De longues heures plus tard, entrecoupées de brèves somnolences, il s'était douloureusement déplié et avait baisé tendrement Yseult sur le front, comme il le faisait chaque matin. Ses mains étaient glacées, mais elle respirait encore. Sous le masque à oxygène, ses traits semblaient apaisés. Au retour, ayant sacrifié à une toilette minimale, tandis qu'une aube poisseuse s'insinuait dans les interstices des volets roulants, il s'étonna du silence qui régnait dans la chambre. Il s'était accoutumé, ces derniers jours, à la respiration entravée d'Yseult, à ce ronflement de chiot asthmatique qui avait scandé ses dernières nuits. Mais soudain, plus rien. Il n'entendait plus rien. Une sorte d'évidence s'imposait à lui : elle ne respirait plus. Il se releva d'un bond, lui enleva son masque, tentant de boire sur ses lèvres un reste de souffle, mais ses yeux étaient clos et sa bouche aussi. Dans un réflexe, il avait pris la main gauche et lui tata l'artère radiale qui ne répondit pas. Alors, il hurla de toutes ses forces pour alerter l'infirmière de garde quand, presque aussitôt, elle déboula dans la chambre, sanglée dans une sorte de kimono immaculé, elle ne vit qu'une masse sombre effondré sur le lit. Une masse sombre tranchant sur le drap clair, dans cette chambre étouffante et blanche. Un homme couché sur une femme aimée, ployé sur elle, la couvrant de tout son cœur comme si elle avait froid. Mais elle n'avait plus froid.









