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Couverture : Cendres et diamant d'Andrzej Wajda
Table ronde sur la Nouvelle Vague Brigitte Bardot par Michel Mardore Westerns de 1959 (suite) par Louis Seguin Le cinéma d'animation en 1959 par Paul-Louis Thirard Festival de Venise par Louis Seguin Nazarin de Luis Buñuel par Robert Benayoun Le Premier Jour de la paix de Jakov Seghel par Roger Tailleur Cendres et diamant d'Andrzej Wajda par Paul-Louis Thirard Mon cher Pépin par Luis Buñuel
Critiques : Le Destin d'un homme (Bondartchouk), La Prison & Les Fraises sauvages (Bergman), Je veux vivre (Wise)
"Paul-Louis Thirard : Je crois que le style même d'Hiroshima, cet effort qu'il impose au spectateur constitue un antidote à ses prétendus poisons. Le spectateur qui apprécie le film, on peut parier qu'il aura assez de jugement pour ne pas en travestir la leçon et y voir ce que les auteurs y ont mis : une histoire d'amour impossible, un drame de la mémoire… C'est en somme l'équivalent de ces livres au contenu "osé" qu'une forme austère met plus sûrement hors d'atteinte des enfants que toutes les interdictions. Je n'en veux qu'un exemple. Les faiseurs de morale patentés, si prompts à traquer la cuisse ou la fesse dans les meilleurs films se sont volontiers déclarés scandalisés par les images amoureuses du film ; aucun par contre n'a relevé l'image déchirante, et très audacieuse, et très scandaleuse, d'Emmanuelle Riva fraîchement tondue, étendue sur son lit, avec des yeux de folle et sa main sur le ventre, pendant que son monologue précise sans ambiguïté le caractère global, total, physique aussi bien que moral de son désarroi. Michèle Firk : Resnais comprend admirablement la souffrance, et au fond tous ses films sont des "méditations sur la souffrance des hommes". Dans Hiroshima, l'héroïne réfléchit sur sa propre souffrance et c'est cette "réflexion" qui la transforme : elle s'aperçoit qu'elle a parcouru un chemin négatif parce que sa douleur ne cherchait d'autre fin qu'en elle-même, sans dépassement et que son apaisement ("on dit : elle devient raisonnable") n'était qu'une résignation superficielle, égoïste, bornée. Son monologue-dialogue de 24 heures la ramène à sa souffrance, - grâce à Okada - et lui permet d'en sortir par un chemin différent - grâce encore à Okada (lequel dans les deux cas lui sert de moyen, de catalyseur si vous préférez, mais pas de but, et c'est pourquoi elle n'a aucune raison de rester avec lui à Hiroshima). Maintenant elle "tient compte du malheur des autres", maintenant elle comprend et elle place tout naturellement son drame personnel à l'intérieur et non plus en dehors du reste du monde. Elle peut donc le "donner à l'oubli" puisqu'il est intégré à cette "mémoire collective" qu'elle a fait sienne. Il me semble que l'on pourrait trouver une signification semblable dans Toute la mémoire du monde. Et pour en revenir à l'aspect politique, je trouve admirable la transformation de cette femme qui a acquis une conscience sociale, non pas parce qu'elle a joué un rôle d'infirmière dans une quelconque production cinématographique à Hiroshima, aussi émouvante que vaine, avec présence du monument commémoratif et petites filles lâchant les colombes-de-la-paix-internationale, mais parce qu'elle y a reconstitué son drame personnel et que c'est cela qui est important, fondamental : à la fin Okada ne lui dirait plus, ne lui dit plus : "Non tu n'as rien vu à Hiroshima"… L'incompréhension que rencontre Resnais auprès de certains hommes de gauche, auprès de communistes (voir France Nouvelle) est piquante, parce qu'ils ne se rendent pas compte qu'il marche loin devant eux alors qu'ils le croient ou bien contre eux, ou bien derrière eux." Table ronde sur la Nouvelle Vague
