!!!! Mon sujet de mĂ©moire !!!!)
Ma note :Â 7/20.
Pour conclure, je dirai que Cluny le FlĂ©au pose les bases dâun univers qui a le potentiel de devenir intĂ©ressant et complexe, ce quâil deviendra, je nâen doute pas, dans les 21 tomes (oui oui, je parle bien des intĂ©grales !) qui suivront ce premier opus. Certes, le style est plat, mais je laisse le bĂ©nĂ©fice du doute Ă lâauteur et je vous dirai ce que valent les autres traduction quand je les lirai. Certes, le hĂ©ros et son intĂ©rĂȘt romantique sont inintĂ©ressant-es au possible, mais cela est rattrapĂ© par une multitude de personnages secondaires sympathiques. Je pense vraiment que cette saga a du potentiel... Mais il faut le temps que ça se lance.
Ma note générale : 6/20.
Rougemuraille : Cluny le Fléau
/!\ Attention : cette critique contient des spoilers mineurs sur lâintrigue. /!\
Pour une raison qui mâĂ©chappe (lâargent *kof kof*), en France, on aime bien dĂ©couper en plusieurs tome des livres quâon va ensuite nommer âintĂ©gralesâ, afin de pouvoir vendre 30 euros un livre qui nâen vaudrait quâentre 16 et 22, en persuadant lĂŠ lecteurice quâiel fait une bonne affaire (mais si, 10 ⏠le tome au lieu de 30 !!!). Cette review en trois partie est en fait celle dâun seul et mĂȘme livre, Ă savoir le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille (Redwall en anglais) de Brian Jacques.
Ca faisait un bail que je voulais lire Rougemuraille. Depuis le collĂšge, Ă vrai dire. Il faut dire que les couvertures sont magnifiques : au CDI, Les Ombrenards et La Forteresse en pĂ©ril mâavaient tout de suite tapĂ©s dans lâoeil. S., ma compagne de lecture dont je vous parle tout le temps, y ayant Ă©tĂ© plus sensible encore que moi : elle avait donc lu La Forteresse en pĂ©ril, donc le tout premier tome de la saga, et mâavait dit de renoncer en avançant comme argument que le style Ă©tait plat, et que ce nâĂ©tait pas aussi bien quâil nây paraissait.
Il y a plusieurs milliers dâannĂ©es, en septembre 2019, jâapercevais tous les tomes de la saga sur les Ă©tagĂšres dâun ami dont câĂ©tait lâanniversaire. Je lui fis part de mes regrets de nâavoir pas cĂ©dĂ© Ă lâĂ©poque Ă lâappel de ces jolies couvertures animaliĂšres mĂ©diĂ©valisantes, et il me confia immĂ©diatement neuf tomes (donc trois), en me disant que je les lui rendrai la prochaine fois quâon se verrait.Â
Je les ai toujoursâŠ
Jâavais lu deux tomes, puis jâavais un peu laissĂ© tombĂ© vu que je nâaccrochais pas. Mais comme je compte bien les lui rendre, jâai dĂ©cidĂ© de me sortir les doigts du⊠menton, et de les lire une bonne fois pour toutes ! Câest chose faite pour le tiers (trois tomes, donc un⊠vous suivez toujours ?), puisque jâai enfin fini hier Cluny le FlĂ©au !
Tome 1 : Le Seigneur de la guerre
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 190
Genre : Fantasy, historique
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Ce quâen pense Naviss :
I. Une traduction française plat et inconstante
En lisant ce livre, jâai compris ce que voulait dire mon amie S. lorsquâelle me rapportait que le style est plat. Je ne sais pas si câest la faute de lâauteur ou de la traductrice car je nâai pas lu le livre en VO, donc il faudrait voir ce quâen pense le lectorat anglo-saxon⊠Je penche quand mĂȘme pour la traductrice, car il y a un certain nombre dâinconsistances au sein du livre qui me semblent vraiment ĂȘtre liĂ©es Ă des problĂšmes de traduction. Je pense notamment Ă la fouine Sac-dâos, le lieutenant du rat Cluny. Sac-dâos est genrĂ© au fĂ©minin jusquâĂ ce quâil ait enfin la parole, et se genre lui-mĂȘme au masculin. Donc deux possibilitĂ©s :
Ou bien lâauteur sâest dit en cours de route quâune femme Ă un poste militaire, ça ne va pas. Je ne penche pas pour cette thĂ©orie, Ă©tant donnĂ© quâon trouve plus tard des guerriĂšres comme le moineau Becquerelle au tome 2 ou la musaraigne Ugmuray au tome 3.
Ou bien la traductrice est inconsistante, ce qui me parait ĂȘtre la thĂ©orie la plus vraisemblable.
Toujours sur la forme, jâai apprĂ©ciĂ© des originalitĂ©s comme le fait que la moitiĂ© des chapitres sont centrĂ©s sur Cluny, lâantagoniste, et en point de vue interne. Je ne vois pas ça souvent et jâai trouvĂ© cela intĂ©ressant.
II. Un lore prometteur, mais trop confus !
Source. Sans déconner, ça donne pas envie ?
Ce qui fait la force de Rougemuraille, son attrait principal, si je puis dire, câest la combinaison entre des animaux vaguement anthropomorphes et une Angleterre basse-mĂ©diĂ©vale voire de la premiĂšre modernitĂ© prĂ©-RĂ©forme. Moi qui suis un fan du Robin des Bois de Disney, jâen suis ravi !Â
Le soucis, câest quâaucun de ces deux aspects ne semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© jusquâau bout, ce qui crĂ©e un certain nombre de confusions, dâincohĂ©rences et dâanachronisme.
Sur le plan historique, dâune part, le roman collectionne les anachronismes. Cela ne me gĂȘnerait pas dans un univers purement fantasy, mais comme je lâai dit, il nous pose un contexte rĂ©aliste historique : on est en Angleterre, on sait que la France existe puisquâon nous la mentionne, on sait que le monastĂšre de Rougemuraille est dâobĂ©dience catholique et quâon y prie la Vierge et JĂ©sus. Le roman cherche Ă recrĂ©er un rĂ©alisme mĂ©diĂ©val, mais malheureusement ne va pas jusquâau bout. Ainsi, les personnages mangent avec une fourchette alors que celle-ci ne se diffuse dans la sociĂ©tĂ© quâau XVIIIe siĂšcle. Avant cela, elle reste lâapanage exclusif des cours royales. La nourriture qui est consommĂ©e ne fonctionne pas du tout, il sâagit essentiellement de produits dâimportation amĂ©ricaine qui nâĂ©taient pas encore consommĂ©s Ă lâĂ©poque : la pomme de terre et la tomate par exemple. Le roman commence par un grand repas organisĂ© Ă lâabbaye oĂč tout le village semble ĂȘtre conviĂ©, ce qui donne lieu Ă des aberrations comme par exemple le fait que les hommes, dans lâabbaye, soient mĂ©langĂ©s aux femmes, ou bien quâon laisse performer des saltimbanques (dont un illusionniste !!) dans lâabbaye .Â
Et parfois, certains Ă©lĂ©ments nous sortent complĂštement de ce bas Moyen Ăge anglais rĂ©aliste, comme par exemple lorsque lâabbĂ© nous parle tantĂŽt de Dieu, tantĂŽt des dieux, comme si lâauteur Ă©tait incapable de se dĂ©cider entre un univers de fantasy et un univers rĂ©aliste.Â
Bref, mĂȘme si la saga Rougemuraille a le potentiel dâintroduire un jeune lectorat Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale, elle Ă©choue Ă cela Ă cause de son aspect incomplet. Ces romans utilisent des lieux communs ahistoriques concernant la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale afin de crĂ©er un contexte exotique mais pas trop quand mĂȘme, qui reste familier de ce que le lectorat croit connaĂźtre sur la pĂ©riode, mais elle demeure en fin de compte une introduction superficielle Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous conseille lâarticle de Cynthia Rostankowski publiĂ© en 2003, The Monastic Life and the Warriorâs Quest: The Middle Ages from the Viewpoint of Animals in Brian Jacquesâs Redwall Novels.
Cette indĂ©cision se sent Ă©galement dans tout ce qui touche Ă lâanimalitĂ©. Les tailles nâont aucun sens. Par exemple, on nous explique que 400 rats sont stationnĂ©s Ă lâĂ©glise Saint-Ninien, une petite Ă©glise de campagne, ce qui signifie que lâĂ©glise est Ă taille humaine et que les animaux ont des tailles dâanimaux. Mais un peu plus tard, ces mĂȘmes rats sont dĂ©crits comme montant Ă cheval - des chevaux adaptĂ©s Ă leur taille, jâentends.Â
Parfois, tout le monde a lâair de faire plus ou moins la mĂȘme taille, comme sur cette charte :
Mais parfois, la différence de taille est vraiment tangible, comme ici.
Et malheureusement, je trouve que ces inconsistances rendent difficiles le fait de se projeter dans cet univers : comment le faire quand tout change en permanence, quand on nâest jamais sĂ»r-e ne serait-ce que de la taille des personnages les uns par rapport aux autres ?
III. Des personnages trop souvent sans saveur
Je vais dĂ©jĂ commencer par le protagoniste, la souris Mathieu, novice de Rougemuraille qui se dĂ©couvre un lien avec le fondateur de lâordre, le guerrier lĂ©gendaire Martin. Je⊠nâaime pas Mathieu pour de multiples raisons, la principale Ă©tant quâil est un Gary Stu. Il est lâElu et ça sort de nulle part, il nâa pas le moindre dĂ©faut, il passe de souris timide Ă super guerrier de ouf sans transition, tout le monde lâaime, il contre les plans de Cluny sur des pressentimentsâŠ
Est-ce que vous voyez son sourcil droit se froncer, alors quâil essaie de paraĂźtre gentil et inoffensif ? Ton numĂ©ro ne marche pas avec moi, Mathieu !
Je nâaime pas du tout sa relation Ă Florine, une villageoise de lâĂąge de Mathieu et son intĂ©rĂȘt romantique. Je la trouve dâune part inconsistante, comme si lâauteur ne savait pas trĂšs bien quel Ă©tait le rapport entre ses personnages et que leur relation changeait dâune scĂšne Ă lâautre. Et dâautre part, est-ce que câĂ©tait nĂ©cessaire de coller une romance Ă un futur moine ? Câest super forcĂ©, on dirait que lâauteur voulait Ă tout prix caser un personnage romançable, mais sans faire lâeffort de dĂ©velopper ladite romance.Â
En vrai jâai bien envie de voir le dessin animĂ©, leur romance y a lâair un peu plus intĂ©ressanteâŠ
Je trouve aussi super malaisant la façon quâont les personnages de « sexualiser » constamment Mathieu et Florine, en mode « regardez on dirait un couple sâoccupant de leurs bĂ©bĂ©s » lorsquâils sont avec les jumeaux Souricis. Ce sont des enfants⊠ils ont 13 ans !! Câest pas mignon du tout de les imaginer avec des gosses Ă leur ĂągeâŠ
Les autres personnages secondaires sont sympathiques, sans plus. Un seul est vĂ©ritablement au dessus du lot : Basile LeliĂšvre-Cerf. Il est stylĂ©, grandiloquent, drĂŽle, et câest le plus caractĂ©risĂ© dans ses dialogues !
Ne déborde-t-il pas de charisme ?
Lâautre grand dĂ©faut, câest Cluny. Cluny est un mĂ©chant clichĂ© et sans aucune perspective. Je rigole pas, son objectif câest, comme Ă©noncĂ© par lui-mĂȘme, dâavoir un domaine avec des esclaves qui le servent, et son moyen pour y parvenir câest de tuer tout le monde⊠Moins creusĂ©, comme objectif, tu meurs !! Tous les antagonistes sont extrĂȘmement dĂ©cevants. Ils sont tellement tous montrĂ©s comme bĂȘtes, incapables et dĂ©sunis que câest Ă se demander comment ils en sont arrivĂ©s jusque lĂ , et en quoi ils reprĂ©sentent vraiment une menaceâŠ
GREUHAHAHEUEHAHEUHHEU JE SUIS MĂCHAAAAANT.
Bref, pour rĂ©sumer : un premier tome (ou un dĂ©but de tome) plutĂŽt plat, qui manque cruellement dâenjeux, et qui est dâautant plus dĂ©cevant quâil Ă©tait prometteur.
Ma note : 3/20.
Tome 2 : L'ĂpĂ©e lĂ©gendaire
/!\ ATTENTION : cette chronique contient des spoils mineurs. /!\
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 253
Genre : Fantasy, historique
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Voici donc la suite de ma chronique sur Cluny le FlĂ©au, le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille, dĂ©coupĂ© en trois tomes par lâĂ©dition Mango. Je mâattĂšlerai maintenant au 2e tome du dĂ©coupage français, LâĂpĂ©e lĂ©gendaire. Les illustrations de ce post proviennent des illustrateurs Gary Chalk, Troy Howell et Chris Baker !
I. Une traduction française qui laisse à désirer
Jâai vraiment des rĂ©serves Ă Ă©mettre concernant lâĂ©dition française. Jâai plusieurs fois Ă©tĂ© dĂ©rangĂ© par sa syntaxe douteuse, que ce soit dans lâusage de la ponctuation, le dĂ©coupage... Jâai pu constater un certain nombre de fautes de grammaires franchement ridicules pour ne surtout pas mettre certains mots au fĂ©minin : « la souris guerrier » au lieu de « la souris guerriĂšre » par exemple.
II. Un lore qui gagnerait Ă complĂštement lĂącher ses tentatives de justification historique
Encore une fois, lâauteur essaye de renforcer lâencrage historique et gĂ©ographique de son oeuvre en faisant rĂ©fĂ©rence Ă des territoires qui existent dans notre monde, comme la Chine, nommĂ©e clairement. On est en Angleterre, la monnaie en vigueur est le florin - ce qui signifie quâon est au minimum au XIIIe siĂšcle, mais du coup le renforcement du contexte historique met dâautant plus en lumiĂšre des anachronismes variĂ©s, notamment en ce qui concerne la nourriture. Pour en citer deux :
Le thé ne se diffuse pas en Europe avant le XVIe siÚcle. Oui, on est en Angleterre, mais non, les personnages ne peuvent pas boire de thé...
Le coing est connu mais pas encore massivement diffusĂ©, il ne se produit quâen climat mĂ©diterranĂ©en, et ça mâĂ©tonnerait quâune abbaye de campagne ait accĂšs Ă de tels mets dâimportation pour en faire des tartes.
Ce nâest pas trĂšs important, mais dans un contexte qui se veut historique et mĂ©diĂ©val, jâaimerais bien que lâauteur sâintĂ©resse Ă la pĂ©riode quâil dĂ©peint de maniĂšre moins superficielle. Jâaimerais Ă©galement quâon dĂ©finisse davantage Ă quel point le monde est proche ou Ă©loignĂ© du nĂŽtre... et je prĂ©fĂ©rerai quâil soit plus Ă©loignĂ©. Car tout ce qui est original et propre Ă ce monde, est sympathique et donne envie dâen savoir plus ! Je pense notamment Ă lâintroduction du peuple des Moinos, qui mâont fait penser Ă Â un mĂ©lange entre le Roi Burgonde de Kaamelott pour leur maniĂšre de parler, et les Dynasties de la CanopĂ©e de Roots, des oiseaux souhaitant redonner Ă leur espĂšce autrefois majestueuse sa gloire d'antan au sein de la forĂȘt en reprenant le contrĂŽle de ses clairiĂšres...
III. Un scénario plus haletant
Il nây a pas la moindre scĂšne de bataille dans ce tome, contrairement Ă celui quâil suit et celui quâil prĂ©cĂšde. Pourtant, des trois tomes, câest celui que jâai trouvĂ© le plus haletant. Il prĂ©sente par ailleurs de bonnes idĂ©es et des retournements de situations qui maintiennent lĂŠ lecteurice en haleine, comme le double cross dâun double cross...
On a toujours des chapitres du point de vue interne de lâantagoniste, Ă peu prĂšs 1 sur 3 dĂ©sormais, ce que je trouve toujours original. Malheureusement, les mĂ©chants sont toujours montrĂ©s comme si nuls et pathĂ©tiques quâon se demande en quoi ils reprĂ©sentent une menace.
IV. Des personnages qui gagnent en consistance
Mathieu prend enfin un peu de matiĂšre. Il sâaffirme un peu plus, il gagne en personnalitĂ©, il est toujours un peu Gary Stu mais il est plus nuancĂ©. Mais les efforts mis pour le faire paraĂźtre hĂ©roĂŻque, le rendent en fait un peu inhumain. Je pense notamment Ă la scĂšne oĂč il est au milieu dâun champ de cadavres et vient dâassister Ă un meurtre, et oĂč il est Ă peine impressionnĂ©.
Florine aussi, mais je trouve son dĂ©veloppement dĂ©cevant et superficiel. Elle nâa aucune volontĂ© ou identitĂ© propre. Elle est tellement faible quâun BĂBĂ (Sol) qui suce encore son pouce doit lui servir de garde du corps ?! Elle sert Ă apporter Ă manger ou faire des tĂąches mĂ©nagĂšres, câest tout. Et malheur Ă elle si elle tente de sortir de ce rĂŽle : quand elle sâapprĂȘte Ă parler, on la coupe et on la renvoie car sa prĂ©sence distrait Mathieu... Elle est donc punie pour lâattirance dâun garçon envers elle ! Florine a Ă©tĂ© dĂ©crite comme une enfant pendant tout le premier tome et lĂ dâun coup, une semaine plus tard tout le monde la drague, notamment Basile, qui du coup baisse dans mon estime... Je rappelle que Florine a 13 ans et que Basile, vĂ©tĂ©ran de guerre, a au grand minimum deux fois son Ăąge.
La romance Florine-Mathieu est dâailleurs toujours aussi forcĂ©e : on ne dĂ©veloppe aucune intimitĂ© entre les deux personnages, tout ce quâon sait câest que Florine est jolie et riche...
De nouveaux personnages moralement ambigus sont introduits, notamment Sylva la renarde, mon coup de coeur de ce tome, qui peut ĂȘtre dĂ©finie en une phrase : âJ'ai revendu leurs propres oeufs Ă des poules et volĂ© leurs moustaches Ă des chiens de ferme".
Comme tous ses congénÚres, Sylvia n'appartenait à personne. [...] Depuis des années, la renarde se servait de son esprit rusé pour survivre. Il était dans sa nature de jouer double-jeu : dans chaque conflit, dans toute dispute, elle vendait toujours les secrets d'un camp à l'autre et vice-versa. C'était un jeu dangereux, mais dont elle était jusqu'à présent sortie gagnante."
Par ailleurs, tous les personnages sont intéressants et ont leur petite scÚne qui les caractérise, ce que je tiens à saluer car ça manquait beaucoup au premier tome.
Bref, ce second tome Ă©tait bien plus intĂ©ressant que le premier, mais je regrette que lâauteur nâĂ©toffe pas davantage son propre univers et prĂ©fĂšre Ă la place se reposer sur un contexte historique quâil ne maĂźtrise pas.
Ma note :Â 9/20.
Rougemuraille : Cluny le Fléau
/!\ Attention : cette critique contient des spoilers mineurs sur lâintrigue. /!\
Pour une raison qui mâĂ©chappe (lâargent *kof kof*), en France, on aime bien dĂ©couper en plusieurs tome des livres quâon va ensuite nommer âintĂ©gralesâ, afin de pouvoir vendre 30 euros un livre qui nâen vaudrait quâentre 16 et 22, en persuadant lĂŠ lecteurice quâiel fait une bonne affaire (mais si, 10 ⏠le tome au lieu de 30 !!!). Cette review en trois partie est en fait celle dâun seul et mĂȘme livre, Ă savoir le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille (Redwall en anglais) de Brian Jacques.
