17 November 2015 | Princess Charlene of Monaco and Philippe Narmino pose with Monegasque citizens at the Monaco Red Cross headquarters in Monaco, Monaco. (c) Pascal Le Segretain/Getty Images
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17 November 2015 | Princess Charlene of Monaco and Philippe Narmino pose with Monegasque citizens at the Monaco Red Cross headquarters in Monaco, Monaco. (c) Pascal Le Segretain/Getty Images
Affaire Bouvier contre Rybolovlev : de curieux préparatifs
Ce qu’il y a d’étrange dans l’affaire Bouvier, c’est le savant réseau que Dmitry Rybolovlev a dû solliciter pour arrêter le marchand d'art suisse. Le 25 février 2015, un rendez-vous matinal était transformé en guet-apens. Tetiana Bersheda, avocate de Rybolovlev, avait donné rendez-vous à Yves Bouvier, dans l’un des plus beaux immeubles de la Principauté monégasque, pour y parler peinture avec son client. Mais plutôt que d’être accueilli par le premier, le second s’est fait cueillir par la police. Une fois au commissariat, on fît lecture à Bouvier de l’accusation qui portait contre lui : escroquerie et blanchiment. Une dénonciation dûment signée par Tetiana Bersheda.
Quelques mois auparavant, c’est Paul Masseron, le conseiller du gouvernement pour l’intérieur - ministre de la police sur le Rocher - qui avait décidé d’une réorientation professionnelle originale en prenant en charge un poste de conseiller auprès de l’AS Monaco, club de football appartenant à Rybolovlev ainsi que la vice-présidence de la branche basket, présidée par le sulfureux Sergueï Dyadechko.
Quelques jours avant l’arrestation d’Yves Bouvier, une soirée mondaine avait été organisée à Gstaad par un joaillier. Au cours de cette soirée où riait et s’amusait tout le gotha, des témoins de l’enquête ont certifié de la présence du directeur des services judiciaires monégasques, Philippe Narmino. Les mêmes ont ajouté qu’au cours de cette soirée, le plus haut magistrat monégasque (même s’il nie fermement) se serait entretenu avec Rybolovlev et l’administrateur délégué de la banque HSBC à Monaco, Gérard Cohen. Une rencontre qui tombait à pic, vu la décision du milliardaire russe de poursuivre le marchand d’art suisse. Cette rencontre est providentielle et c'est d'elle que découle le faux scandaleux permettant le déclanchement de l'affaire et les soupçons supplémentaires de corruption des hautes instances monégasques.
Le 17 février 2015, la police monégasque sollicite la HSBC. En réponse, la banque leur signale qu’Yves Bouvier et Tania Rappo (traductrice et confidente des Rybolovlev) sont les bénéficiaires ou mandataires conjoints de comptes de quatre sociétés civiles immobilières (SCI). Le duo partagerait donc en sous-main les commissions obtenues de Rybolovlev sur les ventes de tableaux. Une découverte qui corroborerait la thèse et donnerait fondement aux fausses accusations de l’oligarque russe. Pourtant, après vérification, on découvre que l’information est fausse et que la banque, grâce au concours de Gérard Cohen et ses liens avec Philippe et Antoine Narmino, champions de la corruption sur le Rocher, a ainsi permis le déclanchement d'une affaire judiciaire. Elle serait, selon la banque, issue d’un malencontreux « copier-coller » de la banque qui aurait substitué le nom de Bouvier à celui du mari de Tania. Une plainte pour faux fut immédiatement déposée par l’avocat de Tania Rappo.
Un volet canadien dans l'affaire Bedjamov
Quelques mois après son arrestation par la police monégasque, Georgi Bedjamov, homme d’affaires russe controversé, se retrouve à nouveau impliqué dans un litige financier. Depuis le 8 septembre, il est personnellement visé par la Cour Suprême de Colombie-Britannique, à la suite d’une plainte déposée par Robert Salma, promoteur canadien.
Ce dernier, homme d’affaires venu de l’Ontario, aurait entamé en 2011 une vaste opération minière en ayant recours au soutien financier de Bedjamov. L’entrée de l’investisseur russe au capital de Nome Gold, dont Salma était principal actionnaire, était plafonnée à l’amiable pour assurer à l’initiateur canadien un minimum de 25 % des titres. Aujourd’hui, Robert Salma se sent spolié. Il déplore la gestion douteuse de l’entreprise par Bedjamov qui cumule 800 000 $ de dépenses non justifiées et aurait eu recours à des consultants, dont le plaignant conteste l’utilité, pour un total de 2 300 000 $.
