Petit Vodo – I Like It Like That
Format: CD – Digital / Label: Bordeaux Rock Records
Releasedatum: 4 mei 2018
Tekst: Peter Marinus
Het eerste nummer van het nieuwe album van de Franse one-man band Petit Vodo zet je lichtelijk op het verkeerde been. Het gaat hier om het nummer Take Five. Een sompige gore boogie met snerpende gitaar en simpele doorstampende drums. Door de vervormde zang denk je te…
Figure forte du paysage électrique bordelais, homme-orchestre secoué par un blues ancien bien cabossé, Petit Vodo a imposé un personnage caractéristique, moitié dandy, moitié medicine man, depuis près d’une vingtaine d’années. Et puis voilà que paraît The Heartland of James Pete James, son dernier avatar. Une nouvelle identité ?
C’est la question qui se pose avec la publication de A Fish in the Cloud, l’album qui porte cette bannière comme un titre de western, mais bel et bien le disque du nouveau groupe de Sébastien Chevalier, dans le civil. L’occasion de revenir sur les traces et le parcours du sorcier urbain.
Alors, adieu Petit Vodo et bienvenue à James Pete James ?
Non. James Pete James n’est personne dans le groupe. C’est un personnage que j’avais inventé il y a deux ou trois ans, une sorte de Ziggy Stardust dont l’évocation peut paraître aujourd’hui opportuniste, mais c’est la vérité. Un personnage idéal, voyageur, qui traverse des aventures, des films. Le nom est aussi lié à mon histoire personnelle, comme celui de Petit Vodo. Ma grand-mère s’appelait James (prononcé à la française), un de mes arrière-grands-pères, d’origine anglaise, s’appelait James, et le Pete, c’est pour Petr Vodopivitz, mon autre grand-père, qui a donné mon nom Petit Vodo. James Pete James est donc un hommage à ma filiation, et ce collage de tous ces noms convient pour ce personnage imaginaire. Petit Vodo continue son histoire, mais grâce au projet de The Heartland of James Pete James, j’ai pu me libérer de toute une part de ma créativité qui voulait aller dans cette direction, mais qui ne pouvait pas par le format Petit Vodo. Je peux y assumer toute la part mélodique que j’ai en moi.
On a la sensation d’être face à un concept, avec cet album, non ?
Oui, quand j’ai commencé à écrire ça, j’ai imaginé que ça pourrait intéresser un cinéaste ou réalisateur de courts métrages. Pour moi, il y avait des images dont ces musiques seraient la bande-son. J’ai travaillé en danse contemporaine, et j’ai ce goût de composer pour les autres, pour de l’image, de la scénographie. Lorsque j’ai enregistré ces chansons, il y a quatre ou cinq ans, je n’avais pas vraiment l’idée d’un groupe ou d’un album.
Quel était le point de départ de ce travail ?
L’amitié indéfectible que j’ai pour Richard Isanove, mon ami d’enfance, illustrateur chez Marvel et qui vit en Californie depuis presque vingt ans. Il est venu passer une année en France, et nous avons commencé à composer comme nous le faisions lorsque nous avions seize ans. Il est rentré aux États-Unis, et nous nous sommes dit que nous ne pouvions laisser le projet en plan. J’avais des thèmes musicaux, il avait des idées de texte, et durant deux ans et demi, par correspondance, nous l’avons développé et il est arrivé un moment où j’ai eu besoin de le jouer et de l’enregistrer. Il y a deux ans, j’ai monté le groupe qui correspondait à cette musique.
Passer de près de vingt ans de pratique solo à un groupe aujourd’hui n’a pas dû se faire tout seul ?
