J’ai vécu 4 ans de mon adolescence dans un petit village limitrophe de l’appellation Bandol et d’où, perché sur ma mobylette, je partais battre mon record de distance tenue en roue arrière, le long de cette ligne droite d’1Km menant au village de la Cadière d’Azur.
Le goût du vin me vient donc de cette terre du sud où le Mourvèdre roi des cépages Méditerranéen se plait tant, caressé par les effluves parfumées de thym, de romarin de garrigue et de pierre sèche parfois si intenses que l’on imagine pouvoir les saisir dans l’air traversé. C’est une terre qui me parle ; ce sont des collines parcourues, à perte de vue, livrant les secrets de mes premières aventures : les sources et les glacières de la Sainte Baume, les vestiges de restanques romaines, les fours à cade, les avens mystérieux, les grottes et les abris abandonnés de bergers…
Le goût du vin me vient probablement de mes premières vendanges effectuées en 1987 au Château de Pibarnon, alors jeune propriété émergente d’une appellation méconnue : BANDOL. Depuis cette date j’ai vu, acquis et découvert chaque millésime avec une émotion associée à mes souvenirs d’enfance et rythmée par la personnalité propre à chaque vendange.
L’amitié qui me lie depuis cette date à Eric de Saint-Victor, ce vigneron entrepreneur, possède donc le même âge que certaines restanques que j’ai vu construire et qui un jour, abriteront les vieilles vignes que j’aurai vu grandir.
Tout apprendre, tout entreprendre ? C’est possible !
Quand on arrive au bout de cette route grimpante qui serpente à flanc de colline on imagine le Château de Pibarnon perché au sommet depuis 2 siècles.
S’il se trouve parmi vous un lecteur qui se pose un jour la question de savoir s’il est possible d’entreprendre dans le vin, faites le voyage, installez-vous face à la vue, sur ce promontoire dominant les vignes, tournez vous pour admirer la façade de la propriété et sachez que tout ce que vous verrez a été construit année après année par cette famille d’entrepreneurs de Père en Fils.
Pour passer de 6 à 50 ha en 20 ans, il a fallu travailler d’arrache-pied, défricher, restaurer, bâtir des restanques, et planter…Avant de pouvoir contempler aujourd’hui un cirque de vigne qui rappelle l’amphithéâtre Grec d’Epidaure, dont les sous-sols renferment des marnes bleues du Santonien… les mêmes que sur les terroirs d’Yquem et Petrus ! Rien que ça…
Au sommet de l’appellation Bandol : le château de Pibarnon
Le terroir expliquerait-il à lui seul l’expérience de dégustation qui balaye un à priori tenace selon lequel un Bandol est d’abord puissant massif et viril ?
Puisque « le travail du vigneron est de ne rien faire, mais de le faire intelligemment » pour reprendre l’expression d’Eric, nous ne connaîtrons pas le secret de ce Mourvèdre qui, à Pibarnon et selon Pierre Casamayor, est un « macho latin qui s’habille de soie et cultive le baisemain »…
En langage clair, l’expérience de dégustation c’est la surprise de découvrir un vin rouge à base de Mourvèdre attendu un peu "macho" ...Et capable de marier :
Quand beaucoup d’années ont passées, une seconde expérience mémorable est vécue à l’ouverture d’un vieux millésime qui dévoilera des arômes de cuir et de truffes, rares et recherchés.
Rosé de soif ou rosé de Gastronomie ?
Choisissez votre moment ! Si vous voulez épater vos amis au bord de la piscine vous le ferrez assurément en affirmant qu’il s’agit là de la 'Rolls Royce' des rosés.
En revanche, vous serez plus avisé de sortir un Pibarnon rosé au bord d’une jolie rivière ou sur votre table d’été en affirmant que celui ci tiendra la route de votre dîner. Car Pibarnon n’a pas cédé aux sirènes ‘bombonnées’ des rosés faciles d’été et habille cette couleur de matière vineuse et suave qui gagne en complexité après 2 ou 3 ans de cave.
Bref, si vous avez soif, passez votre chemin et surtout oubliez les glaçons !
Rosé d'assemblage, rosé de saignée ou rosé de presse...? Pour y voir plus clair, je vous emmène 13 minutes voir l'épisode Découvrir Bandol avec le Château de Pibarnon.
En écrivant sur Pibarnon, l’envie me prend de partager avec vous une dernière expérience : celle de la relation entre un vigneron et un amateur de vin.
Tout au long de mon parcours d’initiation, je réalise que le choix d’un vin dépend fréquemment de la relation que l’on a avec un vigneron. En créant avec eux des instants de rencontres répétés, des moments de partage autour de leurs vins, nous créons une vinothèque émotionnelle qui nous amènera toujours à affirmer que, décidemment, parmi tous les vins d’une région, c’est celui-ci que l’on préfère !
Alors vous aussi, rendez visite aux vigneron(ne)s que vous aimez et vous verrez se construire année après année l’assurance de votre goût...Dicté par les émotions de vos rencontres bachiques !
De mon côté, je filerai cet été retrouver mon ami de 1987 pour notre pique nique annuel sur l’île du Rouveau, au milieu de la baie de Bandol, arrosé de Pibarnon rosé que notre amitié me permet de boire avec grand soif !
Voir l'épisode de la série Un Verre de Terroir: Découvrir Bandol avec le Château de Pibarnon