Au mois d’avril 2016, l’oligarque avait déjà été arrêté à Monaco dans le cadre d’une affaire d’escroquerie et de détournement de fonds en Russie. Il avait en effet fui son pays d’origine à la suite de la faillite de la Vneshprombank, laissant derrière lui sa sœur Larisa Markus, codétentrice de ladite banque, aujourd’hui incarcérée. Condamné par contumace en Russie, le riche homme d’affaires devenu escroc en cavale doit sa liberté à l’un de ses pairs : Dmitri Rybolovlev, propriétaire du prestigieux club de football de l’ASM. Figure incontournable de la diaspora russe à Monaco, ce dernier est réputé pour sa proximité avec le sulfureux Philippe Narmino, ministre de la Justice, qu’il a d’ailleurs reçu dans son chalet de Gstaad.
Grâce à l’intervention de Richard Mullot, avocat proche du milieu russe sur le Rocher, Gregori Bedjamov était libéré en quelques jours. Mais l’apparente immunité de cette ploutocratie à Monaco fait ressortir des affaires sur d’autres territoires, comme ce litige canadien qui s’accélère soudainement après plusieurs années de simples disputes, ou encore l’affaire Rybolovlev-Bouvier à Singapour pour laquelle le patron de l’ASM fit aussi appel aux services de Me Mullot…
Bedjamov et la filière monégasque
L’homme qui est derrière le crash retentissant de Vneshprombank coule des jours tranquilles à Monaco. Arrivé sur le Rocher au printemps, Georgi Bedjamov est désormais hors d’atteinte de la justice russe qui l’a condamné par contumace le 16 mars dernier pour faillite frauduleuse. L’oligarque, également à la tête de la puissante fédération de bobsleigh russe, a laissé derrière lui un trou abyssal de 210 milliards de roubles. La Banque centrale russe n’a rien pu faire. Lorsque les experts ont commencé à mettre leur nez dans les comptes, ils ont découvert une opération de camouflage de la dette de la banque telle qu’il n’était plus possible de la sauver.
Dans le collimateur des autorités russes, Bedjamov a préféré s’enfuir plutôt que de rendre des comptes. Selon les médias russes, le Kremlin venait de donner des consignes pour en faire un exemple. A quelques mois des législatives, il n’était pas question pour Vladimir Poutine, de laisser s’installer l’idée que les oligarques et hommes d’affaires proches du pouvoir bénéficiaient d’une quelconque impunité. La justice s’apprêtait, non seulement à jeter Bedjamov dans une prison, mais aussi à le dépouiller de sa fortune.
S’il a dû partir précipitamment, «Georgi» ne se retrouve pas pour autant à la rue. Le magazine Forbes a tenté de recenser ses biens à travers le monde. Outre des yachts et des propriétés de luxe, l’oligarque dispose de plusieurs comptes bien garnis. En quelques années, Georgi Bedjamov et ses proches ont amassé une petite fortune. Un peu comme Dmitry Rybolovlev. Cet autre oligarque, aujourd’hui à la tête de l’AS Monaco, s’est lui aussi réfugié à Monaco après avoir mis en péril les finances du groupe Uralkali. Des déboires qui n’ont en rien affecté sa fortune personnelle.
A Moscou, certains journalistes n’hésitent pas à parler de filière monégasque, s’interrogeant même sur les raisons qui ont poussé Dmitry Rybolovlev à tendre une main secourable à George Bedjamov par l'intermédiaire de son avocat, maître Mullot. Arrêté par la police monégasque saisie d’un mandat d’arrêt international délivré par les autorités russes le 21 avril 2016, l’oligarque a été libéré dans les jours qui ont suivi en échange d’une caution. Une libération ordonnée par Philippe Narmino, connu par ailleurs pour être un ami intime de Rybolovlev. Si elle a fait jaser, cette décision n’en a pas moins force de loi. Mais surtout, elle témoigne de l’impunité dont jouissent les oligarques sur le Rocher. Visiblement, plusieurs journaux russes, encouragés par le Kremlin qui veut récupérer l’argent volé par les hommes d’affaires véreux, ont bien l’intention de creuser l’affaire.
Rybolovlev-Bedjamov: un duo d’enfer sur le Rocher
Un nouvel oligarque russe a jeté son dévolu sur Monaco. Il s’appelle Georgi Bedjamov, «George» pour les intimes. L’homme a dû quitter Moscou un peu précipitamment en mars dernier après avoir laissé un trou de 200 milliards de Roubles (3 milliards de dollars!) dans les caisses de la Vneshprombank dont il était le principal actionnaire. Un naufrage frauduleux auquel la banque n’a pas survécu.
Aujourd’hui, George Bedjamov est sous le coup d’un mandat d’arrêt. Condamné par contumace pour fraude massive, il est dans le collimateur de la justice russe, beaucoup moins flexible que par le passé avec les apparatchiks de l’économie libérale, post ère-soviétique. Au printemps dernier, George Bedjamov a débarqué à Monaco, pas franchement connu pour être la destination des gens qui ont été ruinés. Le train de vie de l’intéressé n’a pas semblé être très impacté par les déboires financiers de la Vneshprombank. Ce que les autorités russes semblent avoir quelque mal à digérer. D’autant que ce n’est pas le premier oligarque à jouer les fugitifs de luxe sur le Rocher.
