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🇫🇷 Le début d’année 2021 pour Tenue de Ville est marqué par le lancement de Petits Papiers by Tenue de Ville : une nouvelle gamme de papiers peints, faciles à intégrer dans son intérieur et à prix mini. À découvrir sur kodd-magazine.com/culture (lien en bio) 🇬🇧 The beginning of 2021 for Tenue de Ville is marked by the launch of Petits Papiers by Tenue de Ville : a new range of wallpapers, easy to integrate into one’s interior and at mini prices. Discover it on kodd-magazine.com/en/culture (link in bio) #koddmagazine #koddgroup #ad #petitspapiers #tenuedeville #papierpeints #wallpapers #lifestyle #artetdeco #artdeco #interior #interiordesign #designinterieur #readytouse #facileafaire #socute #babyhome #decoration #lifestylemagazine #magazineculture (at France) https://www.instagram.com/p/CRmY7umMsmm/?utm_medium=tumblr
Ema et les papiers
« Ema roula en boule les petites tasses de papier dans lesquelles ils avaient bu le thé, et les livra au courant. »
« Une lampe de papier rosé brillait au centre de la pièce, chaque rafale de vent rabattait la flamme et faisait tressauter gracieusement les recoins obscurs ; le calme revenu la laissait s’étirer jusqu’au plafond, où elle allumait dans le chaume une fibre d’or. »
« La tente du prince fut emportée comme un morceau de papier, de gros arbres s’envolèrent dans les rafales d’un vent insolite »
« Les tentes qui s’offrirent à leurs yeux, au bout de cinq minutes de marche, étaient la quintessence de la fragilité. Elles empruntaient leur forme, obtenue à l’aide de papier collé sur des structures d’osier recourbé et lié, à la conque marine. Il était inconcevable que la tempête ne les eût pas anéanties. Peut-être le vent n’avait-il pas trouvé de prise, pour les soulever. Ingénieusement disposées entre les arbres, toutes étaient orientées vers la rive. Le parfum de quelques tilleuls lourds de pluie coulait sur le poétique campement ocre et jaune. Parmi les tentes se dressaient trois petites tours cérémoniales entourées d’orgues de bambou pour porter les prières jusqu’aux esprits de passage. »
« Ils tombaient parfois sur un coin particulièrement attrayant, où ils passaient des semaines entières à chasser et pêcher, ou à cueillir des champignons dans les environs. Ils pêchaient au timbó, un narcotique végétal, et chassaient les oiseaux avec des gaz paralysants que répandaient des boulettes de papier empoisonnées. »
« Ema partageait le pavillon avec les huit autres concubines d’Evaristo Hugo et une vingtaine d’enfants. La disposition des pièces changeait selon le jour, avançant ou reculant au-dessus du jardin chaque fois que les domestiques déplaçaient le dispositif de corde et de canne sur lequel on tendait ou on repliait comme une étoffe les parois de toile et de papier. »
« Ema se confina chez elle, avec quelques cartes de royaumes qu’Evaristo lui avait promises au cours du voyage et offertes dès leur arrivée. Dépliée, chacune occupait entièrement le plancher de la petite pièce où elle s’était isolée pour les étudier. Tracées sur du papier fin, elles tenaient, pliées, dans une poche, et elles accompagnèrent Ema pendant des années, même après qu’elle eut quitté les royaumes indigènes. »
« Ema avait fait porter les cages à l’orée du bois pour que les oiseaux ne vissent personne et fait installer de place en place, pour les distraire, de petits moulinets éoliens de papier. »
« Un pan de papier, incliné, servait à la fois de mur et de toit, et deux paravents placés sur les côtés les isolaient de l’endroit où mangeait les servantes. »