Ca faisait un bail que je voulais lire Rougemuraille. Depuis le collĂšge, Ă vrai dire. Il faut dire que les couvertures sont magnifiques : au CDI, Les Ombrenards et La Forteresse en pĂ©ril mâavaient tout de suite tapĂ©s dans lâoeil. S., ma compagne de lecture dont je vous parle tout le temps, y ayant Ă©tĂ© plus sensible encore que moi : elle avait donc lu La Forteresse en pĂ©ril, donc le tout premier tome de la saga, et mâavait dit de renoncer en avançant comme argument que le style Ă©tait plat, et que ce nâĂ©tait pas aussi bien quâil nây paraissait.
Il y a plusieurs milliers dâannĂ©es, en septembre 2019, jâapercevais tous les tomes de la saga sur les Ă©tagĂšres dâun ami dont câĂ©tait lâanniversaire. Je lui fis part de mes regrets de nâavoir pas cĂ©dĂ© Ă lâĂ©poque Ă lâappel de ces jolies couvertures animaliĂšres mĂ©diĂ©valisantes, et il me confia immĂ©diatement neuf tomes (donc trois), en me disant que je les lui rendrai la prochaine fois quâon se verrait.Â
Je les ai toujours...
Jâavais lu deux tomes, puis jâavais un peu laissĂ© tombĂ© vu que je nâaccrochais pas. Mais comme je compte bien les lui rendre, jâai dĂ©cidĂ© de me sortir les doigts du... menton, et de les lire une bonne fois pour toutes ! Câest chose faite pour le tiers (trois tomes, donc un... vous suivez toujours ?), puisque jâai enfin fini hier Cluny le FlĂ©au !
Tome 1 : Le Seigneur de la guerre
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 190
Genre : Fantasy, historique
______________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
I. Une traduction française plat et inconstante
En lisant ce livre, jâai compris ce que voulait dire mon amie S. lorsquâelle me rapportait que le style est plat. Je ne sais pas si câest la faute de lâauteur ou de la traductrice car je nâai pas lu le livre en VO, donc il faudrait voir ce quâen pense le lectorat anglo-saxon... Je penche quand mĂȘme pour la traductrice, car il y a un certain nombre dâinconsistances au sein du livre qui me semblent vraiment ĂȘtre liĂ©es Ă des problĂšmes de traduction. Je pense notamment Ă la fouine Sac-dâos, le lieutenant du rat Cluny. Sac-dâos est genrĂ© au fĂ©minin jusquâĂ ce quâil ait enfin la parole, et se genre lui-mĂȘme au masculin. Donc deux possibilitĂ©s :
Ou bien lâauteur sâest dit en cours de route quâune femme Ă un poste militaire, ça ne va pas. Je ne penche pas pour cette thĂ©orie, Ă©tant donnĂ© quâon trouve plus tard des guerriĂšres comme le moineau Becquerelle au tome 2 ou la musaraigne Ugmuray au tome 3.
Ou bien la traductrice est inconsistante, ce qui me parait ĂȘtre la thĂ©orie la plus vraisemblable.
Toujours sur la forme, jâai apprĂ©ciĂ© des originalitĂ©s comme le fait que la moitiĂ© des chapitres sont centrĂ©s sur Cluny, lâantagoniste, et en point de vue interne. Je ne vois pas ça souvent et jâai trouvĂ© cela intĂ©ressant.
II. Un lore prometteur, mais trop confus !
Source. Sans déconner, ça donne pas envie ?
Ce qui fait la force de Rougemuraille, son attrait principal, si je puis dire, câest la combinaison entre des animaux vaguement anthropomorphes et une Angleterre basse-mĂ©diĂ©vale voire de la premiĂšre modernitĂ© prĂ©-RĂ©forme. Moi qui suis un fan du Robin des Bois de Disney, jâen suis ravi !Â
Le soucis, câest quâaucun de ces deux aspects ne semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© jusquâau bout, ce qui crĂ©e un certain nombre de confusions, dâincohĂ©rences et dâanachronisme.
Sur le plan historique, dâune part, le roman collectionne les anachronismes. Cela ne me gĂȘnerait pas dans un univers purement fantasy, mais comme je lâai dit, il nous pose un contexte rĂ©aliste historique : on est en Angleterre, on sait que la France existe puisquâon nous la mentionne, on sait que le monastĂšre de Rougemuraille est dâobĂ©dience catholique et quâon y prie la Vierge et JĂ©sus. Le roman cherche Ă recrĂ©er un rĂ©alisme mĂ©diĂ©val, mais malheureusement ne va pas jusquâau bout. Ainsi, les personnages mangent avec une fourchette alors que celle-ci ne se diffuse dans la sociĂ©tĂ© quâau XVIIIe siĂšcle. Avant cela, elle reste lâapanage exclusif des cours royales. La nourriture qui est consommĂ©e ne fonctionne pas du tout, il sâagit essentiellement de produits dâimportation amĂ©ricaine qui nâĂ©taient pas encore consommĂ©s Ă lâĂ©poque : la pomme de terre et la tomate par exemple. Le roman commence par un grand repas organisĂ© Ă lâabbaye oĂč tout le village semble ĂȘtre conviĂ©, ce qui donne lieu Ă des aberrations comme par exemple le fait que les hommes, dans lâabbaye, soient mĂ©langĂ©s aux femmes, ou bien quâon laisse performer des saltimbanques (dont un illusionniste !!) dans lâabbaye .Â
Et parfois, certains Ă©lĂ©ments nous sortent complĂštement de ce bas Moyen Ăge anglais rĂ©aliste, comme par exemple lorsque lâabbĂ© nous parle tantĂŽt de Dieu, tantĂŽt des dieux, comme si lâauteur Ă©tait incapable de se dĂ©cider entre un univers de fantasy et un univers rĂ©aliste.Â
Bref, mĂȘme si la saga Rougemuraille a le potentiel dâintroduire un jeune lectorat Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale, elle Ă©choue Ă cela Ă cause de son aspect incomplet. Ces romans utilisent des lieux communs ahistoriques concernant la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale afin de crĂ©er un contexte exotique mais pas trop quand mĂȘme, qui reste familier de ce que le lectorat croit connaĂźtre sur la pĂ©riode, mais elle demeure en fin de compte une introduction superficielle Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous conseille lâarticle de Cynthia Rostankowski publiĂ© en 2003, The Monastic Life and the Warrior's Quest: The Middle Ages from the Viewpoint of Animals in Brian Jacques's Redwall Novels.
Cette indĂ©cision se sent Ă©galement dans tout ce qui touche Ă lâanimalitĂ©. Les tailles nâont aucun sens. Par exemple, on nous explique que 400 rats sont stationnĂ©s Ă lâĂ©glise Saint-Ninien, une petite Ă©glise de campagne, ce qui signifie que lâĂ©glise est Ă taille humaine et que les animaux ont des tailles dâanimaux. Mais un peu plus tard, ces mĂȘmes rats sont dĂ©crits comme montant Ă cheval - des chevaux adaptĂ©s Ă leur taille, jâentends.Â
Parfois, tout le monde a lâair de faire plus ou moins la mĂȘme taille, comme sur cette charte :
Mais parfois, la différence de taille est vraiment tangible, comme ici.
Et malheureusement, je trouve que ces inconsistances rendent difficiles le fait de se projeter dans cet univers : comment le faire quand tout change en permanence, quand on nâest jamais sĂ»r-e ne serait-ce que de la taille des personnages les uns par rapport aux autres ?
III. Des personnages trop souvent sans saveur
Je vais dĂ©jĂ commencer par le protagoniste, la souris Mathieu, novice de Rougemuraille qui se dĂ©couvre un lien avec le fondateur de lâordre, le guerrier lĂ©gendaire Martin. Je... nâaime pas Mathieu pour de multiples raisons, la principale Ă©tant quâil est un Gary Stu. Il est lâElu et ça sort de nulle part, il nâa pas le moindre dĂ©faut, il passe de souris timide Ă super guerrier de ouf sans transition, tout le monde lâaime, il contre les plans de Cluny sur des pressentiments...
Est-ce que vous voyez son sourcil droit se froncer, alors quâil essaie de paraĂźtre gentil et inoffensif ? Ton numĂ©ro ne marche pas avec moi, Mathieu !
Je nâaime pas du tout sa relation Ă Florine, une villageoise de lâĂąge de Mathieu et son intĂ©rĂȘt romantique. Je la trouve dâune part inconsistante, comme si lâauteur ne savait pas trĂšs bien quel Ă©tait le rapport entre ses personnages et que leur relation changeait dâune scĂšne Ă lâautre. Et dâautre part, est-ce que câĂ©tait nĂ©cessaire de coller une romance Ă un futur moine ? Câest super forcĂ©, on dirait que lâauteur voulait Ă tout prix caser un personnage romançable, mais sans faire lâeffort de dĂ©velopper ladite romance.Â
En vrai jâai bien envie de voir le dessin animĂ©, leur romance y a lâair un peu plus intĂ©ressante...
Je trouve aussi super malaisant la façon quâont les personnages de « sexualiser » constamment Mathieu et Florine, en mode « regardez on dirait un couple sâoccupant de leurs bĂ©bĂ©s » lorsquâils sont avec les jumeaux Souricis. Ce sont des enfants... ils ont 13 ans !! Câest pas mignon du tout de les imaginer avec des gosses Ă leur Ăąge...
Les autres personnages secondaires sont sympathiques, sans plus. Un seul est vĂ©ritablement au dessus du lot : Basile LeliĂšvre-Cerf. Il est stylĂ©, grandiloquent, drĂŽle, et câest le plus caractĂ©risĂ© dans ses dialogues !
Ne déborde-t-il pas de charisme ?
Lâautre grand dĂ©faut, câest Cluny. Cluny est un mĂ©chant clichĂ© et sans aucune perspective. Je rigole pas, son objectif câest, comme Ă©noncĂ© par lui-mĂȘme, dâavoir un domaine avec des esclaves qui le servent, et son moyen pour y parvenir câest de tuer tout le monde... Moins creusĂ©, comme objectif, tu meurs !! Tous les antagonistes sont extrĂȘmement dĂ©cevants. Ils sont tellement tous montrĂ©s comme bĂȘtes, incapables et dĂ©sunis que câest Ă se demander comment ils en sont arrivĂ©s jusque lĂ , et en quoi ils reprĂ©sentent vraiment une menace...
GREUHAHAHEUEHAHEUHHEU JE SUIS MĂCHAAAAANT.
Bref, pour rĂ©sumer : un premier tome (ou un dĂ©but de tome) plutĂŽt plat, qui manque cruellement dâenjeux, et qui est dâautant plus dĂ©cevant quâil Ă©tait prometteur.
Ma note : 3/20.
Bérénice
Auteur : Jean Racine
Maison dâĂ©dition : Belin / Gallimard
Date de publication : 2017 (édition), 1670 (originale)
Nombre de pages : 159
Genre : théùtre, tragédie
___________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Que c'est beau ! Contrairement Ă PhĂšdre, lâautre piĂšce de Racine que jâavais lu juste avant BĂ©rĂ©nice, y a ici un enjeu tangible : la lĂ©gitimitĂ© chancelante dâun jeune empereur qui doit renoncer Ă son amoureuse de longue date pour respecter les lois de son peuple. Et quelle amoureuse ! BĂ©rĂ©nice est badass, fiĂšre, elle connait sa valeur et ne se laisse pas marcher sur les pieds par son mec qui change dâavis comme de chemise, tout empereur des Romains fut-il. Les personnages en gĂ©nĂ©ral sont trĂšs vivants, trĂšs profonds, trĂšs attachants.Â
Sauf peut-ĂȘtre... Antiochus. Je lâai trouvé insupportable. Antiochus est dĂ©crit comme un amant maudit qui reste lâami fidĂšle de BĂ©rĂ©nice et Titus, mĂȘme sâil est amoureux de BĂ©rĂ©nice, mais il a quand mĂȘme des grosses « nice guy vibes », genre le gars tout son stratagĂšme câest dâĂȘtre lĂ pour BĂ©rĂ©nice pendant quâelle se remet de son chagrin dâamour pour pouvoir la pĂ©cho ensuite, et il se vexe quand elle le rejette alors quâil vient littĂ©ralement lui annoncer quâelle se fait larguer ? Il est tellement intĂ©ressĂ© !
Mais bon, mĂȘme lui nâest pas complĂštement Ă jeter : Antiochus se remet en question et la piĂšce nous montre quâil Ă©tait surtout sous la mauvaise influence de Paulin.
Bref, une trÚs belle tragédie.
Ma note : 14/20.
PhĂšdre
Auteur : Jean Racine
Maison dâĂ©dition : Belin / Gallimard
Date de publication : 2015 (édition), 1677 (originale)
Nombre de pages :Â 196
Genre : théùtre, tragédie
___________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
PhĂšdre est une piĂšce magnifiquement Ă©crite, avec des personnages intenses - mon chouchou reste Hippolyte, qui est un bon gars dans ses actions malgrĂ© ce que tout le monde dit sur lui, et qui a de trĂšs jolies tirades. Sa relation Ă PhĂšdre est trĂšs intĂ©ressante : elle est certes techniquement sa belle-mĂšre, mais ils ont le mĂȘme Ăąge, ils ne se sont jamais rencontrĂ©s, et il nây a aucun rapport de force entre eux.Â
Par contre... tant de drama pour au final pas grand chose ! Mais bon, c'est souvent le propre de la tragédie...
Ma note :Â 13/20.
Mélusine, tome 6 : Farfadets et korrigans
Auteurs : Clarke et François Gilson
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 1999
Nombre de pages : 46
Genre : BD, humoristique, fantastique
___________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Une BD inventive et amusante, dont l'humour repose souvent sur des décalages : parfois, ça marche, et parfois, ça tombe à plat. Il y a moins de male gaze sur ce tome que sur les volumes précédents (c'était déjà le cas au tome d'avant), mais il y en a toujours un peu, c'est dommage.
Ma note : 9/20.
Mélusine, tome 5 : Philtres d'amour
Auteurs : Clarke et François Gilson
Maison dâĂ©dition : Dupuis
Date de publication : 1998
Nombre de pages : 48
Genre : BD, humoristique, fantastique
___________________________________________________________
Ce quâen pense Naviss :
Imaginatif et cocasse, jâai apprĂ©ciĂ© retrouver MĂ©lusine dans ce tome, mĂȘme si lâhumour tombe parfois un peu Ă plat. Beaucoup moins dâhypersexualisation dans ce tome : mĂȘme sâil y en a toujours un peu avec la GĂŒdrĂŒn, câest bien moins prĂ©sent que prĂ©cĂ©demment. Un extra point pour cette planche, dont lâhistoire est ma prĂ©fĂ©rĂ©e :
Ma note :Â 10/20.
AMERICAN ROYALS : Uchronie problématique, mais surtout ratée
American Royals tome 1
Autrice : Katharine McGee
Maison dâĂ©dition : Lumen
Date de publication : 2019
Nombre de pages : 562
Genre : Romance, uchronie
______________________________________________________________
Ce quâen pense Seli :
Mon titre donnant la couleur, je me permet de commencer cette chronique en rĂ©pondant Ă la question prĂ©sente sur la couverture françaiseâŠ
âEt si une famille royale rĂ©gnait sur les Etats-Unis ?â Apparemment les changements seraient relativement mineurs⊠Dommage que les Ă©ditions Lumen aient ajoutĂ© cette phrase Ă leur marketing car elle met clairement en avant le plus gros dĂ©faut du roman quâil comptent vendre⊠et focalise lâattention des lecteurices, notamment la mienne, sur cet aspect avant mĂȘme de lire la premiĂšre page. Je nâai aucune formation dâĂ©ditrice, mais jâaurai trouvĂ© plus judicieux de vendre avant tout lâaspect bling bling et glamour⊠comme le fait lâillustration quoi ! Car sans le titre, rien ne nous indique que cette dame est de sang bleu, simplement cĂ©lĂšbre et glamour.
Je vais dĂ©couper cette critique en plusieurs parties thĂ©matiques histoire de ne pas partir dans tous les sens comme dans cette introâŠ
Bref, je tiens quand mĂȘme Ă vous avertir de deux choses avant de commencer Ă dĂ©monter ce roman (la lecture a Ă©tĂ© une sĂ©rie presque ininterrompue de facepalm, je dois extĂ©rioriser !) :
Comme toujours, je vais pas mal spoiler, et mĂȘme aller au fond des dĂ©tails de certains passages. Je vais dĂ©voiler la fin ainsi que la plupart des retournements de situation. Je vous rassure, si vous voulez le lire, ce sera toujours lisible aprĂšs, lâintĂ©rĂȘt du roman ne repose pas tant sur ses retournements que sur ses personnages.
Si vous avez lu et aimĂ© ce livre, je ne pense pas que cette critique soit pour vous. DĂ©jĂ parce que je vais en dire beaucoup de mal avec pas mal dâironie et sans doute un peu de condescendance. Et ensuite car ce qui mâa gĂąchĂ© ma lecture, ce ne sont pas tant les personnages et les retournements (je crois comprendre que beaucoup les ont aimĂ©s) mais bien la cohĂ©rence interne et la construction de lâunivers uchronique. Quand je lis une fiction, jâai deux principaux critĂšres : un univers crĂ©dible et bien construit (surtout en fantasy et sf) et un univers historique dĂ©taillĂ© et crĂ©dible (surtout en littĂ©rature contemporaine et bien Ă©videmment historique). Malheureusement pour lui, American Royals se retrouve Ă lâintersection des deux, ce qui mâa donnĂ© envie de le lire. Et jâai vite compris quâaucun de ces deux critĂšres nâĂ©tait satisfaisant Ă mes yeux. Donc si vous ne voulez pas que je gĂąche Ă mon tour vos souvenirs de lecture (ce que je comprends parfaitement, jâai tendance Ă le faire aussi), passez votre chemin.
Sur ce commençons :
Partie I. Le fond historique
Evacuons tout de suite la critique facile : non le prĂ©mice, Ă savoir que Georges Washington aurait fondĂ© une dynastie royale plutĂŽt quâune dĂ©mocratie, ne me pose aucun problĂšme. Câest la base de lâhistoire, et selon les sources que jâai pu trouver, ce nâest pas aussi improbable quâon pourrait le croire. Mais je comprend que certains lecteurices Ă©tatsuniens trĂšs attachĂ©s Ă leurs PĂšres Fondateurs lâaient mal pris⊠Cette idĂ©e est intĂ©ressante, et pour une nation aussi impĂ©rialiste que les Etats-Unis, je trouvais mĂȘme que câĂ©tait une réécriture qui pouvait mĂȘme se muer en pastiche ou en parodie.
Non, ce qui mâa posĂ© problĂšme vient juste aprĂšs, dans la premiĂšre partie du livre oĂč on nous prĂ©sente cette rĂ©alitĂ© parallĂšle. DĂ©jĂ , dâun point de vue gĂ©nĂ©ral, mis Ă part le fait quâune famille royale rĂšgne sur les Etats-Unis, rien ne semble avoir vraiment changĂ©, le quotidien des personnages nous reste trĂšs familier. Câest lĂ que jâai eu un mauvais pressentiment. Et arrive ensuite les vrais points problĂ©matiques qui ont immĂ©diatement cassĂ© mon immersion.Â
La géopolitique mondiale
Selon le roman, le fait que les Ătats-Unis soient devenus une monarchie a empĂȘchĂ© la plupart des monarchies dâEurope de tomber. Seulement, comme le roman ne fournit aucune explication, je nâai pas manquĂ© de hausser un sourcil. Si on dĂ©passe le constat chauvin bien Ă©tatsunien quâen tant que superpuissance actuelle il en a toujours Ă©tĂ© ainsi, et le rĂ©flexe presque pavlovien des français de dĂ©fendre leurs exceptions historiques, ça ne tient tout de mĂȘme pas vraiment debout. Sont nommĂ©es plus spĂ©cifiquement les rĂ©volutions françaises (1789) et russes (1917), qui ne sont jamais survenues, permettant aux Bourbons et aux Romanov de rĂ©gner encore en 2019.