La vie est bien faite pour moi. J’ai fait des rencontres. Avec Pierre Cherbero d’abord, le pianiste, que j’avais croisé. Il navigue entre la France et la Nouvelle Orléans, et a une grande expérience d’accompagnateur de musiciens de jazz et de soul. Il m’a proposé des parties piano qui me plaisaient sur mes chansons. Avec Susanna Fernandes, c’est une autre histoire. Elle est une magnifique altiste de Porto et voulait acheter une maison dans la région bordelaise, tout en cherchant à s’investir dans un projet artistique ici. De mon côté, je souhaitais plutôt un violoncelliste, elle m’a été présentée par des amis, et quand je l’ai entendue jouer, j’ai été totalement subjugué. C’est elle qui joue de l’alto sur le nouvel album de Christophe. Son bagage classique lui a permis de faire évoluer son jeu vers le rock’n’roll, la variété, le blues... Jimmy Boukhalfa, le batteur, est originaire de Nantes, et il a joué avec toute la scène alternative rock de la ville dans les années 1980 et 1990. Ce groupe s’est réuni en atelier pendant des mois, et je tiens à dire que nous formons une sorte de famille tous les quatre, et même tous les cinq, avec Bruno Saby, l’ingénieur du son. Nous prenons un vrai plaisir à jouer ensemble, mais aussi simplement à être ensemble. Ça ne m’était jamais arrivé, et c’est peut- être pour ça d’ailleurs que je n’ai jamais eu de groupe. J’ai mis dans ce disque une partie de ma vie, avec la figure centrale du poisson, le signe astrologique de mon père et de mon fils, dont la fête est le 1er avril. Le poisson représente l’idée d’un passage dans la vie. Il y a aussi dans ce disque tous les déchirements de la quarantaine, mon changement de vie, mes doutes sur la vie artistique, et ma renaissance. Une chanson comme Dark Monday raconte tout cela. Le travail sur les textes a été prioritaire, et, avec Richard Isanove, qui maîtrise l’anglais comme le français, nous avons pu insister surtout sur le sens des mots.
The Heartland of James Pete James « A Fish Release Party » + Giordani Muto & Philippe Vian + Special Guests, vendredi 18 mars, 20 h 30,
Salon de Musiques, Le Rocher de Palmer, Cenon.
lerocherdepalmer.fr
Petit Vodo, concert le 19 octobre, pendant Les Grandes Traversées, Bordeaux.
Un corps humain est là quand s’allume l’étincelle du sentant-sensible...
par Stanislas Kazal
Quinze années et huit albums officiels plus tard, notre little big man reste en phase avec le public 2.0 en assumant une dimension transgénérationnelle et transmigratoire. 2005 fut une année charnière, il approcha l’univers de la danse contemporaine et composa-interpréta en direct la bande originale du spectacle Heroes de la chorégraphe-muse Emmanuelle Huynh. L’homme-orchestre, s’il est total performer, n’en demeure pas moins la pièce d’un puzzle plus vaste dans un contexte où la dématérialisation numérique des supports a révolutionné les notions de contenant et de contenu. Du happening de l’intuition vers l’intuition du happening, le one man band n’est plus un homme seul dont le corps objectivé serait une sorte de machine à accomplir des performances, mais l’ouverture vers un autre corps : un corps spiritualisé, un corps psychique, un corps-personne, un corps sexué, un corps collectif. Petit Vodo a imposé un cogito corporel au-delà de ses propres angoisses et est remonté en deçà de la rupture entre l’âme et le corps pour retrouver quelque chose du « feu de l’âme ». Nous voyons, depuis, cet agrégé d’arts plastiques confier la maîtrise du rythme à d’autres batteurs, Miss Caroline, batteuse des Têtes raides, ou Denis Barthe, et jouer avec des formations telles que The Hyènes ou Freaktone. Son art ne se limite plus à la musique d’un seul homme, il partage sa singularité. Il a demandé à une danseuse de cabaret, Betty Crispy, de choisir des morceaux pour élaborer un « gigue » commun, le Petit Vodo Crispy Show, donnant lieu dorénavant à des concerts mêlant le « burlesque » et le trash blues. Une nouvelle relecture-réécriture du blues : de l’âme en larme, de l’arme en lame, cette musique peut aussi rendre heureux, comme une femme peut le faire !