« D’une hauteur, ils eurent une vue panoramique du grand labyrinthe : fils de cages juchées à un mètre au-dessus du sol, globes de fil de fer recouverts de carrés de papier, cages individuelles avec parasols, enclos ouverts avec fossés et abreuvoirs, auvents de palmes sous lesquels toutes sortes d’interventions étaient effectuées sur les oiseaux. »
César Aira, Ema, la captive, 1978
éloge du trombone
« Le trombone à papier est très répandu non parce qu’il est une technologie fantastique. En fait, son omniprésence, sa simplicité, sa conception inchangée depuis des décennies, le fait qu’il ne se déplace pas à des vitesses énormes ou ne consomme pas d’énormes quantités d’énergie, tout cela semble le désigner comme une technique mineure. Surtout, nous savons que nous pouvons nous passer de trombones. Notre inventivité nous offre un remarquable répertoire de techniques pour assembler des feuilles de papier, chacune adaptée à des usages très spécifiques : on peut les épingler, les agrafer, les trouer pour les lier avec des attaches parisiennes, les coller avec un ruban adhésif, les mettre dans un classeur à anneaux ou autre, ou les réunir à l’aide d’une baguette de reliure. Si nous utilisons tellement les trombones, c’est parce que, dans de nombreux cas, ils sont légèrement supérieurs à leurs substituts – et nous le savons. »
David Edgerton, Quoi de neuf ? Du rôle des techniques dans l’histoire globale, traduit par Christian Jeanmougin, Paris, Seuil, 2013, p. 35
plions la feuille en deux
Plions la feuille en deux comme on coupe la poire. Plions la en avion pour mettre les doigts en jambes, grand classique, après quoi plions la en lion, en tête de tigre, en arrosoir et en agneau, en ventilateur, en mégère, en castrateur, en mirobolantes étamines, en visions de boulevard, en monts et en vaux, en désespoir de cause, en remue-ménage, en je m'en foutiste, plions en boule comme on se roule, plions bagages puis plions en creux, en vallée puis en crête, en obscurs continents, en forêts tropicales, plions en zig-zag pour tromper l'ennui du pli répété. Une fois pliée de la sorte, retournons la, pour faire varier les plaisirs, et recommençons, plions la feuille en quatre cette fois comme on coupe les cheveux ou comme on se plie soi parfois pour la bonne cause, plions la feuille en quatre ou en cinq sur cinq ou en trois huit, mais plions la sans forcer, plions nous à sa volonté, plions de concert mais dirigeons la doucement vers le pli désiré, le pli inversé qui joue sur les rainures du pli antécédent, plions avec précaution, en prêtant attention à la géologie des plis, plions sans accrocs ni déchirures, en respectant la syntaxe des plis, mais plions sans crainte une fois l'entente trouvée avec la feuille, plions en pleine maîtrise, plions en figures imposées sur la glace, pli renversé intérieur, pli enfoncé ouvert, double pli pointé extérieur, plions virtuose sans reculer devant l'effort, plions pour atteindre la forme désirée, la consistance, la silhouette, allons jusqu'au plus petit repli de la feuille et plions le une fois puis deux, jusqu'au plus petit carré ou triangle ou rectangle laissé sans pli et plions le sans répit ni feuille de route, plions jusqu'au dernier recours, plions dans l'espoir vain de réduire la surface à un pli, d'oublier la surface dans un pli, d'ensevelir la surface sous les plis, plions jusqu'à ne plus savoir qu'en faire.
Déplions la feuille, sans faire de bruit, sans larmes et sans adieux, déplions pour la mettre à plat et y voir plus clair. Déplions comme on déambule, ou comme on délibère, ou comme on débarrasse, sans hâte, après un long déjeuner et avant une après-midi d'oisiveté. Déplions la feuille et lisons les plis, enterrés sous la surface de retour, jamais vraiment perdue, cachée derrière les plis, mais surface au rabais, annulée par les plis, déplions jusqu'au calme plat, lisons.