DĂ©jĂ , le fait que la rĂ©volution amĂ©ricaine ait lieu avant ne signifie pas forcĂ©ment quâelle a influencĂ©e dâautres nations. Câest un raccourci qui simplifie Ă lâextrĂȘme les mĂ©canismes dâune rĂ©volution politique.
Ensuite, si on peut en effet affirmer que la participation du Royaume de France Ă la cause Ă©tatsunienne a vidĂ© les caisses de lâĂ©tat et engendrĂ© une crise ayant menĂ© Ă la convocation des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, ce nâest quâun Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur parmi tant dâautres. Comme la philosophie des LumiĂšres, la contestation des prĂ©rogatives du clergĂ© et de la noblesse, des luttes intestines entre la noblesse terrienne et les nouvelles Ă©lites nĂ©gociantes, etc. De toute façon, si on suit le roman, la rĂ©volte a bien eu lieu donc la France serait de toute façon dans la mĂȘme situation, aussi bien dans notre rĂ©alitĂ© que dans lâuchronie. Rappelons Ă©galement que la France nâa pas connu quâun seul renversement de la monarchie, mais bien cinq (toutes causes confondues), qui ont Ă chaque fois conduit Ă dĂ©poser un roi ou un empereur. Donc pour affirmer que lâinstauration dâune monarchie Ă©tatsunienne a prĂ©servĂ© la monarchie absolue en France, il faut soit réécrire entiĂšrement lâhistoire de la rĂ©volution soit mĂ©connaĂźtre complĂštement cette histoire.
De mĂȘme pour la rĂ©volution russe, bien plus lointaine car ayant eu lieu plus de cent ans aprĂšs la crĂ©ation des Etats-Unis. MĂȘme en admettant quâune monarchie Ă©tatsunienne existe, rien ne prouve quâelle a pu contribuer Ă garder les Romanov sur le trĂŽne de Russie. Dâailleurs, cette affirmation baigne dans un flou total : y a t-il eu une premiĂšre guerre mondiale ? Les Etats-Unis y ont-ils pris part ? Les alliances royales Ă©tasuniennes ont-elles interfĂ©rĂ© avec la gĂ©nĂ©alogie des tĂȘtes couronnĂ©es du vieux continent ? Comme aucune rĂ©ponse nâest apportĂ©e et que le roman nous prĂ©sente un monde proche du notre, cela non plus ne paraĂźt pas crĂ©dible. Si la premiĂšre guerre mondiale a vu chuter de nombreuses monarchies qui paraissaient inĂ©branlables, ce nâest pas un hasard de lâHistoire : cette guerre a Ă©tĂ© un catalyseur de toutes les dissensions sociales internes. Les russes ne se sont pas rĂ©veillĂ©s un matin de guerre en rĂ©alisant quâils dĂ©testaient leur Tsar, mais bien parce que ces tensions Ă©taient dĂ©jĂ bien prĂ©sentes avant. MĂȘme la monarchie britannique qui paraĂźt de nos jours si forte y a laissĂ© des plumes. Rappelons enfin que les Ătats-Unis sont restĂ©s trĂšs en marge des conflits europĂ©ens pendant plus dâun siĂšcle (lâinverse nâest pas vraie) et quâils ne se sont engagĂ©s dans la guerre que bien aprĂšs. Que ce soit dans notre rĂ©alitĂ© comme dans lâuchronie, si les Ătats-Unis ont eu une quelconque influence sur la rĂ©volution russe, elles ne peut ĂȘtre que minime.
Cependant, mĂȘme si jâai lâair de chipoter, ces omissions ne perturbent pas la crĂ©dibilitĂ© du roman dans son ensemble, ce ne sont que des points de dĂ©tail. On peut y voir une petite maladresse de la part de lâautrice qui voulait focaliser son rĂ©cit sur autre chose. A part heurter les oreilles fragiles des amateurs dâhistoire (comme moi) et des nationalistes français et russes (pas comme moi), il nây a rien de vraiment gĂȘnant (ça se voit que je prend des pincettes pour nuancer mes propos avant de balancer du lourd ?).
Le génocide des natifs américains
Mon deuxiĂšme haussement de sourcils vient dâun autre point de dĂ©tail, mais cette fois ci les implications sont rĂ©ellement problĂ©matiques. Lors dâune cĂ©rĂ©monie oĂč le roi dĂ©cerne des titres honorifiques aux citoyens mĂ©ritants, toute la noblesse est prĂ©sente et sont mentionnĂ©s deux personnages : les fils de deux duchĂ©s amĂ©rindiens, le duchĂ© Sioux et le duchĂ© Iroquois. Juste avant, on nous parle dâun certain comte de Huron, au nom atrocement anglophone⊠et si vous savez un peu ce qui est arrivĂ© Ă tous ces peuples vous devez commencer Ă deviner le problĂšme. Quâavons nous ici ? Une autrice qui nous indique donc quâĂ un moment donnĂ©, deux peuples amĂ©rindiens (ou natifs) (je dis peuple mais Sioux et Iroquois sont des noms donnĂ©s par les colons blancs qui ont mis dans le mĂȘme panier des tas de cultures vaguement semblables) ont reçu de la part du roi des terres Ă administrer. Lâintention est claire, réécrire une partie du gĂ©nocide amĂ©rindien pour en proposer une version oĂč ça se finit « mieux » pour les populations concernĂ©es (et je dis mieux seulement, car on va voir ce que ça implique tout de suite). Lâobjectif est aussi de nous rendre ce systĂšme monarchique plus sympathique, et on verra encore Ă plusieurs reprises que câest une corde dont lâautrice aime bien user mais qui cause encore plus de soucis.
Petit rappel histoire de voir oĂč on met les pieds : les premiers colons blancs ont commencĂ© le gĂ©nocide. Les Etats-Unis lâon poursuivi jusquâĂ nos jours !
Reprenons⊠les peuples iroquois sont en contacts avec les europĂ©ens depuis le dĂ©but de la colonisation en AmĂ©rique du nord, le territoire quâils occupaient Ă lâorigine correspondant au nord est du pays, plus une partie du sud du Canada. Les problĂšmes de voisinages ont commencĂ© dĂšs lors, de mĂȘme que le vol progressif des terres aux populations natives et les affrontements de colons par tribus natives interposĂ©es (coucou la guerre de sept ans). On en est a peu prĂšs lĂ au moment de la guerre dâindĂ©pendance. Donc George Washington, dans son infinie bontĂ© (je rappelle que la monarchie est censĂ©e ĂȘtre trĂšs positive dans ce roman) accorde Ă des populations qui Ă©taient lĂ depuis bien plus longtemps un territoire donnĂ©, mais sous son autoritĂ©. Vous me direz, câest mieux que ce quâils ont eu. Oui, mais ça reste quand mĂȘme du vol, de la colonisation pure et simple. Ajoutez Ă cela que le mot iroquois est un terme occidental inventĂ© de toutes piĂšces pour dĂ©signer six peuples diffĂ©rents. Ce qui signifie que ce bon George a imposĂ© Ă son duc de nommer son duchĂ© Iroquois (et non Haudenosaunee, le mot iroquois correspondant), un terme qui correspond vaguement Ă sa culture, et surtout une forme de gouvernement vaguement fĂ©odale qui ne cadre pas du tout avec ladite culture. Et on est censĂ© trouver ça positif ? Câest mieux que la rĂ©alitĂ© oui, mais mieux que pire, est-ce que ça en fait quelque chose de bien ?
Et les Sioux ? Comme les Iroquois, il ne sont pas un peuple uni mais plutĂŽt une catĂ©gorie faite par les colons pour rassembler des peuples partageant des langues proches. Leur nom en lui-mĂȘme serait dĂ©rivĂ© dâun mot ojibwĂ© qui signifie « petit ennemi » utilisĂ© par les français, quâils ont finit par adopter Ă leur tour. Si colons et Sioux se connaissent depuis le XVIIĂšme siĂšcle, les conflits territoriaux Ă©mergent aux alentours de 1830, quand une route de migration est installĂ©e par les blancs vers lâactuel Oregon. Ils y mettent un bazar par possible et transmettent aux natifs le cholĂ©ra, crĂ©ant une vĂ©ritable Ă©pidĂ©mie qui dĂ©cime plusieurs tribus. Voyant leur territoire menacĂ©, ils signent un traitĂ© et dĂ©limitent des frontiĂšres en accord avec le gouvernement Ă©tatsunien. La suite, on la connaĂźt. Ce traitĂ© ne sera jamais respectĂ©, leurs terres seront spoliĂ©es sous divers prĂ©textes. MĂȘmes les soulĂšvements pacifiques seront rĂ©primĂ©s dans le sang et aujourdâhui, les Sioux vivotent dans des rĂ©serves, certains peuples ayant presque disparus. Et des gens hĂ©sitent encore Ă parler de gĂ©nocide ?Si on reprend le roman, la majeure partie des contacts entre Sioux et Ă©tasuniens dĂ©butent aprĂšs que les Ătats-Unis soient devenus une monarchie. Le territoire des Sioux nâappartenait alors Ă©videmment pas aux Ătats-Unis. Ce qui signifie que dans un soucis dâexpansion, le Royaume sâest Ă©tendu et a occupĂ© des terres Sioux, les ont sans doute militairement dĂ©faits, on colonisĂ© leur territoire et ont placĂ© ce territoire sous leur joug. Comme pour le duchĂ© Iroquois, le nom de duchĂ© Sioux nie Ă la fois toute une culture linguistique (eux mĂȘmes se nomment Oceti sakowin oyate) et politique (ce nom faisant rĂ©fĂ©rence aux sept peuples). On peut tourner ça comme on veut, on est sur de la colonisation pure et dure avec en prime une politique dâacculturation trĂšs claire.
Vous vous souvenez du dĂ©nommĂ© comte de Huron ? Ce noble a priori blanc que jâĂ©voque au dĂ©but ? Et bien Huron est le nom donnĂ© par les blancs Ă un autre groupe de peuples natifs, les Wendats. Eux semblent avoir eu moins de chance car on a repris le nom attribuĂ© de leur peuple pour nommer le comtĂ© et leur dirigeant est un bon Ă©tasunien de souche avec un nom bien anglophone. Supposons tout de mĂȘme que ledit comte ne soit pas blanc mais issu du peuple Wendat (aprĂšs tout, on a aucune description physique), sa famille a subit une telle dĂ©possession de sa culture que son nom a dĂ» changer. Eux nâont mĂȘme pas eu la chance dâavoir un semblant de souverainetĂ© sur ce qui Ă©tait jadis leur territoire.
Plus loin dans lâhistoire, le roi Ă©voque que les DuchĂ©s Sioux et Iroquois ont Ă©tĂ© Ă©tablis grĂące aux efforts dâun certain Red Fox James. Ce dernier a vraiment existĂ©, mais Ă©tait issu du peuple Blackfoot (Niitsitapi dans leur langue), donc rien Ă voir avec les Sioux ou les Iroquois. Si on rĂ©sume, cet homme sâest donc battu pour la reconnaissance des peuples natifs au sein du royaume Etats-Unis et a obtenu des terres pour quelques peuples⊠le sien nâĂ©tant pas inclus et toujours sous la domination a priori de nobles blancs. Il a du finir sa vie de façon bien amĂšre. Cette simple mention dĂ©montre quand mĂȘme dâun manque de recherche et de sensibilitĂ© assez Ă©vident.
Au delĂ du parti pris Ă©thiquement trĂšs discutable de réécrire lâhistoire dâun gĂ©nocide pour mieux reprĂ©senter celui qui lâa perpĂ©trĂ© (mĂȘme si câest une forme fictive, lâĂ©tat concernĂ© existe bel et bien), quâest-ce que cela nous apprend sur cette merveilleuse monarchie ? Que câest un Ă©tat colonial qui utilise les Ă©lites de peuples dominĂ©s pour asseoir sa domination. LâidĂ©e de ârendre justiceâ aux natifs est louable, mais y rĂ©flĂ©chir plus de cinq minutes fait se rendre compte de lâaberration créé, Ă peine plus positive que la rĂ©alitĂ©. Tout pour montrer que dans cette uchronie, les Ătats-Unis se sont montrĂ©s plus « justes » avec les natifs. Imaginez donc quelquâun Ă©crire une uchronie similaire, mais Ă propos du gĂ©nocide juif. Lâauteurice serait immĂ©diatement appelĂ© antisĂ©mite Ă vouloir modifier ainsi lâhistoire de ce gĂ©nocide et Ă raison. Il est vrai que les deux ne sont pas entiĂšrement similaires en terme de moyens, mais les visĂ©es Ă©taient tout de mĂȘme proches : dĂ©truire des peuples qui « gĂȘnaient » lâexpansion dâautres peuples dominants.
Cependant, dans un autre point de dĂ©tail, on nous rĂ©vĂšle quâil y a dans les joyaux de la couronne une couronne âimpĂ©rialeâ. Ce qui signifie que les Etats-Unis se sont revendiquĂ©s Ă un moment donnĂ© comme un Empire. Si on compare aux autres empires ayant existĂ©, et Ă lâinfluence principale de lâautrice, Ă savoir la monarchie Anglaise, on est donc bien sur une monarchie anciennement impĂ©riale qui basait sa puissance sur les colonies. Cette simple mention tend Ă confirmer toutes mes hypothĂšses sur le gĂ©nocide des natifs dans cet univers. Lâautre soucis est que durant mes recherches, jâai lu que ces mentions des duchĂ©s natifs Ă©taient absentes des premiĂšres versions du roman (je nâai trouvĂ© quâun commentaire sur goodreads donc jâai peut-ĂȘtre tort), ce qui signifie quâelles ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es pour Ă©viter toute critique sur lâinvisibilisation des natifs. Ce nâest pas trĂšs flatteur pour lâautrice si câest vrai, mais dans tout les cas la version finale nâest pas beaucoup plus flatteuse.
Cependant, tout cela pouvait marcher. AprĂšs tout, les Ătats-Unis Ă©tant un Ă©tat impĂ©rialiste, sa version monarchique pouvait tout aussi bien avoir les mĂȘmes problĂšmes. Simplement, ce nâest pas dĂ©crit ainsi dans le livre. Le roman ne nous dĂ©peint que les aspects positifs de ce rĂ©gime, sans discours critique sur ses institutions. Lâautrice dit en interview sâĂȘtre basĂ©e sur les monarchies existantes, mais câest quand mĂȘme omettre ce gigantesque dĂ©tail que les Ătats-Unis et le Royaume-Uni nâont absolument pas eu le mĂȘme dĂ©veloppement entre 1780 et 2019, les monarchies peuvent donc se ressembler, mais en aucun cas au point de rĂ©duire le gĂ©nocide des amĂ©rindiens Ă ce qui est proposĂ©, un dĂ©tail mentionnĂ© pour faire progressiste mais vite occultĂ©. Quelque part, heureusement que la mention des natifs se limite Ă deux noms et une ligne de texte, si lâautrice avait creusĂ© plus profondĂ©ment, ça serait vite devenu trĂšs moche.
Le mouvement des droits civiques
Cette sous partie sera rapide (ou pas), car la condition des afro-amĂ©ricains est Ă peine plus Ă©voquĂ©e que celle des natifs (oui je saisâŠ), ce qui fait un peu mal aux fesses au vu de la visibilitĂ© de leurs combats et du contexte oĂč le roman Ă Ă©tĂ© publiĂ© (les tensions internes liĂ©es au violences policiĂšres sur les personnes noires sont des questions brĂ»lantes depuis au moins 2015). Mais quelles sont ces mentions ?
Le fait quâĂ un moment donnĂ©, un roi Ă©tatsunien a aboli lâesclavage, mais on ne sait pas prĂ©cisĂ©ment quand, ni pourquoi. Il est sous-entendu que câest une question de bon sens. On est sur un anachronisme trĂšs connu des historiens oĂč on plaque sur notre passĂ© des considĂ©rations actuelles. De nos jours, il nous parait Ă©vident que lâesclavage est un crime contre lâhumanitĂ©, mais pour nos ancĂȘtres non, la preuve il y a bel et bien eu de lâesclavage. Cette simple idĂ©e efface aussi au passage tous les combats des esclaves et de certains pĂšres fondateurs pour lâabolition. Alors oui, le livre nous indique que Georges Washington nâa pas pu abolir lâesclavage comme il le souhaitait (ça correspond plutĂŽt bien Ă nos connaissances historiques sur la fin de vie du prĂ©sident), mais câest bien quâil y avait des pressions non ? Ce nâest pas juste une question de bon sens ! Il faut tout de mĂȘme prĂ©ciser que la jeune monarchie (ou dĂ©mocratie, dans ce cas ça revient au mĂȘme) Ă©tait en banqueroute aprĂšs sâĂȘtre dĂ©tachĂ©e de son ancienne mĂ©tropole (dont elle dĂ©pendait Ă©normĂ©ment au demeurant) et que pouvoir compter sur une main dâĆuvre gratuite et corvĂ©able Ă merci a Ă©tĂ© dâune grande aide pour redresser lâĂ©conomie, entre autres choses. Le problĂšme câest que le livre ne se mouille pas et refuse dâaccepter que sa monarchie fictive a appuyĂ© son pouvoir sur lâesclavage (câĂ©tait obligĂ©, pas le choix pour le coup), et a donc Ă©vacuĂ© immĂ©diatement ces considĂ©rations en laissant sous entendre que lâabolition Ă©tait âĂ©videnteâ.
La prĂ©sence dâun noble noir qui danse avec la princesse BĂ©atrice lors dâune soirĂ©e organisĂ©e Ă la cour. Ici, on est sur lâun des grands Ă©carts les plus consĂ©quents que jâai jamais vu ! On passe quand mĂȘme sans Ă©tape intermĂ©diaire entre lâesclavage et la noblesse. Belle progression ! Les droits civiques ? Martin Luther King ? Rosa Parks ? Malcolm X ? Sans doute perdus dans les limbes de lâHistoire. Cela me rappelle diablement la vision du racisme dans la sĂ©rie Bridgerton⊠Petite aparté⊠Cette sĂ©rie se dĂ©roule en 1813 en Angleterre et prend place dans les hautes sphĂšres aristocratiques. Pour pouvoir inclure un casting divers tout en Ă©vitant de froisser les racistes qui viendront Ă©voquer la sacro-sainte âcrĂ©dibilitĂ© historiqueâ pour rĂąler, lâĂ©quipe a créé une mini uchronie oĂč le roi, pour pouvoir Ă©pouser une femme noire dont il Ă©tait amoureux, a abolit lâesclavage et titrĂ© plusieurs familles racisĂ©es, comme le DuchĂ© de Hastings dont le duc est noir. Deux problĂšmes : malheureusement pour eux, cela nâa pas empĂȘchĂ© les racistes de critiquer le casting de la sĂ©rie (dommage, mais câĂ©tait bien tentĂ© de la part de lâĂ©quipe) et en plus cela créé une grosse incohĂ©rence historique. La sociĂ©tĂ© fictive de Bridgerton semble entiĂšrement dĂ©pourvue de racisme (les couples mixtes sont acceptĂ©s sans soucis, il y a de nombreux racisĂ©s parmi la noblesse et les femmes noires ne sont apparemment pas forcĂ©es de se plier aux critĂšres de beautĂ© blancs), sauf que abolir les discriminations politiques comme lâesclavage ne fait pas disparaitre le racisme. Regardez notre rĂ©alitĂ© : lâesclavage est abolit en France et aux Etats-Unis depuis plus de 150 ans et pourtant le racisme est encore omniprĂ©sent. Dans American Royals câest pareil, sauf quâaucun effort nâa Ă©tĂ© fait pour tenter dâexpliquer cet Ă©tat de fait. Pour le peu quâon sache, le racisme sâest effacĂ© tout seul comme un grand, parce que le racisme câest maaaaaaaal, câest du âbon sensâ. On retombe sur exactement les mĂȘmes problĂšmes.Â
Quâen dire ? Au mieux câest maladroit, au pire câest irrespectueux. Je ne remet pas en cause les opinions de lâautrice, je pense quâelle nâa pas pensĂ© Ă mal, mais dans ce cas, ils Ă©taient oĂč les bĂ©tas lecteurs, les Ă©diteurs pour lui expliquer ? Apparemment la suite inclus un personnage principal noir, donc câest corrigĂ©. Je pensais quand mĂȘme important de mentionner ce manqueâŠÂ
Est-ce important ?
