Fin de tour
Dans une succession d’explosions, la tour Montparnasse s’effondre dans un immense nuage de poussière. Les restes de vitrages explosent à chaque étage dans une synchronisation parfaite, pendant que le bâtiment sapé à sa base tombe comme un immense séquoia et s’écrase dans un vacarme inimaginable sur l’ancienne gare TGV. Le bruit du choc est assourdissant et se répercute en écho dans tout Paris. La poussière et la fumée extrêmement denses et acres noircissent l’ensemble des habitations et des rues alentour. Lorsque la fumée après une demi-heure commence à se dissiper, jaillissant d’un immeuble, deux silhouettes grimpent sur les gravats. Les deux hommes noirs de crasse scrutent l’horizon obscurci et se lancent bientôt dans une gigue effrénée. De la tour et de la gare, il ne reste qu’un tas de gravats, amoncellement de béton, de verre et de métal tordu. Impossible de deviner qu’avant il y eu pu avoir un immense immeuble et une gigantesque gare séparés par une grande esplanade. De tout ceci il ne reste strictement rien.
« On a réussi, on a réussi ! C’était beau comme un onze septembre ! » Jubile celui qui semble le plus vieux
« Badaboum boum » répète sans cesse l’adolescent mimant de ses mains l’effondrement de la tour.
« Soldat, je suis content de vous ! » pinçant affectueusement la joue du garçon, l’homme se retourne face aux ruines comme s’il s’adressait à une armée vaincue et entame un discours.
« Aujourd’hui, c’est une grande victoire pour la Beauté de la capitale. Paris humiliée et enlaidie par cette excroissance affreuse, libère enfin sa ligne d’horizon après tant d’années de vilainie. Le combat fut rude et l’adversaire coriace, nous dûmes faire preuve de la plus grande minutie dans les calculs et de la plus grande précision dans la pose de nos charges. Que soit salué ici l’efficacité du soldat Boumboum qui avec abnégation et dévouement monta et descendit sans cesse les marches de cette tour infernale pour la miner inlassablement d’étage en étage. Cette bataille gagnée, continuons le combat pour la grâce de Paris retrouvée. Rappelons ici quelques-unes de nos victoires : la pulvérisation de l’affreux Beaubourg, la déconstruction minutieuse de l’horrible faculté d’Assas, la disparition de la non moins affreuse fac de Jussieu... Soldat quel sera notre prochaine destination ? Le forum des halles ? La tour triangle ? Le palais de Justice ? La porte d’Italie ? Ah il nous en reste des chantiers à mener, heureusement que la fourniture est abondante. Alors, à toi de choisir.»
« Mitterand, Mitterand ! » Scanda avec gourmandise l’adolescent voyant déjà devant ses yeux se dresser les horribles tours face à la Seine.
« Excellent choix mon garçon, alors allons-y ! »
Descendant de l’amoncellement de gravats, chacun attrapa un caddie rempli à ras-bord de pains de plastique et les voilà partis pour de nouvelles aventures.