quadrillages
Aux premiers temps on s’y promène sans respecter les lignes qui peuvent s’y trouver, on circonvole et on tournoie, les traits s’enchainent en figurant un arbre un monstre une maison ou sans forcément figurer quoi que ce soit, parfois on dépasse le cadre de la feuille et on poursuit plus loin sur le bois de la table ou le bois du parquet, selon que l’on s'échine en hauteur ou au sol. Les débordements ont lieu lorsqu’on dessine mais encore plus lorsqu’on se met à colorier, à remplir les blancs de la feuille, parce que les traits ne sont pas suffisants, ils laissent encore trop voir la feuille en dessous, le support dégoutant. Il faut donc s’acharner à remplir et combler par aplats cette horreur qu’est la feuille, on juxtapose les couleurs en griffonnant, hachurant, peinturlurant, inclinant le crayon presque à l’horizontal pour être sûr de ne laisser au blanc pas un seul millimètre de répit et parfois on repasse une seconde fois le même crayon presque à l’horizontal, les plus malins mouillent le bout d’un doigt ou celui déchiré d’une autre feuille et le font glisser sur la partie crayonnée, étalant plus à leur aise les pigments, retrouvant sans s’en douter l’origine du pinceau. Une fois finie la feuille, on passe à la suivante, l’entreprise n’est jamais achevée, l’enfant poursuit sa lutte contre le blanc du papier, ne s’arrête de temps à autre que pour tailler un peu le crayon, il a suivi l’érosion de la pointe, l’abrasion par frottements, un temps il s’en satisfait, le bout polissé pratique pour remplir plus vite, mais lorsque la pointe est trop plate et que les frottements deviennent inefficaces, il se résout à tailler, et ainsi de suite jusqu’à disparition presque mais jamais complète du crayon. C’est ainsi qu’on occupe une feuille aux premiers temps, qu’elle soit blanche ou carrelée, l’important c’est de colorier.
Un jour surgit un grand qui met fin au trop plein et enseigne sans rigoler l’occupation civilisée de la feuille, qu'on n'appelle d’ailleurs plus feuille mais page. Il s’agit à présent de respecter les lignes déjà en place, mises là par on ne sait qui, le super conquérant ou la claire fontaine, les lignes bleues et celle rose ou mauve de haut en bas de droite à gauche, les lignes équidistantes qui vont régler les traits, régimenter l’occupation, et s’il n’y pas de lignes il faut faire comme si, se les figurer pour tracer bien droits ces traits nouveaux, pas pleins, qu’on interdit de colorier, que l’on appelle par des sons, qui ont deux versions une grande une petite, les grandes occupent cinq lignes, les petites se contentent de deux ou trois, et l’on apprend les hampes et l’on oublie l’éclat, et l’on maîtrise les arrondis, les points en suspension là où il faut, les barres horizontales, les boucles verticales, qui ne doivent pas dépasser, au moindre débordement on vous fait recommencer une nouvelle ligne de lettres, majuscule minuscule, jusqu’à ce que l’on respecte la hauteur qui convient. Ce n’est pas simple, l’ordre des traits, par où commencer le c et par où prendre le p, le chemin qui mène au f n’est pas plus évident que la balance rapide du m, qui a décidé de cet ordre ? pourquoi faire la boucle avant le trait ? le trait avant la boucle ? et pourquoi ne pas faire l’inverse, désobéir, tracer le b en commençant par la boucle, mettre le point avant le i, réfuter le tracé soi disant instinctif ? mais aussitôt les remontrances de l’ancien qui vous enseigne l’alphabet manuscrit, il faut écrire ceci avant cela, ne prenons pas de mauvaises habitudes. Le but est toujours de noircir la feuille, broyer de noir la page vide mais avec méthode, en respectant les tailles et les ordres, de gauche à droite ici de droite à gauche là bas de haut en bas plus loin, selon où l’on apprend. Finalement, la feuille est quadrillée au carré, le plan en damier imprimé est redoublé par les lettres qui occupent ce damier, pas de place pour le vide sinon à la marge, de l’autre côté de la ligne mauve ou rose, qu’il faut laisser en blanc en l’attente des corrections. Sinon cela, la feuille a disparu, le texte l'a remplacée.