On peut lĂ©gitimement se poser la question. Câest un roman aprĂšs tout, pas un traitĂ© dâHistoire de la RĂ©volution AmĂ©ricaine, donc mon dĂ©veloppement pourrait ĂȘtre totalement hors-sujet. La professeur dâHistoire en moi aurait envie de hurler : âOui ! Bien sur que câest important, quand on joue avec lâHistoire, on fait un minimum attention !â Mais vu quâil sâagit dâune critique littĂ©raire, je vais me baser sur un point de vue littĂ©raire.Â
Ce roman ne se revendique pas un rĂ©cit fantasque sur une monarchie fictive (auquel cas, toute cette critique nâaurait pas lieu dâĂȘtre), mais bien une uchronie : un prĂ©sent alternatif basĂ© sur des Ă©vĂ©nements historiques divergents. Jâai lu quelques interviews de Katharine McGee, et nulle part je nâai vu de malveillance. Un peu de naĂŻvetĂ© peut-ĂȘtre, et une sincĂšre envie de sâamuser avec un concept qui lui plaisait. Cependant, câest oublier quâon parle de sujets sĂ©rieux et que malgrĂ© toutes ces bonnes intentions, elle a complĂštement réécrit lâhistoire dâun pays sans rĂ©elle structure ou recul critique. Cela créé des incohĂ©rences, mais surtout si on se penche sur les informations donnĂ©es : cela donne Ă son contexte un fond nausĂ©abond Ă base de colonisation, dâacculturation, dâexploitation et de gĂ©nocide Ă peine mieux que ce que nous avons vraiment eu. Avec un petit travail de réécriture, on aurait pu lâĂ©viter. Ce livre est problĂ©matique, et au vu de certaines critiques lues, certains lecteurices concernĂ©s lâont aussi trouvĂ©, notamment une qui qualifiait le fĂ©minisme de ce livre de fĂ©minisme blanc, excluant le reste du spectre, et au vu de ce que montre le livre, je peux difficilement lui donner tort. Je reviendrai sur les conclusions militantistes dans une autre partie. Nous sommes ici sur des considĂ©rations Ă©thiques. Quels sont les messages vĂ©hiculĂ©s par ce roman ? Que lâhistoire des natifs et des noirs nâest quâun dĂ©tail quâon peut Ă©vacuer comme cela au sein dâune fiction au profit de lâĂ©tat qui les a oppressĂ© pendant des siĂšcles.Â
Le plus dommage sur ce roman, câest que ces Ă©cueils auraient pu ĂȘtre Ă©vitĂ©s trĂšs facilement. Toutes les informations que jâai trouvĂ© sur les Sioux, les Iroquois, Red Fox James, Washington ou lâesclavage, celles que jâai citĂ© dans cette partie, je ne les ai pas trouvĂ©es sur PersĂ©e. Non, je les ai trouvĂ©es sur WikipĂ©dia. Comme quoi il aurait Ă©tĂ© facile de se documenter un peu pour Ă©viter les raccourcis historiques (relativement inoffensifs) et le rĂ©visionnisme (largement moins inoffensif). Oui, toute forme dâuchronie est rĂ©visionniste, mais de lĂ Ă utiliser les cultures opprimĂ©es pour montrer Ă quel point la monarchie qui les a assimilĂ©es est trop bien, je trouve ça affolant. Chers lecteurices qui se sont sentis offensĂ©s, je comprend tout Ă fait !
Partie II. Une monarchie pas trop beaucoup parlementaire
Les principaux problĂšmes historiques ayant Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©s, penchons nous Ă prĂ©sent sur lâautre grosse faiblesse de lâunivers dâAmerican Royals : la description de sa sociĂ©tĂ© Ă©tatsunienne sous une monarchie. Câest lĂ que les inspirations de lâautrice sont rapidement limitĂ©es, car il est clair quâelle a Ă©tĂ© dĂ©chirĂ©e entre lâenvie de crĂ©er un univers inspirĂ© de la monarchie britannique (plusieurs chapitres concernant la princesse BĂ©atrice sont extrĂȘmement rĂ©miniscents de The Crown) et son envie de raconter une histoire bien plus lĂ©gĂšre, bien plus soap, plein de drames et de passions entrecroisĂ©es. Le soucis, câest quâen refusant de trancher en faveur de lâun ou de lâautre, on se retrouve avec un entredeux un peu Ă©trange qui a selon moi un des pires dĂ©fauts de worldbuilding : le flou le plus total et ses consĂ©quences. Tout est si emmĂȘlĂ© dans ce roman que je mâexcuse par avance si cette partie est un peu bordĂ©lique.
Militer et lutter pour ses droits
Jâen ai dĂ©jĂ beaucoup parlĂ© dans la premiĂšre partie, mais je reviens quand mĂȘme un peu dessus. Disons que câest Ă titre de transition.
La sociĂ©tĂ© dâAmerican Royals est une sociĂ©tĂ© multiculturelle Ă lâimage de la notre : existent en son sein une variĂ©tĂ© dâethnies, dâorientations sexuelles et de cultures qui vivent dans une relative harmonie sous lâĂ©gide bienveillante de la monarchie. Elles sont mĂȘme plutĂŽt intĂ©grĂ©es puisque lâune des anciennes chambellan de Sa MajestĂ© est une femme latina ouvertement lesbienne, mariĂ©e avec une autre femme. Cela signifie donc quâil y a eu des luttes sociales et politiques en faveur des droits des femmes, des LGBTQI+ et des personnes latine qui sont parvenues Ă percer jusquâaux plus hautes sphĂšres. Comme dit auparavant, il y a aussi des personnes racisĂ©es dans la noblesse. Je me pose une question tout de mĂȘme... Comment câest arrivĂ©, Ă©tant donnĂ© que le roman nous montre lui-mĂȘme que le racisme est encore bien ancrĂ© dans ce pays ? Et, comme on le verra plus tard, le pays est dâun conservatisme encore bien agressif. Si on se fie aux quelques explications que jâai dĂ©jĂ soulevĂ©es, la solution est venue dâune mesure politique de la monarchie. Un chapitre entier est consacrĂ© Ă la façon dont le roi Ă©coute les critiques de son peuple, ce qui aurait menĂ© entre autres aux duchĂ©s amĂ©rindiens, souvenez vous. On peut supposer quâil en va de mĂȘme pour les droits des femmes et des personnes queer.
Le soucis, câest que ça rĂ©duit des histoires de luttes complexes, jalonnĂ©es dâhorreur perpĂ©trĂ©es par les dominants, Ă de simples remarques qui suffisent Ă changer le monde. Encore un biais actuel plaquĂ© sur le passĂ©, oui, mais avec dâautres consĂ©quences. Interrogez les Afro-amĂ©ricains sur le massacre de Tulsa ou les personnes LGBTQI+ sur Stonewall. La solution aux discriminations et aux violences ne viennent jamais des pouvoirs politiques, bien au contraire, elle vient des gens concernĂ©s qui se battent, se font incarcĂ©rer ou assassiner pour oser revendiquer ces droits. En gĂ©nĂ©ral, la reconnaissance politique sâapplique Ă une sociĂ©tĂ© qui a dĂ©jĂ actĂ© le changement de paradigme, et lĂ , on fait des lois. Aujourdâhui, on enseigne le combat de Martin Luther King dans les Ă©coles, et il nous semble lĂ©gitime dâassurer avec confiance que câĂ©tait un combat juste. Il a quand mĂȘme Ă©tĂ© assassinĂ© pour ses idĂ©es et Ă lâĂ©poque de ses combats, il a Ă©tĂ© vu comme une menace par beaucoup de blancs.
Je me perds sans doute en conjectures, mais on ne peut pas nous prĂ©senter une sociĂ©tĂ© similaire Ă la notre nĂ©e dâune monarchie sans nous donner un minimum de contexte et dâexplications. Le problĂšme vient encore une fois des justifications de lâautrice pour lĂ©gitimer son systĂšme monarchique : le roi est Ă lâĂ©coute et ouverts aux critiques. Sauf quâen montrant cela, encore une fois, on réécrit lâhistoire des groupes dâopprimĂ©s pour amĂ©liorer lâimage de leurs oppresseurs. Expliquer que les droits des gens, câest grĂące au roi et pas grĂące aux manifestations, aux morts et surtout aux personnes concernĂ©es dans un univers si proche du notre, câest un non catĂ©gorique. DĂ©lĂ©gitimer des luttes car âcâest du bon sensâ pour asseoir le peu de lĂ©gitimitĂ© de son systĂšme monarchique, non plus ! En vrai, une phrase dit bien que les contestations naissent âen dehors de la monarchieâ, mais câest vraiment comme balayer les cendres sous le tapis Ă ce niveau tellement câest vague...
Quelle est la légitimité de la monarchie étasunienne ?
Pour commencer simple, disons que la lĂ©gitimitĂ© dâun pouvoir monarchique a souvent une base religieuse. Pour reprendre lâinspiration de lâautrice, Ă savoir la monarchie britannique, la reine est actuellement la cheffe de lâEglise anglicane, une sorte dâĂ©quivalent au pape tout de mĂȘme. Si je reprends lâhistoire de la monarchie que je connais le mieux (la monarchie française), la lĂ©gitimitĂ© du roi vient de son sacre : son autoritĂ© est transmise directement par Dieu durant la cĂ©rĂ©monie. Inaugurons la festival des rĂ©ponses vagues en rĂ©pondant au titre de cette sous-partie. Alors, la lĂ©gitimitĂ© de cette monarchie est-elle religieuse ?
Oui et non.
Ah...
Mais que dit le roman au juste ?
âConstitution amĂ©ricaine. Article I : La Couronne
A la tĂȘte de lâEtat, le roi est le symbole de son unitĂ©, de sa gloire et de sa pĂ©rennitĂ©. Le jour de son intronisation, le roi reçoit la charge divine de gouverner le royaume dans le respect de ses lois et de protĂ©ger les droits de ses sujets. [...]â
American Royals, Page 517 (ebook)
Pas besoin dâexplications, le terme âcharge divineâ est suffisamment clair. Sauf que plus tard...
âDans dâautres pays, les nouveaux souverains Ă©taient couronnĂ©s par des prĂȘtres, dans des Ă©glises. Ce nâĂ©tait pas le cas en AmĂ©rique, oĂč lâEtat restait lâEtat, en dehors de toute entitĂ© religieuse. Ici, les monarques se couronnaient eux-mĂȘmes.â
American Royals, page 636 (ebook)
Pardon ? âReçoit la charge divine de gouverner le royaumeâ câest pas tellement lâEtat sĂ©parĂ© de la religion. Et apparemment cet article de la constitution est encore en vigueur donc... quoi ?! Relire coup sur coup ces deux passage me fait encore me demander comment cette incohĂ©rence a pu passer Ă la relecture. Sans parler de lâorbe crucifĂšre, un symbole religieux trĂšs important, au sein du trĂ©sor de la couronne au mĂȘme titre que la main de la justice, mais bon on est pas Ă un dĂ©tail prĂšs dans ce roman... Au passage, si cette Ă©dition de la constitution est actuelle, la princesse BĂ©atrice ne pourrait pas rĂ©gner, car il est bien dit âle roiâ. Je ne suis pas juriste, mais de mĂ©moire, quand on veut changer un article de la constitution... on met Ă jour la constitution avec les nouveaux termes. Câest pas juste un vieux papier quâon met dans un musĂ©e pour faire joli une constitution, câest la base fondatrice de ta nation. Bon et puis une monarchie de droit divin laĂŻque, ça a au moins le mĂ©rite dâĂȘtre original...
Bon du coup, impasse. On ne sait pas si la légitimité est religieuse du coup, mais a priori non.
Lâinstitution aristocratique alors ?
Ce nâest pas trĂšs bien dĂ©taillĂ©, mais le royaume semble fonctionner sur des institutions aristocratiques qui font trĂšs ancien rĂ©gime. Autrement dit, le roi rĂšgne sur des ducs, qui ensuite ont autoritĂ© sur dâautres nobles disposant dâun fief de taille variable. On a donc un peu en vrac des ducs, des comtes, des marquis. Le tout semble extrĂȘmement hiĂ©rarchisĂ©.
La princesse BĂ©atrice, hĂ©ritiĂšre du trĂŽne, est sommĂ©e dâĂ©pouser un duc et rien dâautre. Donc pas de nobles de âqualitĂ© infĂ©rieureâ. Le but affichĂ© est de montrer la stabilitĂ© du royaume en se mariant avec un rang comparable. Une critique qui mâa fait beaucoup rire rĂ©sume trĂšs bien la situation :âon lui demande dâĂ©pouser un titre pourvu dâun pĂ©nisâ. Sous-entendu, un mariage autre aurait des consĂ©quences nĂ©fastes sur lâinstitution monarchique. Câest donc bien quâil y a un risque et une nĂ©cessitĂ© de conserver un status quo. Par ailleurs, il est clairement montrĂ© quâhabituellement les mariages des princes et princesses suivent des directives diplomatiques, en Ă©pousant des princes et princesses Ă©trangers, en but dâĂ©tablir des alliances, et au sein du royaume. Il est sous-entendu que les mariages entre nobles et roturiers sont proscrits sous peine de perdre ses titres.
Au dĂ©but du roman, alors que tous les fils de ducs font des ronds de jambes Ă la princesse BĂ©atrice, il nous est expliquĂ© que la royautĂ© Ă©tatsunienne a une vie de cour : les nobles rĂ©sident au moins une partie de lâannĂ©e Ă la capitale pour frĂ©quenter la famille royale. Le but nâest pas clairement expliquĂ© et les motivations ne sont pas bien Ă©tablies (ça commence Ă devenir une habitude), car câest tout de mĂȘme un certain investissement financier consĂ©quent.
Oui câest vrai que ça fleure la monarchie absolue dâun autre temps, personnellement ça mâĂ©voque Ă©normĂ©ment la monarchie absolue de Louis XIV au XVIIĂšme siĂšcle. En ce qui concerne les mariages entre nobles, ils ont plusieurs raisons dâĂȘtre. La premiĂšre est de transmettre un titre : il faut un hĂ©ritier, mĂąle de prĂ©fĂ©rence, qui pourra le reprendre Ă la mort du tenant actuel. Avec le titre, on transmet souvent des prĂ©rogatives, des terres et un patrimoine. Câest bien pour cela que BĂ©atrice se marie avant tout. Le roman aura beau Ă©piloguer sans fin sur la nĂ©cessitĂ© de rĂ©gner avec quelquâun Ă ses cĂŽtĂ©s pour tenir le choc, le but est de produire des hĂ©ritiers lĂ©gitimes, sous entendu par le sang, au sein dâun mariage. Cela dĂ©montre un attachement particulier aux institutions. Le second but est davantage politique. En empĂȘchant les mariages entre nobles et roturiers, on permĂ©abilise les classes sociales en les rendant hermĂ©tiques : câest un moyen de conserver son pouvoir et ses privilĂšges en sâassurant quâils restent toujours au sein des castes dirigeantes. Cette partie semble relativement solide mais entre en contradiction, encore une fois, avec lâimage que le roman veut donner de cette famille royale progressiste qui Ă©coute son peuple et permet Ă des minoritĂ©s de casser le plafond de verre et acquĂ©rir de hautes fonctions. Si une femme lesbienne latina sans aucun titre peut obtenir un tel poste (tout en Ă©tant une superbe vitrine pour la politique du roi), quel intĂ©rĂȘt de conserver des rĂšgles si archaĂŻques qui ne sont de toute façon plus nĂ©cessaires pour protĂ©ger les prĂ©rogatives de la noblesse ? On en est mĂȘme plus lĂ , car Ă ce stade, cela sous-entendrait que les mariages homosexuels sont interdits pour les nobles (puisquâun des buts est la production dâhĂ©ritiers de sang). Et donc que le peuple possĂšde plus de droits que la noblesse ? En vrai, pourquoi pas, mais ce nâest pas exactement un dĂ©veloppement intĂ©ressant, câest un prĂ©texte. La rĂ©ponse est simple en fait... Si on enlĂšve ces rĂšgles stupides cela nous prive de deux romances impossibles au sein de lâintrigue, dont celle de lâhĂ©ritiĂšre en personne... A priori ça créé tout un tas dâincohĂ©rences mais bon, apparemment ce nâest pas grave.
Et pourtant, la noblesse tient tellement Ă ses prĂ©rogatives nĂ©fastes (Ă ce stade câest masochiste), que pour les conserver, il y a mĂȘme une cour. Enlevez tout de suite vos images de belles soirĂ©es avec des dames en robe Ă crinoline et des messieurs en queue de pie qui bavardent gaiement en mangeant des amuse-gueule et qui se racontent en chuchotant les derniers potins. Une cour, Ă quoi ça sert ? Globalement, si je me fie Ă mes connaissances sur Louis XIV et si jâen crois les dires de Monsieur de La BoĂ©tie, un grand ami de Montaigne et grand dĂ©tracteur des rois de France, une cour est un outil politique dont le roi use pour contrĂŽler la noblesse. En gros, le roi sâarroge le droit dâattribuer des titres (un titre de noblesse qui va avec une terre) et des charges (sorte de postes rĂ©munĂ©rĂ©s Ă la cour, comme un poste de ministre ou encore dâorganisateurs de soirĂ©e, parce que les nobles aussi ont besoin de flouze, ça coute cher dâentretenir des terres) Ă qui bon lui semble. Sauf que pour que le roi vous remarque et donc pense Ă vous donner un titre ou une charge, il faut ĂȘtre vu et apprĂ©ciĂ©, ce qui implique de vivre en permanence prĂšs de lui (en louant une chambre au palais ou en faisant construire une rĂ©sidence proche, selon vos moyens) et surtout se plier en quatre pour lui faire plaisir. Ainsi occupĂ©, vous nâavez plus le temps ou lâargent pour fomenter des rĂ©voltes, et plus aucun intĂ©rĂȘt Ă vous dresser contre le roi. Il vous surveille, et en plus vous payez pour ça. La vie dâun courtisan est contraignante au possible en plus dâĂȘtre un gouffre financier sans aucune garantie de retour sur investissement (il faut payer les tenues, le fiacre et la rĂ©sidence, et sans ĂȘtre sure que le roi vous donne une charge et une rente). Donc quand on est courtisan, on est lĂ pour une TRES bonne raison.