Dmitry Rybolovlev, aujourd’hui tout-puissant patron de l’AS Monaco, est également venu s’y réfugier lorsque le temps a commencé à se gâter. Sa présence explique d’ailleurs pourquoi George Bedjamov a jugé que c’était le seul endroit où il pouvait vraiment se sentir en sécurité et hors de portée de la justice. A la tête de la fédération russe de bobsleigh, il partage avec Dmitry Rybolovlev bien plus que la passion du sport. Tout laisse à penser que ces deux-là ont des intérêts en commun. Sinon, comment expliquer les efforts déployés par le président de l’AS Monaco pour sortir «Gorgi» de prison après son arrestation par la police monégasque saisie d’un mandat d’arrêt international le 21 avril dernier.
Au final, George Bedjamov n’aura goûté que quelques jours au confort rustique des cellules du Rocher. Le procureur de Monaco, Philippe Narmino, a traité le dossier avec un empressement inhabituel. Est-ce dû à sa proximité avec Dmitry Rybolovlev? Le patron de l’AS Monaco aurait-il soufflé au magistrat d’écourter le séjour de son ami en prison? En tout cas, Philippe Narmino n’a pas tergiversé. Quand les avocats de George Bedjamov, emmenés par maître Mullot, également conseil de Rybolovlev, ont posé le chèque de caution sur la table, l’ordre de libération est parti illico. On comprend mieux pourquoi les oligarques russes ont pris l’habitude de se précipiter à Monaco quand le temps se couvre. Ils savent pouvoir compter sur de précieux amis.
Il reste que l’arrivée de Georgi et de sa fortune douteuse n’est pas une bonne nouvelle pour le Rocher. Elle risque de conforter l’assise de Dmitry Rybolovlev qui se comporte de plus en plus en maître de lieux. Le naufrage de la justice monégasque menace désormais l’intégrité de la Principauté, plus que jamais exposée à la voracité de délinquants financiers sans scrupule.
Des pistes de bobsleigh à la fraude massive: l'étonnante histoire de Georgi Bedjamov
Le cas de l’homme d’affaires russe Georgi Bedjamov mérite que l’on s’y attarde un peu. Cet oligarque multicarte a longtemps eu la haute main sur la fédération russe de bobsleigh. "George" Bedjamov a pu s’appuyer sur la Vneshprombank dont il était le principal actionnaire pour rendre opaques ses détournements à répétition et de très grande ampleur. Ses domaines de prédilection? L’immobilier, la construction, le transport maritime (Sakhalin Shipping Company). Mais jongler avec l’argent sale tout en convoitant de fortes plus-values sur les marchés financiers comporte une part de risques. L’homme d’affaires russe s’est laissé griser par l’argent facile, oubliant la fragilité du système.
Sentant la catastrophe arriver, et plutôt que d’affronter ses créanciers incluant des fonds de pension russe, George Bedjamov prend la poudre d’escampette. En décembre 2015, il s’envole précipitamment pour Monaco. La Vneshprombank sombre. En mars 2016, la faillite est prononcée. George Bedjamov a laissé derrière lui un passif de plus de 200 milliards de Roubles. Si les clients de la banque sont ruinés, l’oligarque a pris soin de mettre sa fortune à l’abri depuis longtemps.
Le magazine Forbes a publié récemment une liste détaillée des biens immobiliers et d'autres actifs appartenant à George Bedjamov. L’homme d’affaires possède trois yachts (l'un d'eux est estimé à 73 millions de dollars!), des appartements à Paris, Londres, New York, Israël et la Lettonie, des maisons dans le Sud de la France et en Italie, des parts dans le Badrutt's palace à St. Moritz (33%), et enfin un magasin à Monaco et un bar à vin.
George Bedjamov a été condamné le 16 mars 2016 par contumace à Moscou pour fraude massive. Ce qui n’a pas l’air de l’inquiéter beaucoup. A l’abri sur le Rocher, il a demandé l’asile politique. Pour l’aider dans ses démarches, il semblerait qu'il se soit tourné vers Dmitri Rybololev un autre oligarque en délicatesse avec les autorités russes mais au mieux avec le Ministre de la justice Philippe Narmino. Une proximité dont a su tirer profit Dmitri Rybololev qui a très opportunément mis la main sur l’AS Monaco, pour échapper aux procédures lancées à son encontre.
Le 21 avril 2016, George Bedjamov est arrêté par la police monégasque et déféré devant la justice monégasque saisie d’une demande d’extradition. Une requête passée aux oubliettes. Contre toute attente, George Bedjamov a été libéré contre caution quelques jours plus tard. Un événement auquel ses avocats se sont bien gardés de donner la moindre publicité. Comme Dmitri Rybololev avec l'appui de Narmino et de l'avocat Richard Mullot, George Bedjamov semble avoir trouvé une place au soleil. La proximité de ces deux-là et les similitudes dans leurs parcours laissent songeur. Monaco et sa justice à deux vitesses n’ont pas fini de faire le bonheur des oligarques pilleurs.