De ces grandes phases d'occupation, de suppression et d'oubli de la feuille, un souvenir personnel, une habitude perverse que j’avais prise il me semble en CE2 ou pas loin : après un quelconque petit méfait ou désordre, j’avais été puni, réduit à faire des lignes d’une phrase éprouvante de bêtise et de culpabilisation « Je ne dois pas lancer de bombes à eau sur mes camarades. », cela 100 ou 400 fois. Comme pour beaucoup de perversions, la punition était vite devenue source de plaisir, si bien que je cherchais à faire des lignes, parfois j'en réclamais, ou récupérais celles des autres quand on pouvait les faire à la maison. J’ai eu pendant quelques mois la frénésie des lignes de lettres, car elles étaient bien redevenues des lettres seules, comme au temps où je les apprenais je commençais par le J répété sur vingt lignes puis ajoutais le e, le n puis le e, je les traçais le plus vite possible, jusqu’à en avoir mal au poignet, je prenais un plaisir sans bornes à voir les pages du cahier se recouvrir des signes bleu de la punition. C'était un retour du défoulé, du souvenir de mon grand-père m'enseignant les lettres avant l'école, l'école avant la lettre, dans la cuisine en plein été, répété aujourd'hui encore par le plaisir que je prends à recopier au clavier des citations, passages que je pourrais tout aussi bien coller par la manip que nous connaissons tous, mais ceci enlèverait cela : le plaisir n'est pas dans le sens du passage, l'important n'est pas dans ce qu'il dit, mais dans l'acte même de copier et de voir s’aligner les lettres, se remplir le papier réel ou figuré.
ta petite corolle
Devant moi il y a ta petite corolle. Je la connais bien parce que je la fréquente quotidiennement. Je n’arrête pas d’y découvrir de nouveaux plis. Elle est à peu près toujours la même mais je ne la retrouve jamais telle quelle. Il serait impossible de la mouler dans du plâtre, ta corolle, elle bouge trop. En fixant ses plis qui se déforment déjà à mon approche, parfois, je fais dans ma tête le compte des corolles que j’aime. Souvent ces corolles sont en papier. Avez-vous remarqué que le papier, plus il est foncé, granuleux et rêche, moins il vous fait sentir coupable de pourrir la planète ? Avez-vous contemplé la sublime hiérarchie des emballages ? Le triangle en plastique qu’on honnit qu’on honnit ? les films préservatifs sur les concombres qui préservent de quoi ? les arabesques transparentes soucoupes volantes qui contiennent la minuscule part du minuscule gâteau de fin de jeûne ? L’autre fois j’ai vu une part de fondant au chocolat dans un triangle en carton dans un triangle en plastique que l’on propose à la vente. Au-dessus de ces enfers rectilignes, on trouve les corolles en papier, moins alarmantes, qui tourbillonnent. Les merveilleuses corolles qui délimitent le sandwich fallafel pour ne pas qu’il se vide sans prévenir. Chaque artisan a sa manière à lui de les tourner pour qu’elles tiennent bien le sandwich, une en bas, une en haut, la première il faut veiller à la laisser fermée jusqu’au bout, l’autre on la découvre d’abord de ses doigts délicats, puis on la tient en respect de ses lèvres tandis qu’avec les dents on travaille ce qui se cache dessous. Il y a toujours une distance minimale de sécurité à respecter entre la corolle et les lèvres, le papier et la langue, mais parfois on s’y perd et l’on lèche la corolle, la salive sur le papier qui se délite alors, parfois même on mord dans le papier et on le mâche. C’est agréable. C’est surprenant. Lécher du plastique sans saveur ! mais lécher du papier quel bonheur ! Je pense à ces corolles-là tournées par les mains expertes du cuisinier libanais ou pas lorsque je m’approche de l’autre fleur encore plus organique, encore plus recyclable. Avec celle-ci, je n’hésite pas, je n’attends pas la rencontre inopinée des dents et du papier, j’y vais tout de suite, je l’ai sur le bout de la langue et je joue sans limite par dedans par dehors à la défaire, la lisser, la lubrifier, la mordiller et la tirer pour y jouer à l’élastique, pour y sauter au trampoline, voir jusqu’où elle peut s’étendre. Peut-être un jour, j’arriverai à m’en recouvrir tout entier, de ta corolle. À l’intérieur de ta peau, je tournerai sur moi-même comme le potier tourne son pot, comme le cerceau à la taille, j’y formerai une corolle, pour respirer un peu.