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Couverture : L’Impératrice Yang Kwei Fei de Kenji Mizoguchi
Comment je n’ai pas fait Italia mia par Cesare Zavattini Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (suite) par Jean Domarchi La mise en scène par Michel Mourlet Hommage à Boris Vian par Pierre Kast Une femme est une femme, scénario de Jean-Luc Godard
Critiques : L’Impératrice Yang Kwei Fei (Mizoguchi), Le Tigre du Bengale & Le Tombeau hindou (Lang)
Notes sur d’autres films (La Rafale de la dernière chance, Le Gang des filles, Ne tirez pas sur le bandit)
“Puisque le cinéma est un regard et une ouïe médiateurs entre le spectateur et les apparences, puisque l'organisation des apparences et sa saisie la plus efficace constituent la mise en scène, comment celle-ci sera-t-elle beauté, c'est-à-dire exorcisme de maléfices et chant ? La réponse est : par la sélection des apparences, le récit sur un rectangle blanc de certains mouvements privilégiés de l'univers. Autrement dit surtout, en ce qu'elles ont de plus intime, les actions et réactions d'un homme dans un décor. La proximité la plus aiguë du corps de l'acteur véhiculera les hantises et la volonté de séduction, engendrant une direction de gestes rares, un art de l'épiderme et des intonations de voix, un univers charnel - nocturne ou ensoleillé. Non pas une démonstration, un réquisitoire, le support sacrifié d'une opération superficielle de l'intellect, mais la ligne mélodique, avec ses crescendos, ses pauses, ses éclatements, des mouvements secrets de l'être, nous concernant au plus vif de nous-mêmes par les voies du péril et de l'exaltation. Le point d'accomplissement du cinéma, atteint en de rares instants par les grands d'entre les grands : Losey, Lang, Preminger et Cottafavi, consiste à dépouiller le spectateur de toute distance consciente pour le précipiter dans un état d'hypnose soutenu par une incantation de gestes, de regards, d'infimes mouvements du visage et du corps, d'inflexions vocales, au sein d'un univers d'objets étincelants, blessants ou bénéfiques, où l'on se perd pour se retrouver élargi, lucide et apaisé. La passion exclut l'indulgence. L'accès à cette mise en scène de vertiges et de scintillements qui s'ouvre à une liturgie où la contemplation d'un ordre cosmique est retrouvée, peut expliquer pourquoi quatre-vingt-quinze pour cent de la production cinématographique nous apparaissent inexistants, misérables et sans rapport avec le cinéma. Qu'après avoir connu de tels transports on en vienne à refuser tous les films qui ne visent pas à ce sublime, qui se bornent à poser de sordides problèmes ou à raconter dans une confusion des moyens et de la fin des histoires "avec des images", abandonnant au hasard ou à une répétition de procédés mécaniques ce qui doit être dominé par une intuition du cœur et une précision dont la moindre défaillance rompt la courbe de fièvre, ne saurait étonner que ceux qui se satisfont de peu et qui, croyant défendre un art, en suggèrent l'idée la plus basse.” Sur un art ignoré par Michel Mourlet
“Esthétiquement et moralement, l'œuvre de Fritz Lang tout entière sera le témoin de l'entreprise forcenée d'un artiste pour créer un monde autre, un monde ayant avec celui-ci aussi peu de ressemblance que possible. Le tigre d'Echnapur ? Le tigre d'Argol plutôt et il se mord la queue. Pourquoi l'Inde en effet si ce n'est pour ses palais fabuleux, ses fastes et ses charlatans, si ce n'est pour un dépaysement et que tout devienne possible ? Mais alors pourquoi au XXe siècle entreprendre le voyage aux Indes et en rapporter l'image que s'en formait le XVIIIe siècle, l'esprit en moins ? Je ne suis sûrement pas le seul pour qui l'Inde est quelque chose de très réel, qui englobe par exemple ce qu'y ont vu Renoir et Rossellini, et sans doute bien d'autres choses encore. Le réel, me répondrez-vous, n'intéresse pas Fritz Lang. Je vous l'accorde et qu'un regard obstiné sur les choses ne se justifie enfin que par l'ambition de traverser les apparences. Aussi n'est-ce qu'en partant des choses que l'action peut se flatter de nous les faire voir autres : le reste n'est au mieux qu'un beau désordre d'images. En faisant de l'Inde un prétexte le metteur en scène s'est fermé la voie de cette abstraction qu'est toute reconstruction du réel. Il s'est en revanche ouvert la voie de la fantaisie et de la profusion. Ici rites et cérémonies sont inventés pour être décrits, de même que les bibliographies de Lovecraft ou les labyrinthes de Borges, et tout ce décor, dans son sens le plus large, favorise l'épanouissement d'un cinéma voué à la présence corporelle de l'acteur plutôt qu'à la mise en valeur de gestes singuliers comme faisait Scarlet Street ou Beyond a Reasonable Doubt. Et sans doute peut-on goûter moins celui-là que celui-ci, et celui-ci moins que cet autre qui sait sur le visage faire affleurer l'âme cachée. L'âme et la danse s'excluent-elles, ou plutôt, qu'est-ce donc que la danse, et que peuvent dire des pas ? Le Tombeau Hindou nous offre l'exemple d'un cinéma en liberté, mais d'une liberté sans autre objet que le pur spectacle : pur comme l'on dit pur hasard ou pure perte, c'est-à-dire pour constater simplement un fait et non le faire valoir.” Le tigre d’Argol sur Le Tigre du Bengale & Le Tombeau hindou de Fritz Lang par Philippe Demonsablon









