Nomade est la lumière. Celle qu'on embrassa devient celle qui fut embrassée, et se perd. Qu'une dernière fois dans la voix qui l'implore elle se lève donc et rayonne, l'aurore.
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Nomade est la lumière. Celle qu'on embrassa devient celle qui fut embrassée, et se perd. Qu'une dernière fois dans la voix qui l'implore elle se lève donc et rayonne, l'aurore.
Moi je n’ai vu que cire qui perdait sa flamme Et pas la place entre ces lèvres sèches Pour l’envol d’aucun oiseau
Philippe Jacottet, Leçons
Appunti per una semina
Ed ora io tutto intero nella cascata celeste avvolto nella chioma dell'aria, qui, il manto delle foglie più lucenti, sospeso meno in alto della poiana, io guardo, ascolto - e le farfalle sono altrettante fiamme perdute, e le montagne fumi-, un istante, il tempo di abbracciare intorno a me l'intero cerchio del cielo, forse, morte compresa. Non vedo quasi più nulla, solo la luce, gridi di uccelli lontani ne sono i nodi, e la montagna? Cenere lieve ai piedi del giorno. Philippe Jaccottet Appunti per una semina (Poesie e prose 1954-1994) Lezioni (1971-1977) traduzione di Antonella Anedda Fondazione Piazzolla Roma 1994
Et moi maintenant tout entier dans la cascade céleste, enveloppé dans la chevelure de l'air ici, l'égal des feuilles les plus lumineuses, suspendu à peine moins haut que la buse regardant écoutant - et les papillons sont autant de flammes perdues, les montagnes autant de fumées- un instant d'embrasser le cercle entier du ciel autour de moi, j'y crois la mort comprise Je ne vois presque plus rien que la lumière les cris d'oiseaux lointains en sont les nœuds la montagne? Légère cendre au pied du jour.
La peine
Il y a la peine, qui ravine, il y a le froid qui gagne, quelquefois c'est comme si l'on n'avait plus de peau, seulement la pierre des os : une cage de pierre avec au centre un foyer froid, une espèce de geôle où l'on ne sait s'il y a encore à délivrer, et la clef heurtant les barreaux fait un bruit dur et mat. La peine a pris racine avec des cordes jaunes comme l'ortie et le visage s'est assombri. Il est des plantes si tenaces que le feu seul peut en avoir raison.
Les images ne doivent pas se substituer aux choses, mais montrer comment elles s'ouvrent et comment nous entrons dedans.
Philippe Jacottet
Paysages avec figures absentes, Poésie-Gallimard, 1998, p.17