"Une éthique nouvelle s'est développée depuis trois ans, sacrifiant au culte d'une étoile. Le nombre des sectateurs ne cesse d'augmenter, et déjà les schismes, les trahisons, les déviations fatales jettent la confusion dans les rangs des fidèles, mais témoignent de la verdeur accrue de cette doctrine. Bref, le Bardotisme, puisqu'il faut l'appeler par son nom, exerce ses ravages au cœur de la civilisation contemporaine. Un paradoxe surprenant veut que les sociologues étudient son expansion, les économistes évaluent son influence financière, les maniaques du mythe insèrent celui-ci parmi leurs collections de momies, alors que les critiques de cinéma - bien que cet art apparaisse comme l'instrument essentiel de diffusion adopté par le Bardotisme - n'en soulignent la popularité que pour mieux moquer les rites et travestir le dogme. Ces perfides exégètes, retranchés derrière une fallacieuse objectivité, appuient leurs sarcasmes sur un fatras journalistique et publicitaire dont la variété, les errements volontaires, et les contradictions, servent les manœuvres des contempteurs les plus hypocrites, soutiennent les ondoiements de leur tactique trop peloteuse des contours de l'actualité pour être honnête. Afin de clarifier la situation, il faut admettre une règle déterminante, un postulat irréversible : le bardotiste orthodoxe doit oublier le mythe, et ne retenir que la manifestation artistique, écranesque et pelliculaire, du sujet que ses chères études examinent sans trêve. Plus encore, parmi les apparitions de l'idole, il sélectionne les seules signifiantes, qu'il reconnaît à des critères dont la secte détient le mystère. A ce prix, le temps décantera très vite les opportunismes sournois, pour ne conserver que la pure bardolâtrie de stricte observance. D'ailleurs, le plus benêt n'ignore pas la genèse et le fondement de cette adoration : Brigitte Bardot est la déesse (laissons l'usage du sigle BB à ceux dont le mépris se cache mal sous une insolence puérile), Roger Vadim fut son prophète. Et Dieu… créa la femme (ce titre captieux sapait déjà la religion chrétienne en feignant de rendre hommage à ses légendes) exposa sans fard les préceptes fondamentaux du nouveau catéchisme." Du Bardotisme ou la métamorphose des Dieux sur Brigitte Bardot par Michel Mardore
"Le combat dans la ville abandonnée est, aussi bien dessiné que chez Sturges, une démonstration militaire, mais alors que les soucis tactiques étaient, pour le metteur en scène de O.K. Corral, les moteurs premiers, ils deviennent chez l'auteur de Man of the West la conséquence logique des sentiments et des passions. Si Sturges est le Vauban du western, Mann en est le Clausewitz. Le premier traçait méticuleusement les parcours d'une mécanique cartésienne, le second met en scène des sentiments et si soudain tout, chez lui aussi, s'épure, si une clarté dissipe la brume des passions, c'est parce que, tout en reliant sagement l'action à son mobile, il réinvente aussi la catharsis. De même que dans le choix de ses paysages, Mann sait faire alterner les fermes nichées dans la verdure et les plateaux caillouteux, les ruisseaux élégiaques et les déserts brûlés, les cimes neigeuses et les rochers arides, de même il sait jouer de la tendresse et du mépris, de la rage la plus aveugle et des calculs impassibles. Mais toujours, et c'est là le point essentiel, il souligne les moments de la logique qui unit ces contraires. Le style est à l'avenant, oscillant d'un classicisme quasi-fordien, à l'intimisme puis aux audaces les plus modernes. Tout est affaire de circonstance et d'enchaînement et, donc, ce qui est admirable d'abord dans la mise en scène de Mann, c'est le découpage, la mise en place calculée des émotions et des actes et de ce qui unit les unes aux autres." Men of the West (II) par Louis Seguin (à propos de L'Homme de l'Ouest d'Anthony Mann)