Dans American Royals, quand les ducs viennent courtiser BĂ©atrice, on est certes dans un contexte particulier oĂč chacun va venir pour tenter dâobtenir la main de lâhĂ©ritiĂšre. Mais apparemment, ils ont tous une rĂ©sidence Ă la capitale. Et bien, ils sont vraiment pĂȘtĂ©s de tunes les nobles Ă©tatsunien (et le fils de duc Teddy, soit disant complĂštement ruinĂ© qui peine Ă payer sa maison dans sa rĂ©gion natale, il fait comment pour rester Ă la capitale ? Il dort sous un pont et se chauffe avec un feu de bidon ?) parce que quand tu nâas pas les moyens, pas de vie de cour, faudrait voir Ă pas trop finir sur la paille quand mĂȘme. Et si ils sont lĂ une partie de lâannĂ©e hors parade nuptiale royale, câest quâils attendent quelque chose du roi. Un titre ? Une charge ? Une rente ? On ne dirait pas. A aucun moment il nâest indiquĂ© que le roi a besoin de garder les nobles sous sa coupe, quâils sont une potentielle menace si lĂąchĂ©s dans la nature. Mais il faut quand mĂȘme que BĂ©atrice Ă©pouse un duc parce que... scĂ©nario ! Ce qui signifie aussi que les grands de ce pays claquent de lâargent par millions juste pour passer du temps avec la famille royale... quelques soirĂ©es par an seulement, et pas forcĂ©ment Ă la capitale. Le roi et la reine doivent ĂȘtre dâune compagnie absolument dĂ©licieuse.
LâhĂ©ritage historique ça pourrait le faire. AprĂšs tout, ils descendent de Georges Washington, le fondateur du pays ! Insuffisant, ce genre dâhĂ©ritage, relativement pauvre nâaurait pas permis Ă lui tout seul de faire surgir un rĂ©gime, surtout si ils ont du renoncer Ă un titre dâempire (câest sous-entendu bien sur, mais au vu des indices, on ne peut que dĂ©duire que câest un ancien empire). Regardez le Second Empire français ou le titre dâempereur des Indes chez les Britanniques, qui ont tout deux fini par chuter alors quâils jouissaient tout dâeux dâune histoire nationale qui Ă©taient de vrais vecteurs dâunion nationale... Lâhistoire pourrait crĂ©er un sentiment dâunion nationale (comme dans le vrai monde quoi), mais ne peut pas lĂ©gitimer toute seule une monarchie.
La dictature alors ? Le roi pourrait contrĂŽler les mĂ©dias et les forcer Ă sortir une propagande dâEtat formatĂ©e avec un pouvoir basĂ© sur une rĂ©pression armĂ©e. Ah bah non, on est dans une monarchie sympa donc on ne sait pas qui gouverne lâarmĂ©e et la libertĂ© de la presse est totale.
Donc lĂ non plus ça ne marche pas, car il nây a aucune contrainte expliquant comment la monarchie tient. Les nobles ne sont pas chiants et nâont pas dâintĂ©rĂȘts politiques Ă dĂ©fendre. Mais bon sang de bois comment il peut encore y avoir une monarchie dans un monde pareil ???
Le véritable amour est plus fort que tout
Non, je ne parle pas de la relation entre BĂ©atrice et son garde du corps (je garde ça pour la partie III), mais bien de la relation quâentretient la famille royale avec son peuple.
La famille royale est aimĂ©e, adorĂ©e mĂȘme. Toute la presse est Ă leur chevet, les gens ne sâimaginent pas vivre avec autre chose (âdes Ă©lections mais vous nây pensez pas huhuhuhâ), Ă tel point que quand le roi est Ă lâhĂŽpital les gens sont figĂ©s devant leur tĂ©lĂ© Ă pleurer toutes les larmes de leur corps (je sais vu de France câest surrĂ©aliste, mais pas si bizarre). De ce quâon voit, il nây a pas rĂ©ellement dâopposition, des groupes antimonarchistes qui utiliseraient le moindre bout dâargument pour discrĂ©diter la famille royale, pas mĂȘme lâombre dâune revue anarcho-communiste. Du coup, la seule rĂ©ponse quâil nous reste est la suivante : la lĂ©gitimitĂ© de la monarchie Ă©tatsunienne est lâamour que le peuple porte Ă son roi. Oui, le mĂȘme type qui a un pouvoir absolu mais ne le partage pas mais en fait si (on va en reparler).
Il suffit de voir lâattachement des membre de la famille royales aux sorties publiques, aux dĂ©clarations dans la presse, Ă lâimage de leurs enfants sur les rĂ©seaux sociaux. Justifier un rĂ©gime uniquement par lâamour du peuple, ça ne tient pas deux minutes, mais câest ce qui est montrĂ© donc admettons... Sauf que plusieurs Ă©lĂ©ments viennent mettre Ă mal cet Ă©tat de fait.
La princesse BĂ©atrice a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e pour devenir la prochaine reine. Elle est respectueuse des convenances, bien sous tout rapport, ne rechigne pas trop Ă se montrer. Ce sont ces qualitĂ©s de monarque qui lui ont Ă©tĂ© enseignĂ©es : en tant que future reine, elle doit ĂȘtre mĂ©diatiquement irrĂ©prochable.
Son pĂšre, le roi, dans une conversation privĂ©e, qui va juste dire âOn sâen fiche de lâopinion publique.â Attends quoi ?! Jâai oubliĂ© le contexte exact de cette citation (il y a tellement de trucs qui mâont hĂ©rissĂ©e je peux pas me souvenir de tout), mais en rĂ©flĂ©chissant deux secondes, impossible quâil puisse dire ça, si ce nâest pour plaisanter. Sauf que non, il Ă©tait sĂ©rieux ! Si ta seule lĂ©gitimitĂ© câest lâapprobation de ton peuple, aller contre lui câest ĂȘtre sĂ»r de se retrouver avec une forĂȘt de torches et de de fourches devant la porte du palais dĂšs le lendemain. Et au passage prendre un risque vital Ă chaque rĂ©forme proposĂ©e mais passons.
Heureusement que le roi meurt Ă la fin et empĂȘche sa fille de faire une grosse connerie sinon la princesse BĂ©atrice resterait dans lâhistoire comme celle qui a fait tomber la monarchie par sa seule stupiditĂ© ! Par amour pour son petit-ami/garde du corps roturier ultra toxique, elle envoie chier son fiancĂ©, un duc, et va contre la loi en souhaitant Ă©pouser un roturier. Bon dĂ©jĂ , elle est bien gentille mais une loi ça se modifie pas comme ça, mĂȘme dans une monarchie (mĂȘme Louis XIV, le boss final des monarques absolus, ne faisait pas que ce quâil voulait et Henri VIII a carrĂ©ment dĂ» changer de religion et foutre tout son peuple dans la merde en plus de crĂ©er des crises diplomatiques, juste pour pouvoir divorcer). Ensuite, dans une monarchie oĂč son pouvoir tient Ă lâaffection de ses sujets et a priori un relatif contrĂŽle de la noblesse, elle veut envoyer chier les nobles et lâopinion publique (le peuple Ă©tait dingue de ces fiançailles). Naturellement, le roi fait un malaise en entendant ça, parce que reformulĂ© ça donnerait ça âPapa, je veux perdre toute lĂ©gitimitĂ© et donner aux gens une raison de se rappeler que notre pouvoir repose sur pas grand choseâ. Oui, elle a une soeur qui pourrait reprendre le relais en cas dâabdication, mais ce nâest pas le problĂšme !
Mais comment cette monarchie qui ne repose sur rien a pu survivre Ă deux siĂšcles si les monarques se contrefoutent de leur seule lĂ©gitimitĂ© ? Le roman fait un problĂšme de la raison dâEtat dans la storyline de BĂ©atrice mais sâĂ©vertue Ă prouver que ce nâest pas un rĂ©el problĂšme. Donc aucune lĂ©gitimitĂ© stricte, le peuple est donc composĂ© de millions de blaireaux qui apprĂ©cient de se faire gouverner par une bande de truffes. Chaque rĂ©gime, peu importe sa forme existe parce quâil se trouve une lĂ©gitimitĂ©. La seule conclusion logique ici est que lâamour du peuple pour le roi est plus fort que tout. Car dans American Royals, la monarchie est si naturelle quâelle ne PEUT PAS ĂȘtre remise en question, mĂȘme si elle ne repose sur rien.
Comparons avec la monarchie britannique. Si on devait rĂ©sumer son histoire depuis le dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, je propose le titre âSâadapter ou mourirâ. Durant la PremiĂšre Guerre Mondiale, ils ont mĂȘme dĂ» changer de nom de famille pour Ă©viter un retour de bĂąton de lâopinion publique. En effet, le nom de lâĂ©poque, Saxe-Corbourg-et-Gotha, en plus de mĂ©chamment sonner allemand, Ă©tait Ă©galement le nom de ceux qui larguaient des bombes sur la tronche des anglais. Du coup ils ont changĂ© pour Windsor, afin dâĂ©viter de se faire dĂ©poser Ă la fin du conflit. Ils ont eu raison au vu de ce qui est arrivĂ© au Kaiser allemand et Ă lâempereur dâAutriche, voire mĂȘme au Tsar russe... Le Prince Philipp, mort rĂ©cemment, a consacrĂ© sa vie Ă faire bonne presse et moderniser lâimage de la famille royale malgrĂ© quelques âdĂ©rapagesâ (humhum...) pas toujours contrĂŽlĂ©s. Les problĂšmes conjugaux de Charles et Diana sont devenus un enjeux de communication dâEtat, de mĂȘme que la mort de la princesse (regardez The Queen, de Stephen Frears, qui rĂ©sume en quoi sa mort a Ă©tĂ© un enjeux majeur pour la monarchie). Pourquoi croyez-vous que Buckingham prend tellement Ă coeur la scandaleuse saison 4 de The Crown (qui parle de Lady Di comme par hasard) ou que les rĂ©vĂ©lations de Meghan et Harry donnent des sueurs froides Ă la presse britannique ? Parce que lâopinion publique, câest important. Et encore, Elizabeth II a une lĂ©gitimitĂ© certaine Ă la tĂȘte de lâEtat (par rapport au Commonwealth entre autres) alors quâelle exerce un rĂŽle essentiellement reprĂ©sentatif. Donc imaginez un rĂ©gime avec un roi disposant dâun pouvoir concret qui ne repose QUE sur lâopinion publique. La moindre contestation ferait chuinter dans les oreilles du roi le doux son de la guillotine.
Quoi les pouvoirs du roi ? Eh bien on y vient, mais je vous prĂ©viens, ça va pas ĂȘtre beau Ă voir. Vous aviez dĂ©jĂ lâimpression quâon Ă©tait en train de dĂ©monter un beau brĂ»lot monarchiste ? Eh ben câest pas fini !
Mais kikifé le roi en fait ?
Si depuis le dĂ©but je spĂ©cule sur le fait que ce soit une monarchie parlementaire, câest parce quâaucune rĂ©ponse claire nâest donnĂ©e (dĂ©cidĂ©ment). Vu que les inspirations de lâautrice vont clairement vers la monarchie britannique, je suppose donc quâon est sur une monarchie parlementaire oĂč le roi a un pouvoir exĂ©cutif, et que le CongrĂšs reprĂ©sente lâorgane lĂ©gislatif. Câest confirmĂ© bien tard dans le roman, mais confirmĂ©. Ouf ! Donc monarchie constitutionnelle !
Oui et non. Incohérence : le retour de la vengeance !
DĂ©jĂ , la cour. On ne courtise pas un roi qui nâa quâun pouvoir exĂ©cutif, on courtise un roi qui peut te filer des terres et de la thune. Sauf que personne nâa lâair lĂ pour ça et que les possessions de la famille royale ont lâair dâĂȘtre des possession de lâĂ©tat. Je vois donc difficilement donner Ă ses nobles quelque chose qui ne lui appartient pas vraiment sans que la moitiĂ© du CongrĂšs saute au plafond. Surtout que de ce quâon voit, les seuls titres donnĂ©s sont symboliques, et pas accompagnĂ©s de rentes ou de terres.
Quand Samantha nous parle des occupations de son roi de pĂšre, elle Ă©voque des rapports, un service de presse, des organisations de charitĂ©... Si tu as besoin dâinstitutions de charitĂ© gĂ©rĂ©es par toi mĂȘme alors tu as du pouvoir câest vraiment que tu fais mal ton job... Mais surtout, il a que ça Ă foutre le roi ? Lire les rapports ? Il devrait pas, moi je sais pas... appliquer les mesures du CongrĂšs en mobilisant les services publics ? La police ? LâarmĂ©e ? âQuoi la guerre ? Une seconde messieurs mon responsable de presse me dire que jâai un problĂšme dâimage alors vos missiles ça peut attendreâ. Je pense que les conseils des ministres ça doit ĂȘtre fun avec un roi qui se contente de lire les rapports et faire des soirĂ©es caritatives...
Plus tard, encore dans le fameux chapitre sur la critique du pouvoir, le roi dit quâil reçoit des lettres de ses sujets qui se plaignent de mesures, de lois, et quâil fait ce quâil peut pour leur faire plaisir. Mettons que ses sujets ne soient pas au clair sur les prĂ©rogatives du roi (je les comprends, moi non plus !), câest pas son boulot de sâoccuper des lois, le sien câest de les appliquer (ça veut dire ça exĂ©cutif). Je veux bien que le pouvoir exĂ©cutif puisse proposer des lois, mais une fois que câest fait, ce nâest plus son problĂšme, câest celui du CongrĂšs. A moins quâil y ait aussi des 49.3 au royaume des Etats-Unis...
âElire une reine ou un roi ? Quelle drĂŽle dâidĂ©e ! Il Ă©tait Ă©vident que les Ă©lections ne concernaient que les juges et les membres du CongrĂšs. Quel dĂ©sastre ce serait si la branche exĂ©cutive devait se plier aux exigences de tous les citoyens et les supplier de voter pour elle ! Un tel systĂšme nâattirerait que les loups aux dents longues et aux intentions inavouables.â
American Royals page 340 (ebook)
Parce quâil est bien connu que ceux qui hĂ©ritent du pouvoir juste grĂące Ă leur naissance ont les intentions les plus pures qui soient ! DĂ©solĂ©e jâai pas pu mâen empĂȘcher. Il nây a que moi qui ait lâimpression que ce paragraphe contredit complĂštement le prĂ©cĂ©dent ? âIl faut Ă©couter les demandes du peuple pour bien gouverner, mais si jamais ils veulent commencer Ă choisir qui les dirige, là ça devient ridicule !â Et puis je suis presque sure quâon trouve des arrivistes chez les juges et les membres du congrĂšs, ce serait naĂŻf de croire le contraire. Mais attends, nây aurait-il pas un personnage de noble arriviste dans ce roman ? Mais attends, mais si ! Donc ce passage nâa aucun sens !
Jâai fait quelques recherches sur la monarchie constitutionnelle. Il existe deux cas de figure. Le premier oĂč le roi est chef thĂ©orique de lâexĂ©cutif : beaucoup de variants, mais souvent le roi ne forme pas le gouvernement et si il a un droit de regard sur les affaires de lâEtat, il est souvent cantonnĂ© Ă un rĂŽle reprĂ©sentatif. Le deuxiĂšme oĂč le roi a de rĂ©els pouvoirs, mais dans lesquels il nomme le gouvernement et propose les lois. Donc American Royals pioche un peu partout, mais sans donner de lignes trĂšs claires (jâai lâimpression de me rĂ©pĂ©ter). Les membres du gouvernement sont Ă©lus (pouvoir exĂ©cutif thĂ©orique) mais le roi est roi par volontĂ© divine (monarchie de droit divin) ou pas selon les pages. Il a un droit de regard sur ce qui se fait car il lit des rapports (pouvoir exĂ©cutif thĂ©orique) et propose des lois (pouvoir exĂ©cutif rĂ©el), quand il nâest pas trop occupĂ© par sa comm ou ses organisations de bienfaisance (dont a priori il nâa pas le droit de sâoccuper non plus, selon les pages). Vous trouvez ça confus ? Moi aussi... Bon aprĂšs, sans doute que lâautrice a inventĂ© son propre modĂšle, je ne critique pas ça. Mais y insuffler du sens et un minimum de cohĂ©rence, câest trop demander ?
Mais au final, câest quoi les Etats-Unis dâAmerican Royals ?
Comme pour la partie I, je veux conclure rapidement sur la pertinence de mes sempiternelles dĂ©monstrations. Est-ce important de disserter des heures durant sur les incohĂ©rences politiques dâun bouquin de romance ? Contrairement Ă la partie I, je ne peux pas quâinvoquer la cohĂ©rence interne Ă une oeuvre, car le problĂšme est ici un peu diffĂ©rent. Si on peut Ă©ventuellement mettre de cĂŽtĂ© le passif historique dans une histoire actuelle, que dire du contexte politique ? Comme vous lâavez vu, jâai abordĂ© des points clĂ©s de lâintrigue qui sont impactĂ©s par ce manque de rigueur et qui les font paraĂźtre bien artificiel. Davantage que dans la partie I. Comment puis-je me sentir en empathie avec le personnage de BĂ©atrice, qui se prĂ©pare Ă devenir reine, si je ne sais pas ce que ça implique pour elle ? Ou pire, si je me rend compte que tout dans le contexte du roman créé des enjeux artificiels ? Si jâai fait tout ce dĂ©veloppement et que jâai cherchĂ© les rĂ©ponses, câest parce que cela mâa gĂȘnĂ©e. Je parle dâun point de vue personnel, mais si jamais un univers doit sâadapter Ă ce que lâauteurice a dĂ©cidĂ© pour le personnage en sacrifiant la sogique, câest un problĂšme. On ne peut pas tout avoir. A tout hasard, un monde culturellement proche du notre mais avec une Ă©lite qui Ă©volue encore selon des codes vieux de cent Ă quatre cent ans...
Et cela Ă©tant Ă©tablit, je nâai pas quâaller au bout de mon raisonnement et me demander ce que cette oeuvre voulait dire. Quels Ă©taient ses messages.
Quand on dit que toute oeuvre est politique, elle lâest dans le sens oĂč lâoeuvre dĂ©peint une sociĂ©tĂ© ainsi que le point de vue de son crĂ©ateurice sur ladite sociĂ©tĂ©. Que ce soit la plus innocente des sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es pour petits enfants ou la plus pointue des fictions cyberpunk. Ici, câest pareil. Lâautrice ne revendique aucune ligne politique vis-Ă -vis de son univers, si ce nâest un certain fĂ©minisme bourgeois, qui sâadresse aux femmes privilĂ©giĂ©es (notamment sur la question du plafond de verre ou du double standard masculin/fĂ©minin). En revanche, son Ćuvre nous en apprend beaucoup sur les Etats-Unis tels que perçus ou fantasmĂ©s par lâautrice. Ou plutĂŽt de lâAmĂ©rique...
