La rencontre avec Artaud, Breton, Gilbert-Lecomte fut plutôt rude mais salutaire. Ils m'ont aidé à décanter ce que Breton, dans un beau passage de la Confession dédaigneuse, nomme ce "complot de forces obscures qui mène à se croire quelque chose d'aussi absurde qu'une vocation". À quoi il ajoute: "On écrit pour chercher des hommes et rien de plus." La lecture de cette phrase confirma en moi ce que je commençais à pressentir: on n'écrit pas pour être connu, admiré, adulé et rien n'est plus absurde et méprisable que l'ambition littéraire. On écrit pour connaître les inconnus qui puisent aux mêmes sources d'exigences et de jouvences, pour chercher l'Autre en soi (et peut-être le Soi des autres), expression de Jean Giono, ce qui est l'exacte antipode de toute ambition littéraire. Personnellement, j'ajouterai que j'ai aussi le sentiment d'écrire pour augmenter le mystère du monde et non pour le résoudre, tache qui incombe davantage aux savants qu'aux poètes.
















