Nouvelle Ville, Nouvelle Vie - Chapitre 1 : partie 1
Prologue
Les premiers jours furent agités. Une course constante contre les horaires de la fonction publique, les attentes interminables aux téléphones de secrétaires, les fouilles effrénées pour tel ou tel objet dans les cartons toujours disséminés çà et là.
Bien vite, tout fut en ordre et leurs vies purent reprendre souffle. Reprendre un cours normal. Mais quel pouvait être ce normal après un changement si radical ? Tag, allongé jambe surélevée sur le canapé, ne pouvait s'empêcher de pester à son encontre.
Il était seul. Il le serait désormais bien souvent. Pas de cours, pas d'amis, pas de foot - et son père au travail. Il partait tôt le matin pour prendre le train, ne rentrait pas si tard mais suffisamment pour que Tag mijote dans ses sentiments un poil trop longtemps.
Pablo le retrouvait d'une humeur massacrante. Après une nuit de sommeil, Tag comprenait, il s'en voulait - mais à qui pouvait-il s'excuser quand la maison ne faisait que renvoyer l'écho de ses pas, désertée avant même qu'il ne fût réveillé ? Et la journée recommençait, peu ou prou identique aux autres. Tag comptait les jours.
Il n'avait plus mal au genou (ou si peu). L'attelle n'était plus qu'une formalité, le genre de chose que Tag avait toujours détesté. Maintenant que la douleur était passée, il n'arrivait plus à se concentrer sur le besoin d'immobilité pour sauvegarder son avenir. Seule l'impatience restait, le rongeant toujours un peu plus profond.
Malgré tout, il essayait. Il défaisait les cartons pour se distraire, trouver quelque chose à faire. Il parlait avec Gab, aussi - quand il répondait. Il envoyait des messages aux autres, bien sûr - leurs réponses étaient tout aussi rares. Pour certains, il comprenait, il savait, il se le rappelait constamment : ils n'avaient que très peu d'accès à la technologie et l'absence de réponse n'était que naturelle.
Zanguezinho, par exemple, mettait un point d'honneur à lui répondre au moins une fois par semaine quand il arrivait à choper un accès internet. Et comme Tag passait pas mal de son temps à ne rien faire devant l'ordinateur de son père en attendant que les jours passent, il arrivait qu'ils soient connectés en même temps, et qu'ils puissent discuter en direct. Que Tag bénissait ces instants...
Quant aux autres, plus ça allait, plus il se demandait si vraiment ils étaient amis. Est-ce qu'il les ennuyait ? L'avaient-ils tout simplement oublié ? Remplacé ? Ses messages leur semblaient-ils une quête d'attention d'un gamin en mal d'amour ? N'auraient-ils pas raison ?
Il ne disait rien. Continuait d'envoyer des "j'espère que ça va" et autres tfk. Recevait des réponses évasives ou même aucune et reprenait sa vie, le creux dans son ventre toujours plus profond.
Il se sentait seul, se sentait mal. Requin répondait dans la demi-heure, sans faute. Et s'il mettait plus de temps, c'était qu'il jouait ou arbitrait. Mais Tag en venait même à se sentir coupable de l'accaparer, de le déranger.
- On est frères, Tag, jamais tu me dérangerais, lui avait assuré Requin au téléphone un soir où Tag ne pouvait pas dormir.
Alors Tag se sentait coupable de penser à Requin comme de quelqu'un d'aussi mesquin et se sentait illégitime et s'enfonçait, s'enfonçait, s'enfonçait.
Pablo le remarquait bien en rentrant. Ne savait pas quoi dire. Ne pouvait que penser à ces années où il n'avait pas été là - certes pas par choix, mais les conséquences sur son garçon se fichaient des raisons. Il s'asseyait à ses côtés sur le canapé, quand il n'était pas trop remonté, et l'attirait à lui d'un bras.
- Je suis désolé de ne pas pouvoir être là.
- C'est rien, lui assurait son fils avec toute l'assurance de qui se ment à soi-même. T'es adulte, tu dois travailler, c'est normal.
Quand il tentait d'être sérieux, de lui affirmer que c'était tout aussi normal de se sentir seul et abandonné, mais que quoi qu'il arriverait plus jamais Pablo ne le laisserait, Tag dédramatisait, plaisantait, changeait de sujet. Mais quand il ne disait rien de plus ou se levait pour préparer le dîner, Tag le prenait mal, s'énervait ou se renfermait encore davantage.
Pablo souriait toujours, mais son sourire s'alourdissait, tirait ses yeux. Même aux premiers jours Tag n'avait pas été aussi mal. Sans comprendre, loin de tous ceux qu'il aimait, il avait fait face avec son arrogance coutumière, pris son ballon et défié les caïds du quartier. En quelques jours il s'était imposé dans la ville et dans leurs cœurs. Telle était la force de son Sébastien.
Mais ici, il n'avait pas encore mis un pied dehors.
Pablo avait essayé de lui en parler, lui avait dit d'aller se promener, trouver des adeptes du foot de rue même en béquilles, histoire de ne pas être seul. Mais Tag s'était énervé.
Pablo avait vu briller des larmes dans ses beaux yeux verts. Colère, frustration ou tristesse, Pablo n'en était pas sûr, mais il avait décidé de ne pas insister. Il restait moins d'une semaine. Quelques jours seulement jusqu'au rendez-vous qui rendrait à Tag sa liberté.
Et, ce jour fatidique enfin arrivé, Pablo l'accompagna.
Le médecin ausculta, testa et posa des questions. Tag aurait menti au diable en personne pour sortir de cette attelle, Pablo en était certain. Le médecin dut le voir aussi. La sentence tomba : plus d'attelle mais une genouillère de maintien. Tag avait ses instructions : il trépignait comme une puce.
Sur le trajet du retour, Tag semblait animé d'un éclat nouveau, racontant à son père ce qu'il avait appris sur la communauté de foot de rue de la ville en fouinant sur le forum : où ils se rassemblaient et quand, quelles étaient les équipes, ses analyses des vidéos qu'ils avaient partagé.
- Ils ont tous l'air un peu jeune, conclut-il. Je me demande s'il y a des joueurs de mon âge.
Et Pablo, soucieux de ne plus revoir son fils avec une mine aussi sombre, le souhaitait aussi sincèrement.
It was an all too quiet day at the office. Should have been a relaxing change of pace. But quiet had no place here. Quiet meant trouble. Dark knew that all too well. So he's holed himself up in his office, knocking out reports and just waiting for something to come knocking. Or someone, it seemed. "Come in." He greets, leaning back in his seat so he can clean his glasses.