Portrait #8
Rentrée en trombe dans le supermarché, je chope un panier rouge, me dirige vers les fromages, me fige, et contourne le bac à promotions.
Non non non mais c'est lui ma parole, qu'est-ce que je fais, pourquoi je l'évite ? Pourquoi je panique ? C'était quoi ce coup dans mon coeur ? C'était de lui ou de moi ?
Son visage, ce sont bien ces traits. Ces mêmes traits fins qui m'ont accueillis pour les premiers jours dans l'Ailleurs, une guitare à la main, soutenue par un corps si fin. C'est ma faute à moi, j'aurais du venir te parler.
Je continue de marcher dans ma stratégie d'évitement en allant chercher du lait à l'autre bout du magasin. Et je te fuis, veux te retrouver, te parler, t'examiner le visage, me rassurer, ou me faire peur, et TROP TARD ! Je passe à la caisse, je te vois au loin, trop tard, c'est ma faute à moi.
C'EST PAS MA FAUTE, C'EST MA FAUTE À TOI, de m'avoir prêché le dialogue et le sourire aux autres, tu m'as transmis la culpabilité et le regret de ne pas lui avoir parlé. Je rencontrais une personne du passé. C'était ça le coup au coeur. Il avait fait partie de mon univers, et quand j'avais quitté mon univers, je l'avais quitté également. TU COMPRENDS CHARLIE ? Comment parler à un bout d'univers. Comment maintenir le regard à un bout d'univers. Comment rencontrer et soutenir la rencontre d'un bout d'univers.
C'est lourd un bout d'univers. Ce bout d'univers là m'a appris l'immense admiration, que la rue et la nuit nous appartenait. Je me suis retrouvée une fois seule avec lui. Panique dans ma tête et dans mon coeur il me parle mais je ne peux pas répondre. Si je veux s'asseoir sur ton lit ? Non car tu as sûrement fait l'amour dedans et que j'ai l'impression d'avoir 14 ans, que tu es le premier garçon à me parler. Je tremble de partout et le silence est dense entre nous.
Quand on se croisait j'avais le droit à des grands yeux bleus et une attention toute particulière, un rapprochement qui me faisait gesticuler bêtement dans tous les sens. J'avais le droit à des blagues à des gesticulations, des rires, et du courage.
ET JE TREMBLE JE TREMBLE quand j'écris ces mots car il ne se rend pas compte S'IL SAVAIT ! Que j'écris sur lui. Que je l'admire. Qu'il m'intimide. Sur le son des violons je tremble pour toi, je conte mon histoire avec toi, et j'en suis spectatrice à la fois.