Un truc qui mâagace prodigieusement en tant que professeur dâhistoire et de gĂ©ographie, câest cette propension quâon a tous Ă dire âAmĂ©riqueâ ou âAmĂ©ricainsâ pour qualifier le pays et ses ressortissants. Bah oui, parce quâon a tellement lâhabitude de le dire quâon lâoublie mais âlâAmĂ©riqueâ, câest un continent qui compte pas moins de trente-six Ă©tats et six dĂ©pendances. Moi-mĂȘme, en rĂ©digeant cette chronique, jâai du me faire violence pour Ă©crire en permanence âEtats-Unisâ et âĂ©tatsuniensâ tellement ça parait peu naturel. Mais du coup pourquoi on fait lâamalgame ? Parce que les Ă©tatsuniens eux mĂȘmes utilisent Ă profusion les termes âAmericaâ et âAmericanâ. Il est vrai quâUnited States nâest pas un terme toujours facile Ă employer, mais on dĂ©gage quand mĂȘme une ligne idĂ©ologique qui date de la guerre froide (pour ce que jâen sais, si ça se trouve câest plus ancien). Les Etats-Unis sont une nation impĂ©rialiste qui impose sa suprĂ©matie par la force mais aussi par sa culture, et durant la guerre froide, le pays a fait tout ce quâil a pu pour imposer sa domination sur le reste du continent en en faisant sa chasse gardĂ©e face au bloc soviĂ©tique. Sauf que lĂ aussi ça a Ă©tĂ© moche. Comme les Natifs avant eux, les Etats dâAmĂ©rique du sud et centrale en ont pris plein la figure et aujourdâhui, par ce terme, on les oublie. Je vous mets deux liens vers lâhistoire du canal du Panama et les rĂ©publiques bananiĂšres, car lâarticle est trop long et je ne veux donc pas dĂ©velopper encore. Donc quand ce roman rĂ©pĂšte sans arrĂȘt que BĂ©atrice est princesse dâAmĂ©rique, ça me file un arriĂšre-gout repoussant dans le fond de la bouche. Et cet impĂ©rialisme passe par quelque chose dâaussi âinnocentâ quâun simple mot. Je trouve dommage que le sujet soit esquivĂ©, dâautant plus quâun personnage principal est latine descendante de lâimmigration. Bah oui, câest immigration latine, elle vient de quelque part non ?
De la partie I, la vision dĂ©peinte du multiculturalisme amĂ©ricain demeure trĂšs blanc Ă©tant donnĂ© quâon oublie les autres. Les Natifs se font cuire un oeuf et les personnes racisĂ©es ont vu leurs luttes passĂ©es sous silence par une simple mention. De mĂȘme, voir les Etats-Unis comme influenceurs politiques mondiaux depuis 1781, câest une notion avec de forts relents nationalistes. Encore une fois, je nâĂ©voque pas les convictions politiques de lâautrice, que je ne connais pas, je ne fais quâanalyser le texte quâelle nous offre. Tout ce que jâinsinue câest que ces idĂ©es viennent bien de quelque part. Donc câest une vision nationaliste blanche ? De ce quâon voit oui.
Mais Katharine McGee est-elle royaliste ? Parce que ĂȘtre fascinĂ© par la monarchie ou du moins intĂ©ressĂ©e, câest quelque chose que je partage, ce nâest pas pour rien que jâavais trĂšs envie de lire ce roman. Le problĂšme, câest que ces rĂ©flexions sur la corruption des Ă©lus du peuple, cohĂ©rents (et encore) dans le roman, prĂȘtent Ă©normĂ©ment Ă confusion. Le simple fait que le peuple soit quasiment absent du roman (non, Nina, ça ne compte pas, câest la meilleure amie dâune princesse et sa mĂšre a un poste politique important), et que tout ce que nous savons de lui câest quâil adore la monarchie. Tout gouvernement qui nâest pas dictatorial est critiquĂ© par une frange de la population, du coup, ne pas en voir la moindre mention, câest louche. De plus, cette volontĂ© de prĂ©senter une monarchie modĂšle, Ă lâĂ©coute de ses citoyens, qui a abolit lâesclavage, créée des duchĂ©s amĂ©rindiens, essaie de bien se faire voir, avec un roi souple et moral qui est complĂštement dĂ©pourvu dâintĂ©rĂȘt autre que celui de son peuple (contrairement aux vils Ă©lus du peuple), câest un message indĂ©niable, une tentative dâen donner une bonne image sans aucune contradictions, en passant sous silence les aspects les moins glorieux de son histoire (si le fait quâil nây ait jamais eu de reine est la faute la plus grave de ce rĂ©gime, moi je mâappelle Ghandi). Donc oui, câest royaliste.
Jâai le sentiment que la vision de la monarchie dâAmerican Royals est sensiblement la mĂȘme que celle de The Crown : cette idĂ©e que la Couronne est une entitĂ© pĂ©renne, indiscutable, qui est lĂ un point câest tout, et que ceux qui exercent le pouvoir doivent sâen accommoder. La diffĂ©rence majeure Ă©tant que The Crown nous offre des personnages complexes et des trajectoires interpersonnelles passionnantes et vraiment dramatiques.
Les Prénoms épicÚnes
/!\ ATTENTION : cet article contient des spoilers majeurs concernant la totalitĂ© de lâhistoire. Il traite Ă©galement des sujets suivants : classisme, racisme, sexisme, pervers narcissique. /!\
Autrice : Amélie Nothomb
Maison dâĂ©dition : Albin Michel
Date de publication : 2018
Nombre de pages : 162
Genre : Contemporaine
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Ce qu'en pense Naviss :
Bonjour ! Je suis aujourd'hui plein de motivation, je viens Ă l'instant de terminer ma lecture, et j'ai envie de vous partager ce que j'en pense. Ce livre m'a Ă©tĂ© prĂȘtĂ© par ma mĂšre il y a plus d'un an, j'en avais lu 15 pages, il m'avait saoulĂ©, et il trainait depuis tout ce temps dans ma bibliothĂšque en attendant d'ĂȘtre repris. Et quelle erreur !!
Partie 1 : Un début difficile, mais pour la bonne cause
Tout le début du roman est difficile à lire, dans le sens pénible, et c'est pour ça que j'ai lutté (et perdu) la premiÚre fois que j'ai voulu m'y mettre.
Le roman commence en 1970, l'année du lancement de Michel Sardou, avec un dialogue entre deux personnages. L'une est une dame au nom de Reine et l'autre son mec anonyme, pas content de se faire larguer et aux réactions on ne peut plus drama.
Tu t'appelles Reine. Au début, ton prénom me terrifiait. A présent, je ne supporterais pas que tu te nommes différemment.
Mais... Mais qu'est-ce que c'est que ces dialogues ?
- Avec moi, tu n'auras pas une vie médiocre. [...]
- Jean-Louis devient le numéro deux d'une énorme compagnie d'électronique. Il m'emmÚne à Paris.
Ah ben génial, le personnage sexiste de la meuf qui se barre avec un type plus riche pour son statut...
Suite Ă ce prologue, on rencontre donc enfin le personnage principal de ce roman, Dominique, qui est tranquillement en train de boire un cafĂ© en terrasse  lorsqu'elle se fait aborder par un harceleur de rue qui s'assoit devant elle mĂȘme si elle n'est pas consentante, mais il est charmant donc ça va.
- Bonjour, mademoiselle. Puis-je vous offrir un verre ?
Elle ne sut pas quoi dire. Il prit cela pour un consentement et s'assit en face d'elle.
Donc il s'invite à sa table et ils commencent à discuter. Péniblement.
- Je ne sais pas quoi vous dire, monsieur.
- Appelez-moi Claude. Nous avons le mĂȘme Ăąge.
- Je ne suis pas une créatrice d'entreprise, moi.
- Ne vous attardez pas à ce détail. J'aimerais vous revoir.
C'est trĂšs vallĂ©e de lâĂ©trange, mais en plus nĂ©gatif. Tout parait surrĂ©aliste...
Il lui extorque son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, et finalement, une semaine plus tard, notre charmeur l'invite au restaurant oĂč... il commande pour elle ?! Et elle "y Ă©prouve du plaisir" parce que comme ça, ça lui Ă©vite l'embarras de choisir un plat peu distinguĂ© ? Argh... Mais c'est pas romantique du tout, ça ! C'est ce qui me gĂšne le plus avec toute cette premiĂšre partie : elle vise Ă nous dĂ©peindre Claude, un Parisien ambitieux, successful, impulsif, intelligent et sĂ»r de lui, qui apparait tel un prince charmant dans la vie de Dominique, Brestoise effacĂ©e de 25 ans. Et il est censĂ© ĂȘtre parfait. Oui, il la demande en mariage une semaine aprĂšs leur premiere rencontre et harcĂšle Dominique. Mais celle-ci trouve cela valorisant et, je cite, « Ă©prouva la joie du gibier victorieux » (p. 19).
Il lui offre un parfum, et on a ensuite le droit Ă une scĂšne vraiment super Ă©trange qui m'a laissĂ© un goĂ»t de r/menwritingwomen oĂč Dominique, assise sur sa baignoire, est au bord de l'extase en sentant l'odeur du Chanel n°5 sur sa peau et rĂ©alise quâelle est amoureuse de Claude.
Il faut que je vous lâintĂšgre parce que câest exceptionnel.
Claude enchaine les comportements creepy, comme par exemple déclarer à Dominique qu'il veut se marier le plus vite possible avant qu'elle ne change d'avis (ah, cool), tous interprétés par la concernée comme une marque d'affection tempétueuse, et interprétés par moi comme des signaux de psychopathe en devenir.
Ils se marient, dĂ©mĂ©nagent Ă Paris, et lĂ , soudainement, le roman se rĂ©vĂšle beaucoup plus nuancĂ© que mes impressions premiĂšres. Claude multiplie tellement les red flags qu'on se croirait Ă un dĂ©filĂ© en RĂ©publique Populaire de Chine. Pourtant, l'autrice arrive Ă garder parfaitement la l'Ă©quilibre entre le fait de montrer clairement Ă son lectorat que Claude n'est absolument pas un type bien, et en mĂȘme temps montrer que son personnage principal, Dominique, en est intimement convaincue. Et c'est lĂ que commence la descente aux enfers. Dominique est isolĂ©e socialement : loin de sa famille restĂ©e Ă Brest, elle n'a plus d'amis et ne s'en est pas faits de nouveaux, elle ne travaille pas, son mari est son univers, elle est complĂštement dĂ©pendante de lui, et elle ne peut rien lui refuser. Il lui impose des rapports sexuels quotidiens afin qu'elle tombe enceinte et « elle se persuade quâelle y prend du plaisir ». Il distille son affection comme les friandises distribuĂ©es Ă un chien mĂ©ritant. Du coup, quand le chien n'est plus mĂ©ritant, il n'a plus de friandises. Dominique n'Ă©tant toujours pas enceinte aprĂšs plus d'un an de mariage, il devient alors cruel psychologiquement avec elle - avant de redevenir doux comme un agneau pour la rĂ©compenser Ă partir du moment oĂč elle attend un enfant. DĂšs qu'elle accouche, il redevient froid et distant, il la laisse se dĂ©merder avec leur fille, et revient Ă l'assaut en rĂ©clamant un deuxiĂšme enfant alors qu'il est dĂ©jĂ incapable de s'occuper d'un-e seul-e, et que la premiĂšre a failli tuer sa porteuse.
En fait, tout ce dĂ©but malaisant servait Ă crĂ©er un setting « parfait » pour le faire basculer dans lâhorreur petit Ă petit. Ce qui mâennuie, câest que tout cela est quand mĂȘme considĂ©rĂ© comme « parfait »⊠Le comportement de Claude du passĂ© est montrĂ© comme un paradis perdu. Mais moi, je le trouvais gĂȘnant from the get goâŠ
Partie II : La classe et la race
DĂšs la naissance d'ĂpicĂšne, la fille de Claude et Dominique, on change de personnage principal, quâon suit de lâenfance Ă lâadolescence. J'aime Ă©normĂ©ment ĂpicĂšne et sa conscience aiguĂ« que son pĂšre soit un connard (p. 63). DĂšs ses cinq ans, elle rĂ©alise quâelle prĂ©fĂšre âlâappartement sans Papaâ (p. 48), jusquâĂ admettre lâĂ©vidence : elle ne lâaime pas. Jâaime beaucoup le parallĂšle entre lâillumination de Dominique quand elle rĂ©alise quâelle aime Claude (vous savez, l'orgasme de la baignoire ?), et lâillumination dâEpicĂšne quand elle rĂ©alise quâelle nâaime pas son pĂšre (p. 50).
Son pĂšre, c'est le bourgeois. C'est l'incarnation mĂȘme de la bourgeoisie au sens de l'Ancien RĂ©gime, l'arriviste qui surjoue son statut et obsĂšde sur des considĂ©rations superficielles comme ce que vont penser les gens de la rue oĂč il habite, et qui dĂ©cide que sa fille aura l'agrĂ©gation alors qu'elle n'a que 5 ans, parce que ça fait bien. Il sâassure rĂ©guliĂšrement que, lorsquâon lui demande leur adresse, sa femme rĂ©ponde bien âĂ cĂŽtĂ© de la place des Victoiresâ et pas ârue Etienne-Marcelâ parce que ça fait plus chic. Il obsĂšde sur le fait de vivre rive gauche. Il veut que sa fille aille Ă Henri IV et se plaint que ses amis ne soient pas âplus rive gaucheâ. Il est manipulateur et construit sa sociabilitĂ© selon le statut social quâelle peut lui apporter, usant de stratĂ©gies Ă cet Ă©gard, et incitant son Ă©pouse Ă en faire de mĂȘme.
Ce livre offre une rĂ©flexion intĂ©ressante sur la classe dâappartenance et la classe dâorigine, notamment quand EpicĂšne dĂ©bat avec sa meilleure amie Samia duquel, entre le sien et celui de son amie, est le pire collĂšge : celui dâEpicĂšne, sans aucun doute, puisque il est plein de bourgeois. Quand Samia demande ce quâest un bourgeois, EpicĂšne rĂ©pond :
- Câest des gens comme mon pĂšre.
- Ah oui, dit Samia, semblant mesurer la gravité du problÚme.
Elle réfléchit et reprit :
- Est-ce que ta mĂšre est une bourgeoise aussi ?
- Non, trancha catégoriquement EpicÚne.
- Donc, toi, tu es métisse bourgeois-normal ?
- Je ne suis pas une bourgeoise, voyons. Les bourgeoises, tu les reconnais facilement : elles portent un serre-tĂȘte [et] des vĂȘtements moches et chers [...].
EpicĂšne sâexclue catĂ©goriquement de la classe sociale dâappartenance de ses parents. Mais malgrĂ© tout, elle possĂšde Ă la fois un privilĂšge de classe et de race, comme le lui rappelle Samia douloureusement aprĂšs avoir Ă©tĂ© victime du racisme de Claude.
- AllĂŽ ? Ah, oui, tu es Samia, la fille de lâĂ©picier marocain... Comment ça, ton pĂšre nâest pas Ă©picier ? Ca existe, des Marocains, en France, qui ne sont pas Ă©piciers ? Attends, ma fille est devant moi, je te la passe.
- Bonjour Samia, dit EpicĂšne.
- Salut, lui répondit une voix glaciale et méconnaissable.
Long silence.
- Tu sais quoi ? Je vais plus jamais te parler, reprit Samia. Et peut-ĂȘtre que tu portes pas de serre-tĂȘte, mais tu es quand mĂȘme une bourgeoise.
Oui, EpicĂšne essaie de sâextraire de son pĂšre et de tout ce quâil reprĂ©sente : elle dĂ©teste Paris et sa bourgeoisie, et elle semble revivre quand elle dĂ©mĂ©nage en Bretagne. Elle reste malgrĂ© tout la fille du directeur de la branche rĂ©gionale dâune firme en plein essor, qui vit dans un riche appartement parisien et a accĂšs Ă une Ă©ducation de haut niveau grĂące Ă son intellect dĂ©veloppĂ© - sa maturitĂ© et ses facilitĂ©s dâapprentissage sont rĂ©guliĂšrement mises en avant par lâautrice, mais aussi grĂące aux rĂ©fĂ©rences culturelles auxquelles elle a pu avoir accĂšs grĂące Ă son milieu social !
Un lien est fait entre classe et race, le mĂ©pris de Claude Ă lâĂ©gard de la famille de Samia sâexprimant non seulement parce quâelle est racisĂ©e, mais aussi parce quâelle est de classe sociale infĂ©rieure Ă la sienne. Le fait quâEpicĂšne et sa famille soit blanches, renforcent ici leur domination sociale. Au contraire, le fait que Samia et sa famille soient racisĂ©es la maintient dans son statut social infĂ©rieur. Il faut dâailleurs noter que ce roman casse avec le clichĂ© de lâhomme maghrĂ©bin sexiste, en mettant un modĂšle positif dâhomme avec le pĂšre de Samia, infiniment plus respectueux des femmes que le pĂšre dâEpicĂšne. Je regrette infiniment une phrase qui nâest pas critiquĂ©e ou mise en perpective : alors quâelle tarde Ă tomber enceinte, Dominique propose Ă Claude la solution de lâadoption, Ă savoir âaccueillir un petit Vietnamienâ (p. 37), ce qui mâa vraiment fait cringe parce quâelle en parle comme si elle comptait adopter un petit chien... Le site de la CAF prĂ©sente une Ă©tude qui montre quâentre 1994 et 1999, prĂšs du tiers des enfants adoptĂ©s Ă lâĂ©tranger Ă©taient nĂ©s au Vietnam ; les arguments avancĂ©s par les parents qui souhaitent adopter des enfants Vietnamiens Ă©tant gĂ©nĂ©ralement un rappel de stĂ©rĂ©otypes positifs sur les Asiatiques (la docilitĂ© notamment)... ce qui est raciste. Et ce nâest pas du tout critiquĂ© ou mis en perspective !
Jâen profite pour ajouter quelques liens sur la question de lâadoption transraciale : [1] [2]. Allez lire : le premier câest une interview dâAmande Gay, et le deuxiĂšme câest le tĂ©moignage dâune personne adoptĂ©e dâorigine vietnamienne.
Partie III : Une sororité à toute épreuve !
Les femmes, dans ce livre, ne sont ni jalouses ni rivales. Elles se serrent les coudes. DÚs les débuts du roman, une solidarité féminine est mise en place par l'autrice quand l'employée de la parfumerie essaye de faire passer un message d'alerte à Dominique par une sélection spécifique de parfum. Celle-ci n'ayant pas les codes de la bourgeoisie parisienne, le parfum a l'effet inverse et elle tombe malgré tout dans le piÚge de Claude.
Elle se poursuit ensuite dans la relation intense qui se construit entre la mĂšre, Dominique, et la fille, EpicĂšne, sans que celle-ci ne soit dĂ©vorante ou toxique. Elles veillent lâune sur lâautre sans se prĂ©dater, dans un rapport de complicitĂ© et de bienveillance : bienveillance de la mĂšre envers la fille dâune part, qui essaie de la protĂ©ger du manque dâaffection que lui porte son pĂšre, et bienveillance de la fille envers la mĂšre dâautre part. En effet, EpicĂšne ne reproche pas Ă sa mĂšre pas de rester avec son mari pour le confort matĂ©riel quâil leur apporte, malgrĂ© les abus quâil leur fait subir Ă toutes les deux. malgrĂ© les abus quâil lui fait subir Ă toutes les deux, en se mentant Ă elle-mĂȘme et en attendant le retour dâun homme charmant qui nâa jamais existĂ© que dans sa tĂȘte. Le coupable câest son pĂšre, pas sa mĂšre qui nâest que victime des prĂ©dations de Claude et de son propre amour pout lui.
Deux autres amitiés féminines intenses et passionnelles sont développées :
La relation entre EpicÚne et Samia est presque amoureuse. EpicÚne dit que si elle perdait Samia, elle en mourrait. Elles se comparent constamment à Orphée et Eurydice, chacune correspondant aux deux rÎles. Reine compare leur relation à un mariage.
La relation entre Dominique et Reine. Oui oui, la mĂȘme Reine quâau dĂ©but, lâex du mec anonyme (que tout le monde a devinĂ© ĂȘtre Claude). La narration dĂ©crit dâailleurs Dominique comme âsĂ©duiteâ.
Claude aussi lâavait sĂ©duite et elle avait adorĂ© cela, qui avait durĂ© quelques jours. Avec Reine, la sĂ©duction nâen finissait pas.
