Deux extraits sauvés d'un livre qui ne m'a pas vraiment emballé... 97 variations autour de la femme aimée, comme un tableau de chasse assez grinçant, mais qui manque de grâce. “Une femme (22)
Il existe une femme. Elle est avec moi comme moi avec elle, elle me hait, elle m'aime. Quand c'est elle qui me hait, je l'aime, quand c'est elle qui m'aime, je la hais. Il n'y a pas d'autre cas de figure. » Une femme (50)
Il existe un homme. H. Non, c'est tout de même une femme. Une maniaque du bon usage de la langue. Elle sort quelque chose sans arrêt. L'accord en personne si le verbe a deux sujets particuliers. Est-ce pour vous (c'est elle qui parle) qu'on fit un ordre si sévère ? Et il faut dire « d'ici à dimanche » et non « d'ici dimanche ». Et n'abusons pas des formes passives. Puis les verbes irréguliers ! C'est un combat désespéré, soit ! Sans parler de « pour ne pas que », à la place duquel il faut dire « pour qu'il ne... pas ». Il ne faut pas lécher le cul à l'opinion publique. Je vais te dire une chose. Prenons tes phrases. Elles sont là parce que tu existes. C'est pour cette raison qu'elles peuvent être dites. Je ne peux en parler qu'avec toi. Mais... que se passe-t-il si la personne à qui appartenaient d'autres phrases est morte ? Elles existent ou elles n'existent plus ? Tu comprends le problème, n'est-ce pas, ces phrases trottent dans ma tête, par conséquent elles existent..., mais alors elles ne peuvent plus jamais être dites ? Par toi non plus ? [...]”
Peter Esterhazy / Une femme / Gallimard, [1996] 1998 / Traduction : Agnès Jarfas.














