Voici le second texte qui n’est pourtant pas réellement compté dans le défi de cette semaine. La raison est relativement simple: il s’agit de la réécriture d’un ancien texte qui a un peu plus d’un an et demi.
Fenlith (Fenian Lysanthir de son nom complet, si jamais vous voulez l’agacer) est un personnage auquel je suis extrêmement attachée et pourtant, je n’ai jamais pleinement confiance pour écrire à son propos. La fantasy est moi, on s’entends pas très bien. L’autre personnage évoqué mais pas nommé est le rejeton de luckprayer (aka aquafeles).
Malgré ma reprise du texte, je suis encore assez incertaine sur la qualité mais malgré la pauvreté de la forme, le fond est quelque chose qui me tient à coeur. Du coup... et bien voilà.
Bonne lecture!
Le crépitement du feu résonnait dans la caverne, couvrant par moment le vent froid qui soufflait à l’extérieur lorsque que le bois craquait et s’affaissait dans une poignée d’étincelles. Adossé contre le flan d’Osdren, son imposant compagnon canidé au pelage sombre, Fenlith fixait les flammes en silence depuis plusieurs heures sans prêter attention au froid qui lui mordait les joues. Les températures de la montagne, il avait finit par s’y faire et bien plus facilement qu’il ne l’avait pensé. La plupart du temps, il se contentait de faire du feu, le temps d’avoir de l’eau tiède ou simplement pour le plaisir d’observer les flammes ronger doucement le bois.
Finalement lassé par la danse brulante, il leva les yeux pour regarder vers l’entrée de la grotte. Ca faisait trois jours qu’une tempête de neige avait commencé à souffler sur les sommets et n’avait pas faiblis un seul instant. Loin de le déranger, cette météo lui permettait néanmoins de faire une petite pause dans ses vagabondages sur les cimes de ce rempart naturel mordu par le froid. La tête enfouie dans la fourrure tiède d’Osdren qui dormait derrière lui, Fenlith voyait les flocons s’agiter furieusement à l’extérieur, son regard se perdant dans le vague. C’était surtout lorsque la météo faisait ce genre de caprice qu’il repensait à comment il avait finit par vivre entouré de poudreuse plutôt que de feuillage.
C’était à cause de cette mauvaise habitude. Cette habitude lorsque les jours se faisaient un peu trop long dans la vallée, les humains trop agaçants et les bois trop fréquentés. C’était dans ces moments qu’il se couvrait le visage d’une étoffe chaude jusqu’au bout de ses oreilles pointues en ramenant son capuchon et il prenait le chemin de la montagne. Parce qu’en plus de la tranquillité qu’offrait l’endroit malgré le climat glacial, il savait qu’il trouverait une mine refrognée et crasseuse sous des mèches aussi blanches que la neige. Le gardien de la montagne, comme l’appelait les habitants de ce village minuscule au pied de la grande rocheuse. Un garnement bien plus débrouillard que la plupart de ses semblables et pourtant tellement naïf sur certaines choses. L’elfe avait pourtant toujours eu une sainte horreur de la race des hommes. Tous bien trop fragiles à ses yeux. Et pourtant, bien malgré lui, il avait finit par s’attacher à ce modèle miniature de cet espèce, autoproclamé -ou presque- fils de la montagne, persuadé d’être né au milieu d’un tas de neige.
Alors, lorsque la solitude, soit due à son mauvais caractère avec les hommes ou encore aux divergences d’opinions avec ses semblables, lui pesait un peu trop, il rajoutait une couche de vêtement et montait perturber la routine du gardien de la montagne. Après tout, il fallait admettre qu’il était bien plus simple d’y monter que de l’en faire descendre, même si les rares fois où il y était parvenu restaient mémorables.
Et puis un jour, Fenlith avait gravit cet immense rocher en quête de ce petit remède contre l’ennui. Mais une fois arrivé, il n’avait trouvé rien que de la neige, à perte de vue. Rien de plus. Alors il avait attendu.
Qu’il s’agisse d’une particularité due à ses origines elfiques ou alors d’un simple trait de caractère, Fenlith n’avait jamais réellement eu la notion du temps. Il était difficile de juger le temps qui passe lorsque le blizzard est parfois si dense qu’il vous bloque l’accès au soleil, quand le ciel d’hivers est plus dégagé qu’un matin brumeux d’été. La seule chose dont il était certain, c’est qu’il avait attendu patiemment, tuant l’ennui en s’occupant des quelques intrus qui arpentaient des terres qu’ils n’auraient jamais dû fouler.
— Tu fais bien mal ton travail, monsieur le gardien, s’était-il répété à de nombreuses reprises, ramassant ses flèches qui avaient percé bien trop de cuir pour qu’ils s’agissent d’un simple oubli de la part du fils de la montagne.
Les couches de tissus sous lesquels il se cachait pour se protéger du froid finirent par doucement s’amenuiser et rapidement -ou presque-, le climat de la montagne ne sembla plus capable de mordre le bout de ses oreilles avec la même facilité qu’avant. Ce détail avait finit par agir comme un indicateur temporel pour Fenlith qui avait soudain réalisé les semaines étaient devenues des mois et les mois des années. C’est à partir de ce moment qu’il comprit. Il ne servait plus à rien d’attendre.
Un craquement fit légèrement sursauter l’elfe, le tirant de ses souvenirs ramenés par la tempête qui ne faiblissait pas à l’extérieur. Ca faisait bien longtemps maintenant qu’il avait pour ainsi dire prit sur lui ce rôle -un peu idiot- de gardien de la montagne. Depuis plusieurs décennies, il jouait le jeu de cette tradition étrange dont il n’avait jamais vraiment compris l’origine, par manque d’explications claires de la part du seul représentant qu’il avait pu côtoyer. Ce n’était même pas qu’il accordait une importance particulière à ce petit village au pied de la montagne, ni même à cette frontière naturelle qui préservait le monde des hommes de ces voisins avides de territoire.
— Les hommes sont tellement faibles…, finit-il par se dire pour lui-même, recevant l’écho affirmatif d’un grondement de son unique compagnon quadrupède.
Après avoir versé des cendres pour étouffer ce qu’il restait du feu, Fenlith se leva tranquillement avant de tirer sa capuche sur sa tête en avançant vers l’entrée de la grotte. Non, au final, il se contentait de veiller et surveiller la neige à la place de ce garnement. Après tout, ce n’est pas comme s’il avait réellement à se soucier du temps qui passe, juste à se contenter de rester en vie pour le voir filer. Et qui sait, peut-être que le temps lui donnerait tord un jour.