Reine et Dominique deviennent meilleures amies et confidentes. Contrairement Ă Claude qui ne voit en sa femme quâune potiche agrĂ©able Ă regarder, Reine voit en Dominique une personne intĂ©ressante et qui mĂ©rite dâĂȘtre aimĂ©e. Elle est, en quelque sorte, son vĂ©ritable grand amour. A la demande de son amie, Reine invite Dominique et Claude Ă dĂźner chez elle, et Dominique assiste Ă la confrontation entre les deux ancien-es amant-es. Et jâadore lâattitude de Reine et la maniĂšre dont elle rĂ©agit face Ă Claude. Elle nâest jamais une menace par rapport Ă Dominique, elle est une alliĂ©e qui la valorise par rapport Ă un mari mĂ©prisant - lequel apparait enfin avec son vrai visage, celui dâun nice guy pathĂ©tique qui utilise lâargument du « câest Ă cause de toi que je suis devenu un connard » pour justifier son comportement dĂ©testable, confirmant Ă Reine quâelle a bien fait de se casser. Câest Claude qui ne mĂ©rite pas sa femme. Pas lâinverse.
Jâaime beaucoup le dĂ©veloppement de Dominique. Contrairement Ă ce que le dĂ©but du livre peut laisser Ă penser, non, les femmes ne sont pas que des gourdes, mais bien des atouts dans lâascension sociale des hommes. Dominique fuit Paris et ses simulacres avec sa fille pour regagner lâauthenticitĂ© de sa Bretagne natale. En reprenant contact avec son ancien patron pour quâil la rĂ©embauche, elle dĂ©couvre que Claude nâest quâun menteur : contrairement Ă ce quâil lui a fait croire toutes ces annĂ©es, il ne travaillait pas pour la toute nouvelle branche parisienne de la firme quand ils se sont rencontrĂ©s. Il sâest fait passĂ© pour son fiancĂ© pour se faire embaucher dans son entreprise, alors quâil ne lui avait parlĂ© quâune fois. Jouant de la rĂ©putation de Dominique dâĂȘtre lâemployĂ©e la plus sĂ©rieuse, il a rĂ©ussi Ă convaincre son patron de le laisser ouvrir une branche parisienne, qui nâexistait pas jusquâalors... Câest donc grĂące Ă Dominique que le succĂšs de la branche parisienne a Ă©tĂ© possible.
 Le rĂŽle de personnage principal est partagĂ©, mĂȘme sâil nâest pas nĂ©cessairement partagĂ© en mĂȘme temps : Ă la prĂ©adolescence, EpicĂšne se met en retrait sans sa propre vie dans lâattente du moment oĂč elle sera enfin libĂ©rĂ©e de son pĂšre, comme un papillon dans sa chrysalide, ou bien un cĆlacanthe - câest lâimage employĂ©e par le roman. Le fond rejoint la forme, et EpicĂšne rend Ă Dominique son rĂŽle de personnage principal. A ce sujet, je ne sais pas si câest fait exprĂšs, mais jâaime beaucoup la symbolique dâEpicĂšne qui se met entre parenthĂšse, qui me fait penser Ă Â lâimportance dâemployer lâĂ©criture Ă©picĂšne au lieu des fĂ©minins entre parenthĂšse.
Dix ans plus tard, alors quâelle est dĂ©sormais titulaire dâune thĂšse de doctorat en littĂ©rature anglaise et de lâagrĂ©gation dâanglais, EpicĂšne reçoit un appel de son pĂšre, qui lui annonce quâil est en phase terminale dâun cancer du poumon. Elle dĂ©cide dâaller le voir Ă lâhĂŽpital, et Claude essaie de lui embrouiller le cerveau Ă base de âtoi et moi nous sommes pareilâ et de âokay je tâai fait souffrir, mais regarde, ça valait le coup car grĂące Ă moi tu as lâagregâ. Mais non, lui rĂ©pond EpicĂšne, ce nâest pas grĂące Ă lui quâelle est devenue ce quâelle est. Câest en dĂ©pit de lui. Câest malgrĂ© lui, malgrĂ© les traumas quâil lui a infligĂ© et tous les dĂ©gĂąts que des annĂ©es de nĂ©gligence Ă©motionnelle ont eu sur elle. Et je trouve ça trĂšs fort, comme message.Â
EpicĂšne est construite sur deux parallĂšles :
Avec sa mĂšre d'une part. Si la premiĂšre est dans l'amour aveugle de Claude, ĂpicĂšne est dans la haine sourde.
Avec son pĂšre d'autre part, dans leurs obsessions respectives - leurs cravings.
La 4e de couverture statue le fait que "la personne qui aime est toujours la plus forte", par opposition Ă la personne qui crave et qui ne vit que pour l'objet de cette obsession. Mais je ne suis pas certain que ce soit la morale de l'histoire. Le craving de Claude le tue, certes. Mais celui d'ĂpicĂšne, qui tue son pĂšre en dĂ©branchant son respirateur, la rend triomphante : par la mort de Claude, la fin de ce livre, toutes les femmes renouent. Et Ă Dominique se plaignant de nâavoir Ă©tĂ© que la tierce personne de sa propre vie, Reine rĂ©torque :
- Vous vous trompez. CâĂ©tait Claude, la tierce personne.
Ma note :Â 18/20.
AMERICAN ROYALS : Uchronie problématique, mais surtout ratée
American Royals tome 1
Autrice : Katharine McGee
Maison dâĂ©dition : Lumen
Date de publication : 2019
Nombre de pages : 562
Genre : Romance, uchronie
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Ce quâen pense Seli :
Mon titre donnant la couleur, je me permet de commencer cette chronique en répondant à la question présente sur la couverture française...
âEt si une famille royale rĂ©gnait sur les Etats-Unis ?â Apparemment les changements seraient relativement mineurs... Dommage que les Ă©ditions Lumen aient ajoutĂ© cette phrase Ă leur marketing car elle met clairement en avant le plus gros dĂ©faut du roman quâil comptent vendre... et focalise lâattention des lecteurices, notamment la mienne, sur cet aspect avant mĂȘme de lire la premiĂšre page. Je nâai aucune formation dâĂ©ditrice, mais jâaurai trouvĂ© plus judicieux de vendre avant tout lâaspect bling bling et glamour... comme le fait lâillustration quoi ! Car sans le titre, rien ne nous indique que cette dame est de sang bleu, simplement cĂ©lĂšbre et glamour.
Je vais découper cette critique en plusieurs parties thématiques histoire de ne pas partir dans tous les sens comme dans cette intro...
Bref, je tiens quand mĂȘme Ă vous avertir de deux choses avant de commencer Ă dĂ©monter ce roman (la lecture a Ă©tĂ© une sĂ©rie presque ininterrompue de facepalm, je dois extĂ©rioriser !) :
Comme toujours, je vais pas mal spoiler, et mĂȘme aller au fond des dĂ©tails de certains passages. Je vais dĂ©voiler la fin ainsi que la plupart des retournements de situation. Je vous rassure, si vous voulez le lire, ce sera toujours lisible aprĂšs, lâintĂ©rĂȘt du roman ne repose pas tant sur ses retournements que sur ses personnages.
Si vous avez lu et aimĂ© ce livre, je ne pense pas que cette critique soit pour vous. DĂ©jĂ parce que je vais en dire beaucoup de mal avec pas mal dâironie et sans doute un peu de condescendance. Et ensuite car ce qui mâa gĂąchĂ© ma lecture, ce ne sont pas tant les personnages et les retournements (je crois comprendre que beaucoup les ont aimĂ©s) mais bien la cohĂ©rence interne et la construction de lâunivers uchronique. Quand je lis une fiction, jâai deux principaux critĂšres : un univers crĂ©dible et bien construit (surtout en fantasy et sf) et un univers historique dĂ©taillĂ© et crĂ©dible (surtout en littĂ©rature contemporaine et bien Ă©videmment historique). Malheureusement pour lui, American Royals se retrouve Ă lâintersection des deux, ce qui mâa donnĂ© envie de le lire. Et jâai vite compris quâaucun de ces deux critĂšres nâĂ©tait satisfaisant Ă mes yeux. Donc si vous ne voulez pas que je gĂąche Ă mon tour vos souvenirs de lecture (ce que je comprends parfaitement, jâai tendance Ă le faire aussi), passez votre chemin.
Sur ce commençons :
Partie I. Le fond historique
Evacuons tout de suite la critique facile : non le prĂ©mice, Ă savoir que Georges Washington aurait fondĂ© une dynastie royale plutĂŽt quâune dĂ©mocratie, ne me pose aucun problĂšme. Câest la base de lâhistoire, et selon les sources que jâai pu trouver, ce nâest pas aussi improbable quâon pourrait le croire. Mais je comprend que certains lecteurices Ă©tatsuniens trĂšs attachĂ©s Ă leurs PĂšres Fondateurs lâaient mal pris... Cette idĂ©e est intĂ©ressante, et pour une nation aussi impĂ©rialiste que les Etats-Unis, je trouvais mĂȘme que câĂ©tait une réécriture qui pouvait mĂȘme se muer en pastiche ou en parodie.
Non, ce qui mâa posĂ© problĂšme vient juste aprĂšs, dans la premiĂšre partie du livre oĂč on nous prĂ©sente cette rĂ©alitĂ© parallĂšle. DĂ©jĂ , dâun point de vue gĂ©nĂ©ral, mis Ă part le fait quâune famille royale rĂšgne sur les Etats-Unis, rien ne semble avoir vraiment changĂ©, le quotidien des personnages nous reste trĂšs familier. Câest lĂ que jâai eu un mauvais pressentiment. Et arrive ensuite les vrais points problĂ©matiques qui ont immĂ©diatement cassĂ© mon immersion.Â
La géopolitique mondiale
Selon le roman, le fait que les Ătats-Unis soient devenus une monarchie a empĂȘchĂ© la plupart des monarchies dâEurope de tomber. Seulement, comme le roman ne fournit aucune explication, je nâai pas manquĂ© de hausser un sourcil. Si on dĂ©passe le constat chauvin bien Ă©tatsunien quâen tant que superpuissance actuelle il en a toujours Ă©tĂ© ainsi, et le rĂ©flexe presque pavlovien des français de dĂ©fendre leurs exceptions historiques, ça ne tient tout de mĂȘme pas vraiment debout. Sont nommĂ©es plus spĂ©cifiquement les rĂ©volutions françaises (1789) et russes (1917), qui ne sont jamais survenues, permettant aux Bourbons et aux Romanov de rĂ©gner encore en 2019.
DĂ©jĂ , le fait que la rĂ©volution amĂ©ricaine ait lieu avant ne signifie pas forcĂ©ment quâelle a influencĂ©e dâautres nations. Câest un raccourci qui simplifie Ă lâextrĂȘme les mĂ©canismes dâune rĂ©volution politique.
Ensuite, si on peut en effet affirmer que la participation du Royaume de France Ă la cause Ă©tatsunienne a vidĂ© les caisses de lâĂ©tat et engendrĂ© une crise ayant menĂ© Ă la convocation des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, ce nâest quâun Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur parmi tant dâautres. Comme la philosophie des LumiĂšres, la contestation des prĂ©rogatives du clergĂ© et de la noblesse, des luttes intestines entre la noblesse terrienne et les nouvelles Ă©lites nĂ©gociantes, etc. De toute façon, si on suit le roman, la rĂ©volte a bien eu lieu donc la France serait de toute façon dans la mĂȘme situation, aussi bien dans notre rĂ©alitĂ© que dans lâuchronie. Rappelons Ă©galement que la France nâa pas connu quâun seul renversement de la monarchie, mais bien cinq (toutes causes confondues), qui ont Ă chaque fois conduit Ă dĂ©poser un roi ou un empereur. Donc pour affirmer que lâinstauration dâune monarchie Ă©tatsunienne a prĂ©servĂ© la monarchie absolue en France, il faut soit réécrire entiĂšrement lâhistoire de la rĂ©volution soit mĂ©connaĂźtre complĂštement cette histoire.
De mĂȘme pour la rĂ©volution russe, bien plus lointaine car ayant eu lieu plus de cent ans aprĂšs la crĂ©ation des Etats-Unis. MĂȘme en admettant quâune monarchie Ă©tatsunienne existe, rien ne prouve quâelle a pu contribuer Ă garder les Romanov sur le trĂŽne de Russie. Dâailleurs, cette affirmation baigne dans un flou total : y a t-il eu une premiĂšre guerre mondiale ? Les Etats-Unis y ont-ils pris part ? Les alliances royales Ă©tasuniennes ont-elles interfĂ©rĂ© avec la gĂ©nĂ©alogie des tĂȘtes couronnĂ©es du vieux continent ? Comme aucune rĂ©ponse nâest apportĂ©e et que le roman nous prĂ©sente un monde proche du notre, cela non plus ne paraĂźt pas crĂ©dible. Si la premiĂšre guerre mondiale a vu chuter de nombreuses monarchies qui paraissaient inĂ©branlables, ce nâest pas un hasard de lâHistoire : cette guerre a Ă©tĂ© un catalyseur de toutes les dissensions sociales internes. Les russes ne se sont pas rĂ©veillĂ©s un matin de guerre en rĂ©alisant quâils dĂ©testaient leur Tsar, mais bien parce que ces tensions Ă©taient dĂ©jĂ bien prĂ©sentes avant. MĂȘme la monarchie britannique qui paraĂźt de nos jours si forte y a laissĂ© des plumes. Rappelons enfin que les Ătats-Unis sont restĂ©s trĂšs en marge des conflits europĂ©ens pendant plus dâun siĂšcle (lâinverse nâest pas vraie) et quâils ne se sont engagĂ©s dans la guerre que bien aprĂšs. Que ce soit dans notre rĂ©alitĂ© comme dans lâuchronie, si les Ătats-Unis ont eu une quelconque influence sur la rĂ©volution russe, elles ne peut ĂȘtre que minime.
Cependant, mĂȘme si jâai lâair de chipoter, ces omissions ne perturbent pas la crĂ©dibilitĂ© du roman dans son ensemble, ce ne sont que des points de dĂ©tail. On peut y voir une petite maladresse de la part de lâautrice qui voulait focaliser son rĂ©cit sur autre chose. A part heurter les oreilles fragiles des amateurs dâhistoire (comme moi) et des nationalistes français et russes (pas comme moi), il nây a rien de vraiment gĂȘnant (ça se voit que je prend des pincettes pour nuancer mes propos avant de balancer du lourd ?).
Le génocide des natifs américains
Mon deuxiĂšme haussement de sourcils vient dâun autre point de dĂ©tail, mais cette fois ci les implications sont rĂ©ellement problĂ©matiques. Lors dâune cĂ©rĂ©monie oĂč le roi dĂ©cerne des titres honorifiques aux citoyens mĂ©ritants, toute la noblesse est prĂ©sente et sont mentionnĂ©s deux personnages : les fils de deux duchĂ©s amĂ©rindiens, le duchĂ© Sioux et le duchĂ© Iroquois. Juste avant, on nous parle dâun certain comte de Huron, au nom atrocement anglophone⊠et si vous savez un peu ce qui est arrivĂ© Ă tous ces peuples vous devez commencer Ă deviner le problĂšme. Quâavons nous ici ? Une autrice qui nous indique donc quâĂ un moment donnĂ©, deux peuples amĂ©rindiens (ou natifs) (je dis peuple mais Sioux et Iroquois sont des noms donnĂ©s par les colons blancs qui ont mis dans le mĂȘme panier des tas de cultures vaguement semblables) ont reçu de la part du roi des terres Ă administrer. Lâintention est claire, réécrire une partie du gĂ©nocide amĂ©rindien pour en proposer une version oĂč ça se finit « mieux » pour les populations concernĂ©es (et je dis mieux seulement, car on va voir ce que ça implique tout de suite). Lâobjectif est aussi de nous rendre ce systĂšme monarchique plus sympathique, et on verra encore Ă plusieurs reprises que câest une corde dont lâautrice aime bien user mais qui cause encore plus de soucis.
Petit rappel histoire de voir oĂč on met les pieds : les premiers colons blancs ont commencĂ© le gĂ©nocide. Les Etats-Unis lâon poursuivi jusquâĂ nos jours !
Reprenons⊠les peuples iroquois sont en contacts avec les europĂ©ens depuis le dĂ©but de la colonisation en AmĂ©rique du nord, le territoire quâils occupaient Ă lâorigine correspondant au nord est du pays, plus une partie du sud du Canada. Les problĂšmes de voisinages ont commencĂ© dĂšs lors, de mĂȘme que le vol progressif des terres aux populations natives et les affrontements de colons par tribus natives interposĂ©es (coucou la guerre de sept ans). On en est a peu prĂšs lĂ au moment de la guerre dâindĂ©pendance. Donc George Washington, dans son infinie bontĂ© (je rappelle que la monarchie est censĂ©e ĂȘtre trĂšs positive dans ce roman) accorde Ă des populations qui Ă©taient lĂ depuis bien plus longtemps un territoire donnĂ©, mais sous son autoritĂ©. Vous me direz, câest mieux que ce quâils ont eu. Oui, mais ça reste quand mĂȘme du vol, de la colonisation pure et simple. Ajoutez Ă cela que le mot iroquois est un terme occidental inventĂ© de toutes piĂšces pour dĂ©signer six peuples diffĂ©rents. Ce qui signifie que ce bon George a imposĂ© Ă son duc de nommer son duchĂ© Iroquois (et non Haudenosaunee, le mot iroquois correspondant), un terme qui correspond vaguement Ă sa culture, et surtout une forme de gouvernement vaguement fĂ©odale qui ne cadre pas du tout avec ladite culture. Et on est censĂ© trouver ça positif ? Câest mieux que la rĂ©alitĂ© oui, mais mieux que pire, est-ce que ça en fait quelque chose de bien ?
Et les Sioux ? Comme les Iroquois, il ne sont pas un peuple uni mais plutĂŽt une catĂ©gorie faite par les colons pour rassembler des peuples partageant des langues proches. Leur nom en lui-mĂȘme serait dĂ©rivĂ© dâun mot ojibwĂ© qui signifie « petit ennemi » utilisĂ© par les français, quâils ont finit par adopter Ă leur tour. Si colons et Sioux se connaissent depuis le XVIIĂšme siĂšcle, les conflits territoriaux Ă©mergent aux alentours de 1830, quand une route de migration est installĂ©e par les blancs vers lâactuel Oregon. Ils y mettent un bazar par possible et transmettent aux natifs le cholĂ©ra, crĂ©ant une vĂ©ritable Ă©pidĂ©mie qui dĂ©cime plusieurs tribus. Voyant leur territoire menacĂ©, ils signent un traitĂ© et dĂ©limitent des frontiĂšres en accord avec le gouvernement Ă©tatsunien. La suite, on la connaĂźt. Ce traitĂ© ne sera jamais respectĂ©, leurs terres seront spoliĂ©es sous divers prĂ©textes. MĂȘmes les soulĂšvements pacifiques seront rĂ©primĂ©s dans le sang et aujourdâhui, les Sioux vivotent dans des rĂ©serves, certains peuples ayant presque disparus. Et des gens hĂ©sitent encore Ă parler de gĂ©nocide ?Si on reprend le roman, la majeure partie des contacts entre Sioux et Ă©tasuniens dĂ©butent aprĂšs que les Ătats-Unis soient devenus une monarchie. Le territoire des Sioux nâappartenait alors Ă©videmment pas aux Ătats-Unis. Ce qui signifie que dans un soucis dâexpansion, le Royaume sâest Ă©tendu et a occupĂ© des terres Sioux, les ont sans doute militairement dĂ©faits, on colonisĂ© leur territoire et ont placĂ© ce territoire sous leur joug. Comme pour le duchĂ© Iroquois, le nom de duchĂ© Sioux nie Ă la fois toute une culture linguistique (eux mĂȘmes se nomment Oceti sakowin oyate) et politique (ce nom faisant rĂ©fĂ©rence aux sept peuples). On peut tourner ça comme on veut, on est sur de la colonisation pure et dure avec en prime une politique dâacculturation trĂšs claire.
