aujourd’hui
Aujourd’hui, mon amour, mon chat, on a su que tu avais un cancer. Un gros. Il y a plein de p’tites boules, des masses, autour de tes intestins, des tâches noires sur tes adorables petits poumons qui miaulent et les plus belles mélodies et me parlent sans arrêt le matin. Que j’aime nos conversations matinales, juste avant d’aller travailler. Je n’ai pas été capable de pleurer quand je l’ai su parce que je ne voulais pas t’inquiéter, mon chat. Je devais aussi l’annoncer à ton papa humain. Tu sens tellement les émotions vécues par les humains autour de toi, surtout tes humains. Mon chat, mon bébé de 13 ans tout juste avant-hier, tu devras faire de la chimio bientôt. Je ne veux pas que tes derniers trois courts mois soient souffrance et malheur. Il paraît que ce n’est pas aussi intense que chez les humains. Je prendrais ta chimio, mais je ne peux pas, Loufa. Je me demande : est-ce cette situation impossible à la maison qui t’a donné un cancer?
Ton autre humain, P., est en morceaux. Lui, il le montre. Pas d’une manière saine, mais il le montre. Pas juste avec des pleurs, mais surtout avec beaucoup d’agressivité. Je ne suis plus qu’un réceptif à mots-vidanges ces derniers 2 jours... Il distribue son l’amertume, sa colère, ses paroles tranchantes à qui veut bien tenter de l’aider. La liste, évidemment, ne fait que raccourcir. Lui dire qu’il est déplaisant, irrespectueux, ça, ça le fait exploser. Et là, il utilise son talent de personne qui sait fesser métaphoriquement là où ça fait mal. Gold Bond. Pis fuck, ça fait mal. Tu me fais mal, Phil. Tout. Le. Fucking. Temps.
Et tu le sais.
Tu veux te faire consoler, Phil. Tu es à terre toi aussi, mais à tout instant, la p’tite switch dans ta tête malade peut juste go off pis c’est parti pour une engueulade. Quand j’ai l’audace de pas me sentir bien, de pleurer, de te dire que je suis malheureuse, triste, déprimée. Depuis longtemps.
Je ne suis plus capable de partager un lit avec toi, Phil. Ni même une maison.
Tout est source de conflit. TOUT.
Quand je vais dans mon bureau pour pouvoir être seule, tu ne comprends pas. Tu m’étouffes. Tu ne comprends qu’une chose : tes besoins. Contrairement à un enfant myope aux besoins des autres, à la compréhension du monde, tu n’as pas d’excuse pour ton égocentrisme. Et ton égocentrisme, il me détruit. Il détruit ton entourage qui rétrécit à vue d’oeil.
Pas besoin de frapper quelqu’un pour le détruire. Après 10 ans, je suis complètement détruite.
C’est pas compliqué pourtant. Je sais que je mérite d’etre respectée. C’est toute la suite qui est complexe. Surtout sans support.
On te donne 3 mois mon petit chat. Ta mom doit pendant ce temps-là trouver une façon d’apprendre à vivre, j’arrive plus à respirer là.
Tu me manques déjà Sirius.