Vous vous souvenez du dĂ©nommĂ© comte de Huron ? Ce noble a priori blanc que jâĂ©voque au dĂ©but ? Et bien Huron est le nom donnĂ© par les blancs Ă un autre groupe de peuples natifs, les Wendats. Eux semblent avoir eu moins de chance car on a repris le nom attribuĂ© de leur peuple pour nommer le comtĂ© et leur dirigeant est un bon Ă©tasunien de souche avec un nom bien anglophone. Supposons tout de mĂȘme que ledit comte ne soit pas blanc mais issu du peuple Wendat (aprĂšs tout, on a aucune description physique), sa famille a subit une telle dĂ©possession de sa culture que son nom a dĂ» changer. Eux nâont mĂȘme pas eu la chance dâavoir un semblant de souverainetĂ© sur ce qui Ă©tait jadis leur territoire.
Plus loin dans lâhistoire, le roi Ă©voque que les DuchĂ©s Sioux et Iroquois ont Ă©tĂ© Ă©tablis grĂące aux efforts dâun certain Red Fox James. Ce dernier a vraiment existĂ©, mais Ă©tait issu du peuple Blackfoot (Niitsitapi dans leur langue), donc rien Ă voir avec les Sioux ou les Iroquois. Si on rĂ©sume, cet homme sâest donc battu pour la reconnaissance des peuples natifs au sein du royaume Etats-Unis et a obtenu des terres pour quelques peuples... le sien nâĂ©tant pas inclus et toujours sous la domination a priori de nobles blancs. Il a du finir sa vie de façon bien amĂšre. Cette simple mention dĂ©montre quand mĂȘme dâun manque de recherche et de sensibilitĂ© assez Ă©vident.
Au delĂ du parti pris Ă©thiquement trĂšs discutable de réécrire lâhistoire dâun gĂ©nocide pour mieux reprĂ©senter celui qui lâa perpĂ©trĂ© (mĂȘme si câest une forme fictive, lâĂ©tat concernĂ© existe bel et bien), quâest-ce que cela nous apprend sur cette merveilleuse monarchie ? Que câest un Ă©tat colonial qui utilise les Ă©lites de peuples dominĂ©s pour asseoir sa domination. LâidĂ©e de ârendre justiceâ aux natifs est louable, mais y rĂ©flĂ©chir plus de cinq minutes fait se rendre compte de lâaberration créé, Ă peine plus positive que la rĂ©alitĂ©. Tout pour montrer que dans cette uchronie, les Ătats-Unis se sont montrĂ©s plus « justes » avec les natifs. Imaginez donc quelquâun Ă©crire une uchronie similaire, mais Ă propos du gĂ©nocide juif. Lâauteurice serait immĂ©diatement appelĂ© antisĂ©mite Ă vouloir modifier ainsi lâhistoire de ce gĂ©nocide et Ă raison. Il est vrai que les deux ne sont pas entiĂšrement similaires en terme de moyens, mais les visĂ©es Ă©taient tout de mĂȘme proches : dĂ©truire des peuples qui « gĂȘnaient » lâexpansion dâautres peuples dominants.
Cependant, dans un autre point de dĂ©tail, on nous rĂ©vĂšle quâil y a dans les joyaux de la couronne une couronne âimpĂ©rialeâ. Ce qui signifie que les Etats-Unis se sont revendiquĂ©s Ă un moment donnĂ© comme un Empire. Si on compare aux autres empires ayant existĂ©, et Ă lâinfluence principale de lâautrice, Ă savoir la monarchie Anglaise, on est donc bien sur une monarchie anciennement impĂ©riale qui basait sa puissance sur les colonies. Cette simple mention tend Ă confirmer toutes mes hypothĂšses sur le gĂ©nocide des natifs dans cet univers. Lâautre soucis est que durant mes recherches, jâai lu que ces mentions des duchĂ©s natifs Ă©taient absentes des premiĂšres versions du roman (je nâai trouvĂ© quâun commentaire sur goodreads donc jâai peut-ĂȘtre tort), ce qui signifie quâelles ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es pour Ă©viter toute critique sur lâinvisibilisation des natifs. Ce nâest pas trĂšs flatteur pour lâautrice si câest vrai, mais dans tout les cas la version finale nâest pas beaucoup plus flatteuse.
Cependant, tout cela pouvait marcher. AprĂšs tout, les Ătats-Unis Ă©tant un Ă©tat impĂ©rialiste, sa version monarchique pouvait tout aussi bien avoir les mĂȘmes problĂšmes. Simplement, ce nâest pas dĂ©crit ainsi dans le livre. Le roman ne nous dĂ©peint que les aspects positifs de ce rĂ©gime, sans discours critique sur ses institutions. Lâautrice dit en interview sâĂȘtre basĂ©e sur les monarchies existantes, mais câest quand mĂȘme omettre ce gigantesque dĂ©tail que les Ătats-Unis et le Royaume-Uni nâont absolument pas eu le mĂȘme dĂ©veloppement entre 1780 et 2019, les monarchies peuvent donc se ressembler, mais en aucun cas au point de rĂ©duire le gĂ©nocide des amĂ©rindiens Ă ce qui est proposĂ©, un dĂ©tail mentionnĂ© pour faire progressiste mais vite occultĂ©. Quelque part, heureusement que la mention des natifs se limite Ă deux noms et une ligne de texte, si lâautrice avait creusĂ© plus profondĂ©ment, ça serait vite devenu trĂšs moche.
Le mouvement des droits civiques
Cette sous partie sera rapide (ou pas), car la condition des afro-amĂ©ricains est Ă peine plus Ă©voquĂ©e que celle des natifs (oui je sais...), ce qui fait un peu mal aux fesses au vu de la visibilitĂ© de leurs combats et du contexte oĂč le roman Ă Ă©tĂ© publiĂ© (les tensions internes liĂ©es au violences policiĂšres sur les personnes noires sont des questions brĂ»lantes depuis au moins 2015). Mais quelles sont ces mentions ?
Le fait quâĂ un moment donnĂ©, un roi Ă©tatsunien a aboli lâesclavage, mais on ne sait pas prĂ©cisĂ©ment quand, ni pourquoi. Il est sous-entendu que câest une question de bon sens. On est sur un anachronisme trĂšs connu des historiens oĂč on plaque sur notre passĂ© des considĂ©rations actuelles. De nos jours, il nous parait Ă©vident que lâesclavage est un crime contre lâhumanitĂ©, mais pour nos ancĂȘtres non, la preuve il y a bel et bien eu de lâesclavage. Cette simple idĂ©e efface aussi au passage tous les combats des esclaves et de certains pĂšres fondateurs pour lâabolition. Alors oui, le livre nous indique que Georges Washington nâa pas pu abolir lâesclavage comme il le souhaitait (ça correspond plutĂŽt bien Ă nos connaissances historiques sur la fin de vie du prĂ©sident), mais câest bien quâil y avait des pressions non ? Ce nâest pas juste une question de bon sens ! Il faut tout de mĂȘme prĂ©ciser que la jeune monarchie (ou dĂ©mocratie, dans ce cas ça revient au mĂȘme) Ă©tait en banqueroute aprĂšs sâĂȘtre dĂ©tachĂ©e de son ancienne mĂ©tropole (dont elle dĂ©pendait Ă©normĂ©ment au demeurant) et que pouvoir compter sur une main dâĆuvre gratuite et corvĂ©able Ă merci a Ă©tĂ© dâune grande aide pour redresser lâĂ©conomie, entre autres choses. Le problĂšme câest que le livre ne se mouille pas et refuse dâaccepter que sa monarchie fictive a appuyĂ© son pouvoir sur lâesclavage (câĂ©tait obligĂ©, pas le choix pour le coup), et a donc Ă©vacuĂ© immĂ©diatement ces considĂ©rations en laissant sous entendre que lâabolition Ă©tait âĂ©videnteâ.
La prĂ©sence dâun noble noir qui danse avec la princesse BĂ©atrice lors dâune soirĂ©e organisĂ©e Ă la cour. Ici, on est sur lâun des grands Ă©carts les plus consĂ©quents que jâai jamais vu ! On passe quand mĂȘme sans Ă©tape intermĂ©diaire entre lâesclavage et la noblesse. Belle progression ! Les droits civiques ? Martin Luther King ? Rosa Parks ? Malcolm X ? Sans doute perdus dans les limbes de lâHistoire. Cela me rappelle diablement la vision du racisme dans la sĂ©rie Bridgerton... Petite apartĂ©... Cette sĂ©rie se dĂ©roule en 1813 en Angleterre et prend place dans les hautes sphĂšres aristocratiques. Pour pouvoir inclure un casting divers tout en Ă©vitant de froisser les racistes qui viendront Ă©voquer la sacro-sainte âcrĂ©dibilitĂ© historiqueâ pour rĂąler, lâĂ©quipe a créé une mini uchronie oĂč le roi, pour pouvoir Ă©pouser une femme noire dont il Ă©tait amoureux, a abolit lâesclavage et titrĂ© plusieurs familles racisĂ©es, comme le DuchĂ© de Hastings dont le duc est noir. Deux problĂšmes : malheureusement pour eux, cela nâa pas empĂȘchĂ© les racistes de critiquer le casting de la sĂ©rie (dommage, mais câĂ©tait bien tentĂ© de la part de lâĂ©quipe) et en plus cela créé une grosse incohĂ©rence historique. La sociĂ©tĂ© fictive de Bridgerton semble entiĂšrement dĂ©pourvue de racisme (les couples mixtes sont acceptĂ©s sans soucis, il y a de nombreux racisĂ©s parmi la noblesse et les femmes noires ne sont apparemment pas forcĂ©es de se plier aux critĂšres de beautĂ© blancs), sauf que abolir les discriminations politiques comme lâesclavage ne fait pas disparaitre le racisme. Regardez notre rĂ©alitĂ© : lâesclavage est abolit en France et aux Etats-Unis depuis plus de 150 ans et pourtant le racisme est encore omniprĂ©sent. Dans American Royals câest pareil, sauf quâaucun effort nâa Ă©tĂ© fait pour tenter dâexpliquer cet Ă©tat de fait. Pour le peu quâon sache, le racisme sâest effacĂ© tout seul comme un grand, parce que le racisme câest maaaaaaaal, câest du âbon sensâ. On retombe sur exactement les mĂȘmes problĂšmes.Â
Quâen dire ? Au mieux câest maladroit, au pire câest irrespectueux. Je ne remet pas en cause les opinions de lâautrice, je pense quâelle nâa pas pensĂ© Ă mal, mais dans ce cas, ils Ă©taient oĂč les bĂ©tas lecteurs, les Ă©diteurs pour lui expliquer ? Apparemment la suite inclus un personnage principal noir, donc câest corrigĂ©. Je pensais quand mĂȘme important de mentionner ce manque...Â
Est-ce important ?
On peut lĂ©gitimement se poser la question. Câest un roman aprĂšs tout, pas un traitĂ© dâHistoire de la RĂ©volution AmĂ©ricaine, donc mon dĂ©veloppement pourrait ĂȘtre totalement hors-sujet. La professeur dâHistoire en moi aurait envie de hurler : âOui ! Bien sur que câest important, quand on joue avec lâHistoire, on fait un minimum attention !â Mais vu quâil sâagit dâune critique littĂ©raire, je vais me baser sur un point de vue littĂ©raire.Â
Ce roman ne se revendique pas un rĂ©cit fantasque sur une monarchie fictive (auquel cas, toute cette critique nâaurait pas lieu dâĂȘtre), mais bien une uchronie : un prĂ©sent alternatif basĂ© sur des Ă©vĂ©nements historiques divergents. Jâai lu quelques interviews de Katharine McGee, et nulle part je nâai vu de malveillance. Un peu de naĂŻvetĂ© peut-ĂȘtre, et une sincĂšre envie de sâamuser avec un concept qui lui plaisait. Cependant, câest oublier quâon parle de sujets sĂ©rieux et que malgrĂ© toutes ces bonnes intentions, elle a complĂštement réécrit lâhistoire dâun pays sans rĂ©elle structure ou recul critique. Cela créé des incohĂ©rences, mais surtout si on se penche sur les informations donnĂ©es : cela donne Ă son contexte un fond nausĂ©abond Ă base de colonisation, dâacculturation, dâexploitation et de gĂ©nocide Ă peine mieux que ce que nous avons vraiment eu. Avec un petit travail de réécriture, on aurait pu lâĂ©viter. Ce livre est problĂ©matique, et au vu de certaines critiques lues, certains lecteurices concernĂ©s lâont aussi trouvĂ©, notamment une qui qualifiait le fĂ©minisme de ce livre de fĂ©minisme blanc, excluant le reste du spectre, et au vu de ce que montre le livre, je peux difficilement lui donner tort. Je reviendrai sur les conclusions militantistes dans une autre partie. Nous sommes ici sur des considĂ©rations Ă©thiques. Quels sont les messages vĂ©hiculĂ©s par ce roman ? Que lâhistoire des natifs et des noirs nâest quâun dĂ©tail quâon peut Ă©vacuer comme cela au sein dâune fiction au profit de lâĂ©tat qui les a oppressĂ© pendant des siĂšcles.Â
Le plus dommage sur ce roman, câest que ces Ă©cueils auraient pu ĂȘtre Ă©vitĂ©s trĂšs facilement. Toutes les informations que jâai trouvĂ© sur les Sioux, les Iroquois, Red Fox James, Washington ou lâesclavage, celles que jâai citĂ© dans cette partie, je ne les ai pas trouvĂ©es sur PersĂ©e. Non, je les ai trouvĂ©es sur WikipĂ©dia. Comme quoi il aurait Ă©tĂ© facile de se documenter un peu pour Ă©viter les raccourcis historiques (relativement inoffensifs) et le rĂ©visionnisme (largement moins inoffensif). Oui, toute forme dâuchronie est rĂ©visionniste, mais de lĂ Ă utiliser les cultures opprimĂ©es pour montrer Ă quel point la monarchie qui les a assimilĂ©es est trop bien, je trouve ça affolant. Chers lecteurices qui se sont sentis offensĂ©s, je comprend tout Ă fait !
Des femmes queer au fil de lâHistoire
3 recommandations livresques
Ici Seli !
Jâadore lire des romans historiques, et parmi mes suggestions, vous en retrouverez encore beaucoup. Et parmi toutes ces histoires, il y a forcĂ©ment de nombreuses romances et forcĂ©ment une Ă©crasante majoritĂ© de romances hĂ©tĂ©rosexuelles. Et ces derniĂšres sont malheureusement, dans de trop nombreux cas, toxiques, malsaines et tout ce qui va avec. Le plus souvent, le contexte historique sert dâexcuse pour valider les idĂ©es et fantasmes de lâauteurice sur les rapports hommes/femmes dâautrefois. Oubliant par lĂ mĂȘme que mĂȘme si le patriarcat a souvent Ă©tĂ© Ă son apogĂ©e dans notre passĂ©, les abus et les viols restaient bel et bien des crimes.
Du coup, histoire de se changer un peu les idĂ©es, je vous propose trois romans oĂč ces histoires toxiques sont trĂšs en retrait, voir absentes, pour mettre en valeur des relations entre femmes basĂ©es sur autre chose que le sexe maĂźtre et la domination. Histoire de ne pas oublier non plus que les personnes LGBTQI+ ont toujours Ă©tĂ© lĂ , et quâiels militent pour leur droit depuis aussi longtemps que les autres. Â
Reine, guerriĂšre et bisexuelle
Boudicca, de Jean-Laurent Del Soccoro
RĂ©sumĂ© : Angleterre, an I. AprĂšs la Gaule, lâEmpire romain entend se rendre maĂźtre de lâĂźle de Bretagne. Pourtant la rĂ©volte gronde parmi les Celtes, avec Ă leur tĂȘte Boudicca, la chef du clan icĂšne. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler lâempire des aigles jusquâĂ Rome ? Ă la fois amante, mĂšre et guerriĂšre mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourdâhui encore la rĂ©volte.
Commençons dans lâantiquitĂ© avec la reine Boudicca. Si le but est de nous donner un aperçu de la vie de cette femme semi-lĂ©gendaire de sa naissance Ă sa mort, je dois avouer que la question de sa sexualitĂ© et de ses amours reste assez en retrait. NĂ©anmoins, cet aspect de sa vie fait corps avec qui elle est et ce quâelle a entrepris et participe Ă nous brosser le portrait dâune femme hors du commun.Â
Lâhistoire dâun couple comme les autres
Beignets de tomates vertes, de Fannie Flagg
Résumé : "Un sacrée numéro, Idgie ! La premiÚre fois qu'elle a vu Ruth, elle a piqué un fard et elle a filé à l'étage pour se laver et se mettre de la gomina. Par la suite, elles ont ouvert le café et ne se sont plus jamais quittées. Ah ! Les beignets de tomates vertes du Whistle Stop Café ... J'en salive encore !" Un demi-siÚcle plus tard, Ninny, quatre-vingt-six ans, raconte à son amie Evelyn l'histoire du Whistle Stop, en Alabama. Il s'en ai passé des choses, dans cette petite bourgade plantée au nord de la voie ferrée ! Et Evelyn, quarante-huit ans, mari indifférent, vie sans relief, écoute, fascinée. Découvre un autre monde. Apprend à s'affirmer, grùce à Ninny, l'adorable vieille dame. Chronique du Sud profond de 1929 à 1988, ce roman tendre et généreux vous fera rire aux éclats et, au détour d'une page, essuyer une larme. Humour et nostalgie : une recette au parfum subtil ...
AprĂšs cette femme incroyable que fut Boudicca, il me semblait important de prĂ©senter un autre rĂ©cit de vie, fictif cette fois, mais plus quotidien. Le couple que forment Ruth et Idgie fait face Ă de nombreuses embĂ»ches mais est empreint dâune grande chaleur et malgrĂ© tout, leur amour met du baume au coeur. Leur histoire nâest pas le centre absolu du roman mais en demeure un point essentiel, un tour de force pour un roman paru en 1987. Dâailleurs son adaptation cinĂ©ma va se faire ravaler la façade Ă grands coups dâheterowashing oĂč Ruth et Idgies ne seront plus que des amies...Â
Transgresser le genre, la sexualité et la réalité
Passing Strange, de Ellen Klages
RĂ©sumĂ© : San Francisco, 1940. Six femmes, avocate, artiste ou scientifique, choisissent dâassumer librement leurs vies et leur homosexualitĂ© dans une sociĂ©tĂ© dominĂ©e par les hommes. Elles essayent de faire plier la ville des brumes par la force de leurs dĂ©sirs⊠ou par celle de lâori-kami. Mais en science comme en magie, il y a toujours un prix Ă payer quand la rĂ©alitĂ© reprend ses droits.
Ce roman Ă©volue quasi exclusivement dans les cercles queer, en particulier lesbiens, de San Francisco et nous propose tout un panel de personnages divers et de relations. Si les personnages principaux et les Ă©vĂ©nements sont purement fictifs, le roman parvient Ă insuffler au couple formĂ© par Haskel et Emilie un parfum dâĂ©vidence au sein dâune sociĂ©tĂ© qui fera tout pour que leur idylle nâait pas lieu. En plus de nous proposer une histoire transpirant la diversitĂ© et la solidaritĂ© fĂ©minine, ce roman nous rappelle quâen termes de droits, rien ne doit jamais ĂȘtre tenu pour acquis.Â